Malgré la pression accrue des États-Unis, le Venezuela continue de recevoir des pétroliers, signe d’une dépendance croissante envers le stockage en mer et les échanges de pétrole destinés à honorer sa dette. Le système d’exportation vénézuélien, déjà fragilisé, montre des signes de blocage progressif.
Au cours des derniers jours, au moins deux pétroliers sont arrivés dans les eaux territoriales vénézuéliennes, et d’autres se dirigent vers la côte, selon les données compilées par Reuters et TankerTrackers.com. Ces arrivées interviennent alors que les autorités américaines ont réduit d’environ 50 % les exportations pétrolières du Venezuela par rapport au niveau de novembre, saisi deux cargaisons et incité de nombreux armateurs à modifier leurs itinéraires en cours de route.
Ces navires qui bravent le blocus ne sont pas là par hasard. Une part importante d’entre eux est liée à des accords de longue date de type « pétrole contre dette », notamment avec la Chine. Ces accords impliquent la livraison de brut vénézuélien en échange du remboursement de milliards de dollars de prêts, sans générer de revenus immédiats significatifs pour Caracas. Le Venezuela utilise donc le pétrole comme moyen de paiement plutôt que comme source de revenus.
La situation est compliquée par des difficultés logistiques. La compagnie pétrolière nationale PDVSA rencontre des lenteurs dans les opérations de chargement et de déchargement, suite à une cyberattaque qui a perturbé ses systèmes administratifs. De plus, les patrouilles américaines ont réduit les options de sortie pour les navires soumis à des sanctions. Cette combinaison de facteurs a entraîné une accumulation de pétroliers au large des côtes vénézuéliennes. Le stockage flottant a atteint environ 16 millions de barils, en forte augmentation par rapport à quelques semaines seulement. Près d’une vingtaine de navires sont actuellement visibles à proximité du seul terminal José.
Le Venezuela a déjà été confronté à une situation similaire en 2020, lorsque les pressions américaines l’avaient contraint à recourir à des intermédiaires peu scrupuleux, à accorder des remises importantes et, finalement, à réduire sa production. Un schéma comparable se dessine à nouveau. PDVSA a déjà commencé à fermer des puits dans la ceinture de l’Orénoque, en raison de la saturation des capacités de stockage et de la diminution des importations de diluants.
Le rôle de la Chine a également évolué. Bien que des pétroliers liés à la Chine continuent d’être impliqués dans ces échanges, Pékin s’est progressivement désengagé financièrement du Venezuela ces dernières années, en raison de factures impayées et d’expériences décevantes. Le pétrole continue d’être acheminé vers l’est, mais la patience chinoise est limitée et les prix sont fortement réduits.
À ce stade, seules les cargaisons de Chevron, destinées à la côte américaine du Golfe, semblent circuler sans entrave, grâce à une dérogation accordée par Washington, même si les contrôles sont renforcés ailleurs. Cette exception est importante pour les raffineries complexes, mais ne résout pas le problème structurel du Venezuela.