Publié le 26 décembre 2023 05:48:00. Le cinéma Ariana, emblème de Kaboul et témoin de décennies d’histoire afghane, a été rasé au sol mi-décembre, symbolisant la répression croissante des loisirs et de la culture sous le régime taliban.
- La destruction du cinéma Ariana, ouvert dans les années 1960, marque la disparition d’un lieu de mémoire et de divertissement pour les Afghans.
- Les talibans, au pouvoir depuis 2021, ont interdit la plupart des formes d’art et de divertissement, y compris le cinéma, et ont dissous l’Administration cinématographique afghane.
- Des artistes et cinéphiles afghans déplorent la perte de ce lieu culturel, mais soulignent que l’art persistera malgré les obstacles.
La démolition du cinéma Ariana, située au centre de Kaboul, a débuté le 16 décembre et s’est achevée en une semaine. Ce bâtiment, qui avait résisté à la révolution et à la guerre, accueillait depuis les années 1960 les amateurs de films de Bollywood et de productions américaines. Sa disparition est perçue comme un coup dur pour le patrimoine culturel afghan.
Pour Amir Shah Talash, réalisateur et acteur afghan exilé en France, cette destruction est particulièrement douloureuse.
« Ce n’est pas seulement un bâtiment fait de briques et de ciment qui est détruit, mais les cinéphiles afghans qui ont résisté et ont continué leur art malgré les difficultés et les graves problèmes de sécurité. Malheureusement, tous les signes de l’Afghanistan historique sont en train d’être détruits. »
Il confie que l’Ariana lui rappelle son enfance et a été le point de départ de sa passion pour le cinéma.
L’arrivée au pouvoir des talibans en 2021, suite au retrait des troupes américaines et de l’OTAN, a entraîné une application stricte de la loi islamique et une série de restrictions sur les libertés individuelles. Les cinémas ont été parmi les premières cibles, fermant leurs portes peu après la prise de contrôle du pays. En mai 2023, l’Administration cinématographique afghane a été officiellement dissoute.
Les autorités de Kaboul justifient la démolition de l’Ariana par la volonté de construire un complexe commercial à la place. Niamatullah Barakzai, porte-parole de la municipalité, explique que le terrain est idéalement situé dans une zone commerciale et permettra de générer des revenus importants pour la ville.
« Les cinémas eux-mêmes sont une sorte d’activité commerciale, et cette zone était une zone entièrement commerciale et avait le potentiel d’y créer un bon marché. »
Le cinéma Ariana avait connu plusieurs vies. Inauguré en 1963, il incarnait l’ouverture et la modernisation de l’Afghanistan monarchique. Il a ensuite survécu à l’invasion soviétique de 1979, aux guerres civiles des années 1990 et à la première période de règne des talibans, avant d’être reconstruit avec l’aide de la France après 2001. L’Ariana a alors retrouvé une nouvelle popularité, diffusant des films indiens, des blockbusters américains et des productions cinématographiques afghanes.
Sohaib Romi, un cinéphile pakistanais, se souvient avoir vu le film indien « Samjhauta » (Compromis) à l’Ariana en 1974. Pour lui, la perte de ce lieu est une blessure personnelle.
« Mes souvenirs sont enfouis dans les décombres du cinéma Ariana. »
Malgré la destruction de l’Ariana et la répression culturelle en Afghanistan, Amir Shah Talash reste optimiste.
« L’avenir s’annonce difficile, mais il n’est pas complètement sombre. Les bâtiments peuvent s’effondrer, mais l’art perdure dans l’esprit et le cœur des gens. »
Il souligne que l’art ne se limite pas aux bâtiments et que la créativité afghane continuera à s’exprimer, malgré les obstacles.
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