Mis en ligne le 28 décembre 2025. L’engouement pour l’intelligence artificielle a engendré un déluge de contenus de qualité médiocre, surnommés « IA slop », qui envahit le web et suscite une réaction croissante des utilisateurs et des experts.
- Le volume de mentions du terme « IA slop » a été multiplié par neuf entre 2024 et 2025, avec un sentiment négatif culminant à 54 % en octobre.
- Des entreprises comme Meta ont tenté d’intégrer l’IA de manière forcée dans leurs produits, parfois avec des résultats contre-productifs, comme l’exemple de la nouvelle barre de recherche Instagram.
- Le « IA slop » a été désigné mot de l’année 2025 par Merriam-Webster et le Dictionnaire national australien, témoignant de son impact culturel.
L’année 2025 a été marquée par une prolifération de contenus générés par l’intelligence artificielle, souvent de qualité douteuse et indésirable. Ce phénomène, baptisé « AI slop » (littéralement « soupe à l’IA »), pollue les moteurs de recherche, les plateformes de commerce en ligne et même les canaux de communication officiels de la Maison Blanche, selon plusieurs sources.
Le terme « AI slop », qui décrit des contenus d’IA de mauvaise qualité et souvent inutiles, circule en ligne depuis le début des années 2020. Mais c’est en 2025 que son essor a été le plus spectaculaire. La société d’analyse des médias et des réseaux sociaux Meltwater a constaté une multiplication par neuf des mentions de ce terme sur Internet entre 2024 et 2025, avec un pic de sentiment négatif atteignant 54 % en octobre.
Selon l’entreprise spécialisée dans l’optimisation pour les moteurs de recherche (SEO) Graphite, les articles générés par l’IA représentent désormais plus de la moitié de tout le contenu en anglais disponible sur le web. Ce phénomène a même conduit à l’élection du terme « AI slop » comme mot de l’année 2025 par Merriam-Webster et par le Dictionnaire national australien.
Cette situation interroge les concepteurs de produits, qui se retrouvent sous pression pour intégrer l’IA à tout prix, même lorsque cela n’a pas de sens.
« Il y a beaucoup de pression dans le domaine du design pour montrer aux actionnaires : ‘Regardez, nous avons intégré l’IA dans notre produit’ »
Kate Moran, vice-présidente de la recherche et du contenu chez Nielsen Norman Group
Kate Moran explique que cette approche est une « conception axée sur la technologie » : on part de l’outil pour chercher un problème à résoudre, au lieu de partir du problème pour trouver la solution appropriée. Elle cite l’exemple de Meta, qui a remplacé la barre de recherche classique d’Instagram par une recherche basée sur l’IA, avant de revenir en arrière face à la colère des utilisateurs.
« Ils ont fait marche arrière très rapidement parce que les gens étaient certainement en colère. Vous attendez une certaine fonction d’une barre de recherche. Si vous la saisissez soudainement, vous parlez à un chatbot IA – même si vous ne le vouliez pas. C’est une mauvaise expérience. »
Kate Moran, vice-présidente de la recherche et du contenu chez Nielsen Norman Group
Le « AI slop » s’est également manifesté dans le monde physique, avec des critiques acerbes à l’encontre de produits grand public axés sur l’IA, comme le Humane AI Pin, qualifié de « solution qui recherche un problème qui n’existe pas » par Hanneke Faber, directrice générale de Logitech, dans une interview accordée à Bloomberg.
Face à cette déferlante, certaines plateformes comme Pinterest et YouTube ont commencé à proposer des outils permettant aux utilisateurs de limiter le contenu généré par l’IA. Selon Kate Moran, les fonctionnalités d’IA réellement utiles sont celles qui s’intègrent discrètement et améliorent l’expérience utilisateur sans la bouleverser, comme l’agrégation d’avis de produits sur Amazon.
« Les choses vraiment utiles que cette technologie peut faire et changer réellement les produits et la façon dont nous travaillons ne sont pas des choses ‘sexy’ »
Kate Moran, vice-présidente de la recherche et du contenu chez Nielsen Norman Group
Daniel Mügge, chercheur à l’Université d’Amsterdam et responsable du projet RegulAite sur la gouvernance européenne de l’IA, souligne que les entreprises technologiques sont engagées dans une course effrénée pour surpasser OpenAI, ce qui conduit à des investissements disproportionnés dans l’IA générative au détriment d’autres domaines plus pertinents pour l’économie réelle.
« Ce qui est clair – et cela devrait être une réelle préoccupation – c’est qu’un certain nombre de ces entreprises sont entrées dans une sorte de course les unes contre les autres. Cela ressemble à un jeu désespéré du tout ou rien. »
Daniel Mügge, chercheur à l’Université d’Amsterdam
Il estime que l’Union européenne devrait privilégier les investissements dans des IA qui répondent à des problèmes sociétaux concrets, tels que la robotique ou l’industrie manufacturière. Un soutien aux petites entreprises spécialisées pourrait également permettre à l’Europe de développer une approche plus spécifique et moins dépendante des géants américains.
Les experts s’accordent à dire que l’engouement initial pour l’IA cède progressivement la place à une approche plus pragmatique et axée sur l’impact réel. L’avenir de l’IA réside peut-être dans des fonctionnalités discrètes et utiles, plutôt que dans des gadgets spectaculaires.
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