Publié le 3 mai 2024 à 14h35. L’Union européenne revoit ses objectifs ambitieux de transition vers la voiture électrique face à un ralentissement des ventes et aux pressions de l’industrie automobile, tout en maintenant l’objectif de réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre.
- Près d’un cinquième des émissions mondiales de dioxyde de carbone provient du secteur des transports routiers, rendant les objectifs de neutralité carbone difficiles à atteindre sans un abandon massif des véhicules thermiques.
- L’Union européenne envisage de moduler son interdiction des voitures à moteur à combustion interne prévue pour 2035, en se concentrant sur une réduction de 90 % des émissions de gaz d’échappement d’ici le milieu de la prochaine décennie.
- Le ralentissement de la croissance des ventes de véhicules électriques, conjugué aux préoccupations économiques et aux infrastructures de recharge insuffisantes, pousse les constructeurs à diversifier leur offre et à repousser leurs investissements dans l’électrification.
Après des années d’incitations gouvernementales pour encourager l’adoption des voitures électriques, l’industrie automobile semblait s’engager résolument vers une ère zéro émission. Les constructeurs avaient commencé à adapter leurs chaînes de production et à proposer une gamme de plus en plus large de modèles électriques, répondant à une demande croissante stimulée par la baisse des prix et les progrès technologiques.
Cependant, cette transition s’est heurtée à des obstacles ces deux dernières années. Les gouvernements ont réduit les aides financières à l’achat, et de nombreux automobilistes hésitent encore, en raison du coût élevé des véhicules électriques et du manque d’infrastructures de recharge adéquates. L’Union européenne, pionnière en matière de politique climatique, reconnaît désormais que la transition vers des transports à zéro émission prendra plus de temps que prévu.
Que prévoit l’Union européenne ?
En 2022, la Commission européenne, l’organe exécutif de l’UE, avait annoncé que toutes les nouvelles voitures et véhicules utilitaires légers vendus à partir de 2035 devaient être totalement exempts d’émissions. Cette directive visait à accélérer la transition vers une mobilité durable et à réduire l’empreinte carbone du secteur des transports.
Mais la croissance des ventes de véhicules électriques a ralenti, et le secteur anticipe désormais une demande soutenue pour les véhicules à moteur à combustion interne pendant encore de nombreuses années. Des entreprises comme Mercedes-Benz, Porsche et Volkswagen ont réduit leurs investissements dans l’électrification et ont fait pression sur Bruxelles pour reconsidérer le calendrier, arguant qu’une interdiction prématurée des voitures à combustibles fossiles, alors que la demande reste forte, pourrait nuire à la rentabilité et à l’emploi.
Une baisse continue des ventes de Tesla sur les principaux marchés européens illustre ce ralentissement.
En conséquence, l’ambition initiale de l’Union européenne est en cours de révision. Un projet est à l’étude pour abandonner l’interdiction totale des nouvelles voitures à moteur à combustion interne. À la place, les émissions de gaz d’échappement des voitures devraient être réduites de 90 % d’ici le milieu de la prochaine décennie, selon des sources proches du dossier.
Les ventes de voitures hybrides rechargeables et de véhicules électriques équipés de petits moteurs thermiques complémentaires devraient se poursuivre. Les constructeurs automobiles devront compenser les émissions supplémentaires en utilisant des carburants à faible teneur en carbone ou renouvelables, ou en employant de l’acier « vert » produit localement.
Réactions des constructeurs automobiles européens
Anticipant un report de l’interdiction des voitures à essence, l’industrie automobile a déjà prévu de proposer une gamme plus large de voitures hybrides sur une période prolongée. Elle a également conseillé à ses fournisseurs de composants de se préparer à fournir des pièces de rechange pour les modèles non électriques au-delà de 2035, selon des informations rapportées par Bloomberg.
BMW et Volkswagen envisagent d’ajouter des prolongateurs d’autonomie à certains de leurs modèles électriques, offrant ainsi une solution hybride pour répondre aux préoccupations des consommateurs concernant l’autonomie et la recharge.
La demande mondiale de voitures électriques : un essoufflement ?
Selon le rapport BloombergNEF Electric Vehicle Outlook, les ventes de voitures particulières entièrement électriques et d’hybrides rechargeables ont augmenté de 26 % en 2024, un ralentissement par rapport à la progression de 34 % enregistrée l’année précédente. Cette croissance plus lente ne signifie pas pour autant un arrêt de l’expansion du marché.
Les ventes de véhicules électriques continuent d’atteindre de nouveaux sommets annuels, portées par le marché chinois. BloombergNEF estime que la Chine représente près des deux tiers des 17,6 millions de ventes de véhicules électriques dans le monde l’année dernière.
En parallèle, les voitures hybrides gagnent en popularité sur le plus grand marché des véhicules électriques.
Aux États-Unis, les ventes de véhicules électriques ont augmenté de 12 % au cours des trois premiers trimestres de 2025, malgré la suppression des subventions gouvernementales par l’administration Trump en janvier. Cependant, l’assouplissement des normes d’efficacité énergétique pourrait freiner cette croissance à l’avenir.
En Europe, les ventes de voitures électriques et hybrides se sont stabilisées l’année dernière. Bien qu’une reprise soit observée en 2024, avec une augmentation de 26 % entre janvier et octobre, ce rythme reste insuffisant pour atteindre les objectifs de réduction des émissions fixés par l’UE.
Les raisons de ce ralentissement
Lors de la première phase d’essor des voitures électriques, les constructeurs ont réussi à attirer les premiers adoptants en proposant des véhicules dotés des dernières technologies et fonctionnalités. Ces acheteurs étaient motivés par le désir d’être à la pointe de l’innovation.
Les acheteurs suivants, plus sensibles au coût, sont plus exigeants et sceptiques quant à la technologie. Ils s’inquiètent également de la disponibilité des bornes de recharge, en particulier aux États-Unis, où elles sont concentrées dans les villes et le long des côtes est et ouest.
En Europe, la suppression des subventions gouvernementales a également contribué à la baisse des ventes. Sans ces incitations, les voitures électriques restent plus chères que les voitures à essence, avec un prix moyen supérieur de 30 % en Europe et de 27 % aux États-Unis en 2024.
Des alternatives moins chères existent, notamment en Chine, mais les gouvernements occidentaux protègent leurs constructeurs nationaux par le biais de droits de douane et d’autres barrières commerciales, limitant l’accès au marché pour des constructeurs comme BYD.
Le passage à l’électrification est un enjeu majeur dans la lutte contre le changement climatique, mais il se heurte à des réalités politiques et économiques. Les constructeurs automobiles européens, bien que favorables à la transition, sont conscients des implications sociales liées à la suppression d’emplois dans les usines de moteurs thermiques.
Un ralentissement de la transition vers les véhicules électriques pourrait retarder la décarbonation du secteur des transports et la réduction de la pollution urbaine. Il pourrait également compromettre la compétitivité des constructeurs européens face à la montée en puissance des entreprises chinoises.
Les gouvernements sont confrontés à un dilemme : favoriser l’importation de voitures électriques et de leurs composants en provenance de Chine pour maintenir des prix bas et stimuler la demande, ou protéger les industries nationales et consolider la domination chinoise dans les secteurs d’avenir. Les efforts européens pour développer une industrie locale de batteries ont essuyé des difficultés, avec le report ou l’annulation de 11 des 16 usines prévues, selon un rapport de Bloomberg publié l’année dernière.
Des perspectives d’amélioration ?
Malgré ces défis, les perspectives semblent s’améliorer quelque peu. BloombergNEF prévoit une augmentation de 25 % des ventes mondiales de véhicules électriques en 2025, et une part de marché de 56 % des ventes de voitures particulières d’ici 2035. La Chine continuera de dominer le marché, grâce à son programme d’échange de voitures anciennes.
D’autres gouvernements envisagent de réintroduire des incitations financières pour encourager l’achat de véhicules électriques. Les constructeurs automobiles s’efforcent de proposer une gamme plus large de modèles abordables pour attirer les acheteurs hésitants.
La Renault 5 électrique est proposée à moins de 25 000 euros, et la Twingo électrique sera commercialisée l’année prochaine à partir de 20 000 euros. La Citroën e-C3 de Stellantis est quant à elle disponible à partir de 14 990 euros en France pour les clients éligibles au programme de location sociale. La Volkswagen ID.Polo, dont la commercialisation est prévue l’année prochaine, devrait également être proposée à moins de 25 000 euros. Le groupe de pression Transports et Environnement estime que les constructeurs automobiles pourraient vendre jusqu’à deux millions de voitures entièrement électriques dans l’Union européenne cette année, grâce à ces modèles plus abordables.
Cela représenterait une progression significative par rapport aux ventes actuelles. Au cours des dix premiers mois de l’année, les ventes de véhicules électriques à batterie ont atteint près de 1,5 million d’unités, représentant une part de marché de 16,4 % contre 13,2 % à la même période l’année précédente. Cependant, ce pourcentage reste insuffisant pour atteindre les objectifs de réduction des émissions fixés par l’UE d’ici 2035.
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