Publié le 31 décembre 2025 à 12h03. Les violences intrafamiliales commises par des adolescents envers leurs parents ou beaux-parents sont en forte augmentation au Royaume-Uni, une tendance exacerbée par les tensions liées à la pandémie de Covid-19 et aux difficultés socio-économiques.
- Le nombre de ces agressions a augmenté de plus de 60 % au cours de la dernière décennie.
- 3 091 cas ont été enregistrés par Scotland Yard entre janvier et octobre 2025, contre 1 886 en 2015.
- Les experts soulignent que ce type de violence reste largement sous-déclaré et stigmatisé.
Les chiffres alarmants publiés par Scotland Yard révèlent une escalade inquiétante des violences exercées par des adolescents envers leurs parents ou beaux-parents. En 2015, 1 886 infractions de ce type avaient été recensées. Ce chiffre a progressivement augmenté pour atteindre 2 292 en 2019, puis a connu une accélération significative avec la pandémie de Covid-19, atteignant 2 454 incidents en 2020. La tendance s’est confirmée avec 2 395 cas en 2021, 2 792 en 2022, 3 052 en 2023, 3 030 en 2024 et 3 091 entre le 1er janvier et le 31 octobre 2025.
Les agressions sont commises par des suspects âgés de 10 à 17 ans, l’âge de la responsabilité pénale étant fixé à 10 ans en Angleterre, au Pays de Galles et en Irlande du Nord. Selon les données de la police métropolitaine, l’augmentation des incidents enregistrés coïncide avec la période de la pandémie, bien qu’une légère hausse ait été observée au cours des quatre années précédentes, suivie d’une stabilisation relative ces deux dernières années.
Jane Atkinson, directrice générale de Capa First Response, une association qui accompagne les familles confrontées à ces situations, estime que les chiffres reflètent une réalité nationale. Son organisation a constaté une augmentation de 90 % des demandes d’aide au cours des deux dernières années. Elle nuance toutefois cette augmentation en soulignant une potentielle meilleure sensibilisation à l’aide disponible, mais insiste sur la présence de facteurs plus profonds alimentant ces violences.
« J’ai récemment parlé à une femme avec une fracture de la mâchoire et un doigt fracturé causés par sa fille, et elle m’a dit que cela dure depuis longtemps, et que ce n’est que lorsque les choses commencent à dégénérer qu’elle réalise qu’il y a peut-être un problème plus grave. »
Jane Atkinson, directrice générale de Capa First Response
L’association a identifié des pics de demandes d’aide correspondant à l’âge de 6, 8 et 12 ans, suggérant que la violence peut débuter très tôt. Selon Atkinson, les parents sont de plus en plus attentifs à ces signaux et cherchent à obtenir de l’aide avant que la situation ne devienne incontrôlable.
L’augmentation de la pauvreté infantile au Royaume-Uni et le sentiment d’incapacité des parents à répondre aux attentes de leurs enfants sont également pointés du doigt comme des facteurs contribuant à cette escalade de la violence. De plus en plus de familles ont du mal à offrir à leurs enfants le même niveau de vie que leurs pairs, ce qui génère des tensions et des frustrations.
« De plus en plus de familles ont du mal à répondre aux attentes, peut-être en ce qui concerne les enfants et ce que reçoivent leurs pairs. Les gens trouvent cela très difficile et ont du mal. Lorsque vous luttez à l’extérieur, au sein des systèmes de votre famille, les relations commencent à souffrir. »
Jane Atkinson, directrice générale de Capa First Response
Une étude menée en 2020 par les universités d’Oxford et de Manchester a examiné l’impact de la pandémie de Covid-19 sur les violences filiales. Les chercheurs ont recueilli des témoignages poignants, comme celui d’un parent affirmant que son fils l’avait tellement battu qu’elle aurait pu mourir si la police n’était pas intervenue. Les explications de cette recrudescence incluent les bouleversements des routines familiales, les pressions liées à l’enseignement à domicile et la perte d’accès aux services de soutien pendant les confinements.
Helen Bonnick, auteure de Child to Parent Violence and Abuse: A Practitioner’s Guide to Working with Families, espère que cette augmentation des chiffres est le signe d’une diminution de la stigmatisation entourant le signalement de ces abus. Elle souligne que si la pandémie et les difficultés sociales ont pu jouer un rôle, il est difficile d’établir un lien de causalité direct en raison de la complexité du contexte.
Bonnick met en avant l’évolution des connaissances et de la compréhension de ce phénomène au cours des 15 dernières années, passant d’un silence quasi total à une prise de conscience croissante. Elle souligne également l’importance des recherches menées à l’échelle internationale et l’évolution des approches thérapeutiques, notamment en matière de traumatismes et de neurodiversité.
L’augmentation des services spécialisés et l’amélioration de la compréhension des mécanismes sous-jacents à ces violences encouragent davantage de personnes à demander de l’aide. Cependant, Bonnick insiste sur l’impact des réductions budgétaires dans les services de santé mentale pour les adolescents et les services à l’enfance, qui ont pu entraîner un manque de soutien précoce et compromettre la sécurité de certaines familles.
Les experts considèrent la violence entre enfants et parents comme la forme de violence familiale la plus cachée et la plus stigmatisée, les chiffres officiels ne reflétant probablement qu’une partie de la réalité. Des études suggèrent que ces violences peuvent débuter dès le plus jeune âge, mais atteignent généralement leur paroxysme entre 14 et 16 ans. Un rapport publié en 2021 par le commissaire à la violence domestique estime que les violences physiques graves envers les parents concernent entre 3 % et 5 % des familles, et que les formes d’agression plus larges, incluant les violences psychologiques, touchent environ 10 % des familles. Ces violences peuvent prendre des formes variées, allant des coups de poing et des coups de pied aux agressions à l’arme blanche, en passant par l’étranglement et les brûlures.
Le sujet a même été abordé dans la série télévisée britannique EastEnders en 2024, à travers le personnage de Kat Slater qui luttait contre le comportement violent de son fils adolescent Tommy.