Washington a interdit l’entrée sur son territoire à plusieurs figures européennes engagées dans la régulation des plateformes numériques, les accusant de chercher à limiter la liberté d’expression en ligne. Parmi les personnes visées figurent des militants britanniques et un ancien responsable européen, une décision vivement critiquée par Paris et Bruxelles.
Imran Ahmed, directeur du Center for Countering Digital Hate (CCDH), et Clare Melford, PDG du Global Disinformation Index (GDI), sont désormais interdits de séjour aux États-Unis. L’administration américaine les qualifie de « militants radicaux » et les accuse de vouloir « contraindre » les entreprises technologiques américaines à supprimer certains contenus. Selon Washington, leurs actions s’inscrivent dans une tentative de censure globale.
« Le président Trump a clairement indiqué que sa politique étrangère ‘L’Amérique d’abord’ rejette les violations de la souveraineté américaine. Les excès extraterritoriaux des censeurs étrangers ciblant le discours américain ne font pas exception », a déclaré un porte-parole du Département d’État.
L’ancien commissaire européen Thierry Breton est également concerné par ces interdictions. Le Département d’État l’a désigné comme l’« architecte » de la loi sur les services numériques (DSA), un texte européen visant à encadrer la modération des contenus sur les réseaux sociaux. Cette loi a suscité l’opposition de certains conservateurs américains, qui y voient une menace pour la liberté d’expression.
« A nos amis américains : la censure n’est pas là où vous pensez qu’elle est », a réagi Thierry Breton sur X (anciennement Twitter), suite à l’annonce de l’interdiction de visa.
Deux responsables de l’organisation allemande HateAid, Anna-Lena von Hodenberg et Josephine Ballon, ont également été visés. Selon le Département d’État, HateAid a contribué à l’application du DSA.
La décision américaine a provoqué une vive réaction en Europe. Le président français Emmanuel Macron a dénoncé une « intimidation » et une tentative de « coercition » visant à porter atteinte à la souveraineté numérique européenne. « Ces mesures constituent de l’intimidation et de la coercition visant à porter atteinte à la souveraineté numérique européenne », a-t-il affirmé.
La Commission européenne a déclaré qu’elle avait demandé des éclaircissements aux États-Unis et qu’elle « réagirait rapidement et de manière décisive pour défendre notre autonomie réglementaire contre des mesures injustifiées ».
Clare Melford a qualifié ces sanctions de visa d’« attaque autoritaire contre la liberté d’expression et un acte flagrant de censure gouvernementale ». « L’administration Trump utilise, une fois de plus, tout le poids du gouvernement fédéral pour intimider, censurer et faire taire les voix avec lesquelles elle n’est pas d’accord. Ses actions aujourd’hui sont immorales, illégales et anti-américaines », a-t-elle ajouté.
Le Département d’État a également accusé le GDI d’utiliser des fonds publics américains « pour exhorter à la censure et à la mise sur liste noire de la parole et de la presse américaines ».
Imran Ahmed a des liens avec le parti travailliste britannique. Il a été collaborateur de la ministre du Travail Hilary Benn et son ancien chef de cabinet, Morgan McSweeney, est aujourd’hui directeur du groupe qu’il a fondé.