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Rue des Carmes (Nantes) – Wikipedia

by Nicolas Lefèvre

La rue des Carmes, artère piétonne emblématique du quartier Bouffay à Nantes, est chargée d’histoire. Des vestiges gallo-romains à son rôle central dans la vie religieuse et commerciale de la ville, cette rue témoigne de l’évolution de Nantes à travers les siècles.

Située au cœur du centre-ville, la rue des Carmes relie la rue Saint-Léonard à la place du Change. Son nom rend hommage à l’ordre religieux des Carmes, qui y possédait un important couvent. L’histoire de la rue est intimement liée à celle de ce couvent, dont les fondations remontent au début du XIVe siècle.

À l’origine, le tracé de la rue des Carmes correspondait à la limite orientale de la rivière Erdre, lors de la construction des murs gallo-romains entourant la ville de Nomsle Erdre. Au fil du temps, Nantes s’est étendue au-delà de ses fortifications. Au XIe siècle, des douves furent creusées pour renforcer les défenses, mais certains quartiers, dont la rue de l’Échellerie et la place du Change, restèrent non protégés. Au XIIIe siècle, Pierre Mauclerc initia la construction de nouveaux remparts, permettant une nouvelle expansion urbaine.

C’est vers 1318 que Thibaut de Rochefort, vicomte de Donges, créa l’ordre des Carmes à l’Hôtel de Rochefort. Environ sept ans plus tard, en 1325, les Carmes s’installèrent dans un bâtiment situé à l’angle de la rue qui allait porter leur nom. Leur église, dont l’abside donnait sur la rue du Moulin, fut reconstruite entre 1365 et 1372, et le couvent entre 1369 et 1384. Le complexe fut agrandi après 1420, grâce au soutien de Jean V, et reconstruit en 1622. Les États de Bretagne y furent tenus en 1636 et 1638.

Les ducs de Bretagne entretenaient des liens étroits avec le couvent, notamment Jean V, François II et la duchesse Anne. Le tombeau de François II de Bretagne y fut initialement placé avant d’être transféré à la cathédrale. Le couvent abritait également les sépultures de Gilles de Rais et de Gérard Mellier, ainsi que le reliquaire contenant le cœur d’Anne de Bretagne.

La rue, initialement appelée rue de l’Échellerie, s’étendait de Port Communeau à la place des Changes, son nom dérivant de l’ancienne porte de l’Échellerie située à proximité. Elle devint ensuite rue des Carmes, avant d’être brièvement rebaptisée rue Fontenelle pendant la Révolution française, puis de retrouver son appellation d’origine.

En 1791, la communauté carmélite fut dispersée et le mobilier du couvent, dont les objets de valeur avaient été retirés, fut vendu. En 1792, le nouvel acquéreur de l’église proposa sa démolition et demanda l’enlèvement des orgues, des tombeaux et des statues. En 1802, la nef fut transformée en Théâtre des Variétés, dirigé successivement par la Veuve Charles et Compagnie, puis par Ferville et Potier. Au début du XXe siècle, il ne restait plus que quelques arcs et voûtes bien conservés, visibles au n°3 de la rue des Bons-Français et aux n°16 et 18 de la rue des Carmes.

Aujourd’hui, la rue des Carmes est jalonnée de bâtiments remarquables. Au n°19, on peut admirer une maison à colombages. Près de la place des Changes, l’une des premières imprimeries de Nantes fonctionna en 1493, sous la direction d’Étienne Larcher, qui y publia Les Lunettes des Princes. L’immeuble du n°2, situé à l’extrémité sud de la rue, date du XVe siècle et est considéré comme l’une des plus belles maisons à colombages de la ville. Historiquement connue sous le nom de Maison des Apothicaires ou Maison de la Bourse, elle est classée monument historique depuis le 4 janvier 1922. Le bâtiment a abrité successivement un office de tourisme, un restaurant, un café-espace d’exposition et un lieu associatif.

Au n°15 se trouvait la Cour Gaillard. Au fond d’un couloir de la deuxième partie de cette cour, qui communiquait avec la rue des Halles, Édouard Pied signala en 1906 une statue en bois incrustée dans le mur d’une maison ancienne. Recouverte de chaux, la statue représentait la Vierge et était connue sous le nom de Notre-Dame-de-la-Délivrance. Selon la tradition locale, elle était particulièrement vénérée par les femmes dans certaines circonstances de la vie, notamment pour un accouchement heureux. Dès 1906, de petits restes de cire brûlée étaient souvent visibles autour du socle. On pense qu’il s’agit d’une reproduction d’une statue datant du XVIe siècle. Après les destructions de la Seconde Guerre mondiale, les immeubles du côté sud de la cour Gaillard furent reconstruits et la rue des Halles élargie, modifiant peut-être l’aspect de la cour tel qu’observé par Édouard Pied.

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