Publié le 27 décembre 2025 à 05h00. Une équipe de chercheurs néerlandais a identifié un mécanisme clé dans le déclenchement de la maladie cœliaque : des cellules intestinales spécifiques qui présentent le gluten au système immunitaire comme une menace, initiant ainsi une réaction auto-immune.
- Des cellules M, présentes dans la paroi de l’intestin grêle, captent les protéines de gluten et les présentent aux cellules immunitaires.
- Cette découverte, publiée dans la revue Nature, ne se traduira pas par des améliorations thérapeutiques immédiates pour les personnes atteintes de la maladie cœliaque.
- Les chercheurs ont utilisé des organoïdes intestinaux pour étudier le rôle des cellules M et identifier les gènes impliqués dans l’intolérance au gluten.
Des cellules jusqu’alors considérées comme des sentinelles de l’intestin pourraient en réalité jouer un rôle central dans le développement de la maladie cœliaque. Une étude menée par l’hôpital universitaire d’Utrecht (Pays-Bas) révèle que les cellules M, ou cellules micropliées, ne se contentent pas de surveiller la présence d’agents pathogènes, mais peuvent également, de manière erronée, identifier le gluten comme une menace et déclencher une réponse immunitaire.
Jusqu’à présent, les cellules M étaient connues pour leur rôle de « police » intestinale. Elles captent les virus et les bactéries potentiellement dangereux et les présentent aux cellules T du système immunitaire, qui les éliminent. Or, les recherches montrent que ces cellules peuvent également capturer des protéines innocues, comme celles contenues dans le gluten, et les soumettre au même processus. Elles agissent ainsi non seulement comme des policiers, mais aussi comme des procureurs, en présentant le gluten comme un antigène dangereux.
« Les cellules M contribuent à l’initiation de la maladie cœliaque en activant directement les cellules T CD4, spécifiques au gluten »,
Sangho Lim, premier auteur de la recherche
Selon le Dr. Lim, ces cellules pourraient également jouer un rôle dans la progression à long terme de la maladie en amplifiant les réponses immunitaires. Cependant, l’étude s’est concentrée sur l’activation initiale du système immunitaire et n’a pas évalué les effets à long terme de l’action des cellules M.
Les chercheurs avertissent toutefois qu’intervenir directement sur les cellules M pourrait s’avérer complexe. En effet, elles jouent un rôle important dans la surveillance immunitaire de l’intestin et bloquer leur fonctionnement pourrait avoir des conséquences néfastes. De plus, une fois que la production d’anticorps contre le gluten a été déclenchée, la réaction auto-immune peut persister même en l’absence des cellules M.
Les recherches actuelles sur les traitements de la maladie cœliaque se concentrent sur deux axes principaux : moduler la réponse immunitaire au gluten et agir directement sur le gluten pour le rendre moins immunogène. Des essais cliniques sont en cours sur des médicaments ciblant l’enzyme TG2 du gluten, la protéine IL-15 du système immunitaire, et des approches visant à augmenter la tolérance au gluten.
L’étude, dirigée par Hans Clevers, s’appuie sur l’utilisation d’organoïdes, des tissus cultivés en laboratoire à partir de cellules souches qui reproduisent la structure et la fonction des organes réels. En comparant l’activité génétique des cellules M avec les données d’une étude génomique portant sur plus de 4 500 personnes atteintes de la maladie cœliaque, les chercheurs ont identifié quatre gènes étroitement associés à l’intolérance au gluten qui sont particulièrement actifs dans les cellules M. Ils ont également constaté que ces cellules expriment un grand nombre de récepteurs pour la protéine IL-15, une cible thérapeutique prometteuse.
Les expériences ont confirmé que les cellules M se développent à partir du tissu intestinal et non de la moelle osseuse, comme les cellules immunitaires. Cependant, elles partagent des similitudes génétiques avec les cellules dendritiques, des cellules immunitaires spécialisées dans la capture et la présentation des antigènes aux cellules T. Ainsi, les cellules M, bien que d’origine intestinale, adoptent un comportement similaire à celui des cellules immunitaires, concluent les chercheurs.
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