Publié le 28 décembre 2025 à 10h26. Malgré les sanctions internationales et les pressions économiques liées à la guerre en Ukraine, l’économie russe se montre plus résiliente que prévu, remettant en question les prédictions d’effondrement formulées par certains observateurs occidentaux.
- Les sanctions pétrolières et gazières commencent à peser sur les recettes budgétaires de la Russie.
- Le déficit budgétaire russe, bien que croissant, reste inférieur à celui de nombreux pays de l’Union européenne.
- Les prédictions d’un effondrement économique russe n’ont pas encore été confirmées, et l’économie continue de soutenir l’effort de guerre.
Plusieurs analyses récentes, notamment celles publiées par le Washington Post fin décembre 2025 et par le Guardian début décembre, soulignent la capacité de la Russie à maintenir son économie à flot malgré les difficultés. Lors du récent sommet européen à Bruxelles, les dirigeants européens ont décidé d’accorder un prêt de 90 milliards de dollars à Kiev pour couvrir le déficit ukrainien des deux prochaines années, partant du principe que des sanctions renforcées finiraient par affaiblir économiquement et militairement le Kremlin. Kaja Kallas, chef de la diplomatie européenne, répète régulièrement que l’économie russe est soumise à des pressions considérables.
Après une période de croissance stimulée par les dépenses militaires et le remplacement des importations (environ 4,1 % en 2024), l’économie russe a ralenti et stagne actuellement. Cette stagnation est due à la hausse des impôts et au ralentissement de la demande intérieure. L’inflation, bien que toujours élevée à 6,6 %, a diminué par rapport aux 10 % enregistrés l’année précédente. Les taux d’intérêt, à 16,5 %, restent un frein à la consommation, mais ont également baissé par rapport aux 21 % de l’année précédente. Ces facteurs affectent le niveau de vie des Russes. Un reportage de STVR a notamment observé la faillite de nombreuses entreprises dans les quartiers aisés de Moscou, tandis que les ventes de restauration rapide augmentent.
Le déficit budgétaire russe est en augmentation, atteignant actuellement 1,9 % du produit intérieur brut (PIB), contre une prévision de 0,5 % en début d’année. Si la tendance se maintient, le déficit pourrait atteindre 2,6 %, voire dépasser les 3 % à la fin de l’année, en raison de dépenses exceptionnelles en décembre. Cette situation est inhabituelle, car Vladimir Poutine a toujours mené une politique budgétaire rigoureuse, avec des déficits faibles voire des excédents. Grâce à cette prudence, la dette nationale russe reste faible, à seulement 20 % du PIB, un niveau inférieur à celui de la plupart des pays de l’Union européenne.
Jusqu’à présent, la politique budgétaire conservatrice de Moscou était soutenue par les exportations de pétrole et de gaz naturel. En 2024, les recettes fiscales provenant de l’extraction de ces matières premières représentaient 30 % du budget de l’État. Cependant, cette source de revenus est de plus en plus menacée par la baisse des prix mondiaux du pétrole, la réduction des exportations vers l’Europe et les sanctions secondaires américaines ciblant les acheteurs de produits énergétiques russes. Le prix du pétrole de l’Oural, principal produit d’exportation de la Russie, est tombé à environ 34 dollars le baril avant Noël, signe de l’impact des sanctions américaines. Selon les estimations de Reuters, les recettes fiscales de Moscou provenant de la production pétrolière pourraient chuter à environ 380 milliards de roubles (4,1 milliards d’euros) en janvier, soit leur niveau le plus bas depuis fin 2022, représentant une baisse de 16 % par rapport à décembre et de plus de 50 % par rapport à janvier de l’année précédente.
Malgré ces difficultés, l’économie russe n’est pas au bord de la crise ni de l’effondrement prédit par certains. Les prévisions alarmistes de 2022, qui annonçaient la chute imminente de l’économie russe, se sont avérées infondées. De même, les prédictions de 2023 et de 2025 n’ont pas été confirmées. Au contraire, la Russie a démontré une supériorité croissante dans la guerre, notamment en matière de drones et de nombre de soldats. Le nombre de véhicules blindés russes est également supérieur à celui du début du conflit. Les forces russes ont augmenté leur progression en Ukraine de 80 % par rapport à l’année précédente.
Cette résilience est due à une économie qui, malgré les prédictions négatives, s’est avérée étonnamment solide. Ben Aris, rédacteur en chef de l’agence bne IntelliNews, souligne qu’aucune mesure ne permet de prédire l’effondrement de l’économie russe. Il observe que la Russie n’a pas encore dépassé le seuil de déficit excessif de 3 % de l’UE, alors que huit États membres de l’UE le dépassent déjà. La dette nationale russe, à 20 % du PIB, est également bien inférieure à celle de nombreux pays européens, comme la France (120 %) et le Royaume-Uni (100 %).
La Russie n’a pas encore mis en œuvre des mesures drastiques pour financer l’effort de guerre, se contentant d’augmenter le taux de TVA de deux points de pourcentage, le portant à 22 %, un niveau comparable à celui de l’Europe. Elle dispose également de réserves importantes, d’environ 6 800 milliards de roubles, pour faire face aux imprévus. Ben Aris estime que “les économies française et britannique s’effondreront avant l’économie russe”.
Les prédictions d’effondrement économique russe rappellent les espoirs placés dans les “armes miracles” occidentales pour inverser le cours de la guerre en Ukraine. Comme les systèmes HIMARS, les chars Leopard et les avions F-16, les sanctions économiques n’ont pas eu l’impact décisif escompté. L’Occident a sous-estimé la résilience de l’économie russe et l’expertise de ses planificateurs économiques, tout en surestimant sa propre capacité à résister aux conséquences des sanctions. Les prévisions d’effondrement économique russe apparaissent donc comme un nouvel exemple de déconnexion de la réalité.
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