Publié le 26 décembre 2025 10h46. Face à une montée des tensions avec Pékin, le Japon s’apprête à adopter un budget de défense record, alimentant les inquiétudes chinoises concernant une course aux armements dans l’espace et une possible implication de Tokyo dans un conflit autour de Taïwan.
- Le Japon a approuvé un budget de défense de plus de 9 000 milliards de yens (58 milliards de dollars américains) pour l’année prochaine, soit une augmentation de 9,4 % par rapport au budget précédent.
- Cette hausse s’inscrit dans le cadre d’un plan quinquennal visant à doubler les dépenses militaires japonaises pour atteindre 2 % du PIB.
- La Chine accuse le Japon d’« alimenter une course aux armements spatiaux » et a exprimé des inquiétudes quant à une possible implication de Tokyo dans un conflit concernant Taïwan.
L’augmentation significative du budget de défense japonais intervient dans un contexte de détérioration des relations avec la Chine. Pékin s’oppose fermement au renforcement militaire de Tokyo, mais les tensions ont atteint un nouveau pic après que la Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, a suggéré que le Japon pourrait intervenir militairement si la Chine attaquait Taïwan.
Le projet budgétaire prévoit des investissements massifs dans le renforcement des capacités de riposte et des défenses côtières, notamment des missiles sol-navire et des systèmes de drones. Le ministère de la Défense japonais prévoit de déployer un système de surveillance et de défense aérienne, maritime et sous-marine baptisé « Bouclier » d’ici mars 2028, pour un coût de 100 milliards de yens.
Les déclarations de Mme Takaichi concernant Taïwan ont provoqué une vive réaction de Pékin, qui a lancé une série de mesures de représailles diplomatiques et économiques. La Première ministre a refusé de revenir sur ses propos, affirmant qu’ils ne modifiaient en rien la politique de défense du Japon. Les responsables chinois continuent de critiquer ouvertement Tokyo à chaque annonce concernant l’armée japonaise.
Jeudi, le ministère chinois de la Défense a dénoncé les développements technologiques spatiaux du Japon – certains réalisés en coopération avec les États-Unis – comme une « accélération de l’armement et de la militarisation de l’espace et un aliment à une course aux armements spatiaux ». Selon les médias japonais, Tokyo a lancé plusieurs fusées depuis mars 2023, transportant des vaisseaux spatiaux cargo et des satellites pour les systèmes GPS et la collecte de renseignements.
Le porte-parole du ministère chinois de la Défense, Zhang Xiaogang, a même évoqué dimanche la crainte d’un nouveau « Pearl Harbor », soulignant le passé militariste du Japon et sa nouvelle orientation stratégique dans l’espace.
« Étant donné que les vicieux militaristes japonais ont autrefois lancé des attaques sournoises et que le pays adopte désormais une politique spatiale offensive, il n’est pas surprenant que l’on s’inquiète de plus en plus d’un autre scénario de Pearl Harbor. »
Zhang Xiaogang, porte-parole du ministère chinois de la Défense
La Constitution japonaise d’après-guerre interdit en principe au pays de recourir à la force pour régler les différends internationaux. Cependant, une modification constitutionnelle adoptée en 2015, sous l’impulsion de Shinzo Abe, permet au Japon d’exercer un droit à la légitime défense collective dans certaines circonstances, même en l’absence d’attaque directe.
La stratégie de sécurité actuelle du Japon considère la Chine comme son principal défi stratégique et plaide pour un renforcement de la coopération en matière de sécurité avec les États-Unis. Dans ce contexte, les États-Unis ont récemment approuvé une vente d’armes à Taïwan pour plus de 10 milliards de dollars, et le Sénat américain a adopté une loi autorisant jusqu’à 1 milliard de dollars de dépenses pour la coopération en matière de sécurité liée à Taïwan en 2026.
Zhang Xiaogang a accusé les États-Unis d’« encourager l’activité indépendantiste de Taïwan » et de porter atteinte à la paix et à la stabilité régionales. La Chine poursuit une modernisation massive de son armée, en grande partie dans le but de pouvoir prendre Taïwan par la force, une perspective rejetée par la majorité de la population taïwanaise.
Des incidents récents, tels que le verrouillage radar par des avions chinois sur des avions japonais lors d’exercices militaires près du Japon, témoignent de la montée des tensions. Ce type de manœuvre est considéré comme particulièrement menaçant, car il signale une potentielle attaque et oblige l’avion ciblé à effectuer des manœuvres d’évitement.
Pékin affirme que ses dépenses de défense sont « raisonnables et modérées » et que ses activités sont conformes au droit international.
Recherches supplémentaires par Jason Tzu Kuan Lu