Publié le 23 décembre 2025 à 10h00. Des chercheurs néerlandais ont découvert que l’ARN, molécule essentielle à la vie, joue un rôle insoupçonné à l’extérieur des cellules, influençant notamment la capacité du système immunitaire à identifier les menaces.
- L’ARN, traditionnellement considéré comme agissant uniquement à l’intérieur des cellules, est capable de se fixer à la surface cellulaire.
- Cette présence externe de l’ARN est facilitée par des molécules de sucre (héparanesulfates) et des protéines qui agissent comme un pont de liaison.
- L’ARN à la surface des cellules semble agir comme un « entremetteur » moléculaire, améliorant la communication entre les cellules immunitaires et leurs cibles.
Longtemps relégué à un rôle de simple intermédiaire dans la production de protéines et la régulation des processus cellulaires internes, l’ARN s’avère aujourd’hui bien plus complexe. Une équipe de scientifiques issus de l’Université d’Utrecht, de l’Université de technologie de Delft et du centre médical de l’Université de Leiden a mis en évidence sa présence et son activité à l’extérieur des cellules, ouvrant de nouvelles perspectives en biologie et en médecine.
Jusqu’à présent, les biologistes considéraient que l’ARN était principalement confiné à l’intérieur des cellules. Cette nouvelle découverte remet en question ce dogme. « Jusqu’à présent, les biologistes pensaient que l’ARN n’était actif qu’à l’intérieur des cellules », explique le chercheur principal Jack Li. « Mais ces dernières années, il y a eu de plus en plus de preuves que l’ARN peut également se déplacer vers la surface cellulaire et jouer un rôle dans toutes sortes de processus. »
L’équipe de recherche a développé un outil moléculaire innovant, permettant de détecter l’ARN à la surface des cellules vivantes sans les endommager. Combiné à des analyses génétiques et des mesures de protéines, cet outil a révélé que l’ARN est retenu à la surface des cellules grâce à des molécules de sucre appelées héparanesulfates, présentes dans la membrane cellulaire. Des protéines spécifiques agissent ensuite comme un lien entre l’ARN et ces sucres, stabilisant ainsi la structure. « Les sucres constituent la base et les protéines forment le pont, pour ainsi dire, qui maintient l’ARN en place », précise Jack Li.
Mais pourquoi l’ARN se trouve-t-il à la surface des cellules et quel est son rôle ? Les chercheurs ont découvert qu’il peut faciliter la liaison entre un récepteur immunitaire présent sur les « cellules tueuses naturelles » et son partenaire sur une cellule cible. Sans l’ARN, cette liaison est significativement moins efficace. En d’autres termes, l’ARN agit comme un modulateur de la reconnaissance cellulaire par le système immunitaire, affinant la communication entre les cellules immunitaires et leurs cibles potentielles.
Cette découverte pourrait avoir des implications importantes pour la recherche sur le cancer et l’immunologie. L’ARN présent à la surface des cellules pourrait constituer une nouvelle cible thérapeutique. « C’est comme si nous avions en vue une toute nouvelle couche de communication entre les cellules cancéreuses et les cellules immunitaires », souligne Jack Li. Cependant, le chercheur insiste sur le fait que ses travaux visent avant tout à mieux comprendre le rôle fondamental de l’ARN, plutôt qu’à développer des applications médicales immédiates.
Une question demeure toutefois sans réponse : comment l’ARN se retrouve-t-il à la surface des cellules ? Les chercheurs ne savent pas encore s’il est sécrété par les cellules ou capturé à partir de l’environnement extérieur, par exemple à partir de débris cellulaires. Comprendre ce mécanisme est crucial pour déterminer où et quand l’ARN à la surface des cellules joue un rôle et pour envisager de contrôler ce processus à des fins thérapeutiques.
« Ce que nous avons découvert aujourd’hui n’est probablement que la pointe de l’iceberg », conclut Jack Li, soulignant l’étendue des recherches futures nécessaires pour explorer pleinement le rôle de l’ARN dans la régulation cellulaire. Les résultats de cette étude ont été publiés dans la revue Molecular Cell.
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