Home NouvellesIl reste moins de 10 vaquitas. L’espèce peut-elle être sauvée ?

Il reste moins de 10 vaquitas. L’espèce peut-elle être sauvée ?

by Nicolas Lefèvre

Publié le 2024-11-07 10:30:00. Le vaquita, le plus petit marsouin au monde, est au bord de l’extinction en raison de la pêche illégale dans le golfe de Californie. Des experts et des organisations internationales se mobilisent pour tenter de sauver cette espèce menacée, mais le temps presse.

  • Moins de 10 vaquitas restent en vie, selon les estimations les plus récentes.
  • La pêche illégale au filet maillant, visant principalement le totoaba (une espèce également menacée), est la principale cause du déclin du vaquita.
  • Des efforts sont en cours pour réduire la demande de vessie natatoire de totoaba en Chine et pour fournir aux pêcheurs des alternatives durables.

Le vaquita (Phocoena sinus), surnommé le « panda de la mer » en raison des taches sombres autour de ses yeux, est aujourd’hui l’espèce de mammifère marin la plus en danger au monde. Sa population a chuté de 98 % au cours des trente dernières années, le poussant au bord du gouffre. En octobre dernier, les estimations indiquaient qu’il ne subsistait plus que quelques individus, probablement moins de 10.

La principale menace qui pèse sur le vaquita est la pêche au filet maillant, une technique consistant à déployer de longs murs de filets flottants dans l’eau. Bien que cette pratique soit illégale au Mexique depuis 2017 dans la partie supérieure du golfe de Californie, elle persiste, motivée par la forte demande en Chine pour la vessie natatoire du totoaba (Totoaba macdonaldi), un poisson également en voie de disparition. Cette vessie, considérée comme une délicatesse, peut atteindre des prix exorbitants, allant jusqu’à 10 000 dollars américains l’unité.

Les vaquitas, qui mesurent environ 1,5 mètre de long, sont souvent pris accidentellement dans ces filets, entraînant leur mort par noyade. Malgré l’interdiction de la pêche au totoaba depuis 1975 et l’inscription du vaquita et du totoaba à l’Annexe I de la Convention sur le commerce international des espèces menacées d’extinction (CITES), qui interdit tout commerce de ces espèces, les activités illégales se poursuivent. En mars 2024, les autorités mexicaines ont saisi plus de 9 kilomètres de filets maillants illégaux contenant 72 totoabas morts.

La situation du vaquita a été examinée lors de la récente Conférence des Parties à la CITES, qui s’est tenue du 24 novembre au 5 décembre à Samarkand, en Ouzbékistan. Les efforts du Mexique pour protéger l’espèce sont sous surveillance. Les défenseurs de l’environnement soulignent l’urgence d’agir.

« C’est un cercle vicieux. Pour sauver le vaquita, vous devez éliminer les prises accessoires, et pour éliminer les prises accessoires, vous devez éliminer le filet maillant, et cela n’est pas arrivé. »

Lorenzo Rojas Bracho, scientifique mexicain et conseiller principal de la National Marine Mammal Foundation

Lorenzo Rojas Bracho, qui étudie la conservation du vaquita depuis plus de 30 ans, estime qu’il est crucial de fournir aux pêcheurs des équipements alternatifs qui ne mettent pas en danger le vaquita. Une analyse réalisée en 2023 pour la Commission de la survie des espèces de l’UICN a révélé que les filets maillants sont encore largement utilisés pour la capture de crevettes et de poissons dans la région, et que les progrès vers des méthodes de pêche alternatives sont lents.

Le problème est que les équipements alternatifs sont souvent plus coûteux et moins efficaces, et que l’application de l’interdiction des filets maillants est insuffisante. Rojas Bracho insiste sur la nécessité de soutenir les communautés locales et de les impliquer dans la recherche de solutions.

« Vous devez soutenir les communautés, et les communautés doivent vous soutenir pour parvenir à un accord. »

Lorenzo Rojas Bracho, scientifique mexicain et conseiller principal de la National Marine Mammal Foundation

Certaines mesures, comme l’installation de blocs de béton sur le fond marin pour piéger les filets maillants illégaux et la création d’une « zone de tolérance zéro » de 225 kilomètres carrés (87 milles carrés) sans pêche, ont eu un certain impact, mais elles ne suffisent pas à elles seules à assurer la survie de l’espèce.

Cependant, Rojas Bracho se montre optimiste, estimant que le nouveau gouvernement mexicain, entré en fonction en 2024, pourrait accélérer les efforts de conservation. Des réunions sur le vaquita ont été organisées moins d’un mois après la prise de fonction du nouveau gouvernement, ce qui témoigne, selon lui, d’une volonté politique.

Parallèlement, des efforts sont déployés pour réduire la demande de vessie natatoire de totoaba en Chine. Paola Mosig Reidl, co-directrice de Data, Research and Law Enforcement Support chez Traffic, une organisation non gouvernementale spécialisée dans le commerce d’animaux et de plantes sauvages, a déclaré que Traffic a récemment lancé un « projet de changement de comportement » en Chine pour réduire la demande illégale de ce produit.

Un magasin de Hong Kong vend différentes variétés de vessie natatoire séchée. Le totoaba est un mets très prisé et une seule vessie natatoire peut se vendre 10 000 dollars américains.

Mosig Reidl souligne que la lutte contre le commerce illégal de totoaba nécessite une action coordonnée entre les pays d’origine, de transit et de destination, ainsi qu’un renforcement de l’application de la loi.

« Le commerce illégal de totoaba s’étend aux pays d’origine, de transit et de destination, une action coordonnée peut donc augmenter considérablement son impact. »

Paola Mosig Reidl, co-directrice de Data, Research and Law Enforcement Support chez Traffic

Une autre piste explorée est l’élevage de totoaba (« agriculture de conservation »), qui pourrait réduire le braconnage. Cependant, cette approche est controversée, car elle pourrait créer des opportunités de blanchiment de produits illégaux. Une traçabilité rigoureuse serait essentielle.

Les réglementations internationales et la pression des organisations mondiales jouent également un rôle important. En 2023, le Mexique a été sanctionné par la CITES pour son inaction face à la pêche illégale et à la menace qui pèse sur le vaquita, ce qui a entraîné une suspension temporaire du commerce de la faune sauvage réglementée avec le pays. La Commission baleinière internationale a également émis une alerte d’extinction pour le vaquita, dans l’espoir de mobiliser un soutien accru.

Malgré la situation critique, Rojas Bracho reste prudentement optimiste. Au cours des deux dernières années, la population de vaquitas semble s’être stabilisée, bien qu’il subsiste une forte incertitude quant à leur nombre exact. L’observation de juvéniles lors des dernières enquêtes est un signe encourageant.

« Si vous avez des juvéniles, cela signifie qu’ils ont survécu aux années les plus difficiles de leur vie… et que vous voyez toujours des animaux en bonne santé produire une progéniture. C’est de quoi être heureux. »

Lorenzo Rojas Bracho, scientifique mexicain et conseiller principal de la National Marine Mammal Foundation

Le Secrétariat de la CITES a indiqué à CNN que le Mexique avait réalisé des progrès significatifs depuis 2023 pour limiter la pêche illégale dans les zones protégées, mais que des efforts soutenus et une vigilance continue restent essentiels. Les progrès du pays seront à nouveau examinés lors de la prochaine réunion ordinaire du Comité permanent de la CITES, en novembre 2026.

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