Publié le 25 décembre 2025 09:12:00. Pour la première fois depuis plus de cinquante ans, la capitale somalienne, Mogadiscio, a organisé des élections municipales directes, une étape cruciale vers la restauration du suffrage universel dans un pays marqué par des décennies de conflit et d’instabilité politique. Ces élections locales sont perçues comme un test décisif avant les scrutins nationaux prévus l’année prochaine.
- Quelque 1 605 candidats se sont présentés pour 390 postes au sein des conseils de district de Mogadiscio.
- Une loi de 2024 a rétabli le principe du suffrage universel pour les élections fédérales de l’année prochaine.
- Malgré des progrès en matière de sécurité, la menace du groupe terroriste Al-Shabaab persiste et soulève des questions quant à la possibilité d’organiser un vote de masse dans tout le pays.
Les habitants de Mogadiscio, ville comptant environ 3 millions d’habitants, ont été appelés aux urnes jeudi pour élire les membres des conseils de district. Ces derniers auront ensuite la tâche de désigner le nouveau maire de la capitale. Ce scrutin marque une rupture significative avec le système indirect en vigueur depuis 2004, mis en place après la chute du régime de Mohamed Siad Barre en 1991 et les années de guerre civile qui ont suivi. Dans ce système, les représentants des clans élisaient les législateurs, qui à leur tour choisissaient le président, lequel nommait le maire de Mogadiscio.
Si des élections directes avaient déjà eu lieu dans la région semi-autonome du Puntland et dans le Somaliland, une région autoproclamée indépendante, le reste du pays n’avait plus connu de vote direct depuis 1969, quelques mois avant le coup d’État militaire qui a porté au pouvoir le général Siad Barre. L’introduction du système indirect avait été justifiée par la nécessité de favoriser le consensus entre les différents clans somaliens, souvent en conflit, et de faire face à l’insurrection armée. Cependant, certains observateurs estiment que ce système favorise la corruption et permet aux hommes politiques de conserver leur pouvoir.
Selon Abdishakur Abib Hayir, membre de la Commission électorale nationale, ce vote à Mogadiscio est un signe encourageant.
« Cela montre que la Somalie est debout et va de l’avant. Après les élections locales, des élections peuvent avoir lieu et auront lieu dans tout le pays. »
L’adoption d’une loi en 2024 a officiellement rétabli le suffrage universel en prévision des élections fédérales de l’année prochaine. Toutefois, un accord conclu en août dernier entre le président Hassan Sheikh Mohamud et certains dirigeants de l’opposition prévoit que, bien que les législateurs soient élus directement en 2026, le président continuera d’être choisi par le Parlement. Cette concession a été critiquée par les partis d’opposition, qui y voient une manœuvre pour favoriser la réélection du président Mohamud.
Par ailleurs, la sécurité reste une préoccupation majeure. Malgré une amélioration de la situation ces dernières années, Mogadiscio est régulièrement la cible d’attaques menées par le groupe Al-Shabaab, affilié à Al-Qaïda. Les opposants s’interrogent sur la capacité du pays à organiser un vote de masse dans un contexte où Al-Shabaab contrôle encore de vastes zones rurales et continue de frapper les principaux centres urbains.
Pour aller plus loin
