Publié le 3 janvier 2024 à 15h56. L’administration américaine envisage de qualifier certaines branches des Frères musulmans au Moyen-Orient de « organisations terroristes », une décision que le mouvement rejette, la qualifiant de motivation politique et liée à des enjeux géopolitiques complexes.
- Talat Fahmy, porte-parole des Frères musulmans en Turquie, a défendu le mouvement face aux accusations de terrorisme.
- Le décret de l’administration Trump vise les branches du mouvement en Égypte, en Jordanie et au Liban.
- Les Frères musulmans soutiennent le Hamas en tant que mouvement de libération nationale palestinienne, mais affirment qu’il n’est pas une branche du mouvement.
Les Frères musulmans, un mouvement islamique influent fondé en Égypte en 1928, se retrouvent à nouveau au centre d’une controverse internationale. L’administration américaine, sous l’impulsion d’un décret signé le 24 novembre, envisage de classer certaines de ses branches au Moyen-Orient comme « organisations terroristes ». Cette initiative, selon les termes du décret, vise à contrer un « réseau transnational » dont les ramifications s’étendent bien au-delà de la région.
Talat Fahmy, porte-parole des Frères musulmans en Turquie, a réagi à ces accusations lors d’un entretien avec le service turc de la BBC. Il a fermement rejeté l’étiquette de « terroristes », affirmant que le mouvement privilégie une approche pacifique et la réforme. Il a qualifié la décision de l’administration Trump de principalement motivée par des considérations politiques plutôt que juridiques.
« Nous évaluons la décision de Trump d’un point de vue politique plutôt que juridique. »
Talat Fahmy, porte-parole des Frères musulmans en Turquie
Selon M. Fahmy, plusieurs facteurs expliquent cette démarche américaine, notamment « l’influence croissante de l’extrême droite en Occident, les efforts des États-Unis pour plaire à Israël et la présence de dirigeants autoritaires dans le monde arabe ». Il a également souligné que cette décision pourrait viser à éloigner les jeunes du mouvement.
Concernant le Hamas, le mouvement islamique palestinien, les Frères musulmans affirment leur soutien en tant que « mouvement de libération nationale » pour les Palestiniens. Talaat Fahmy a cependant précisé que le Hamas n’était pas une branche de l’organisation.
« Nous considérons le Hamas de la même manière qu’il se voit lui-même. (Hamas) est l’abréviation arabe de Mouvement de résistance islamique, et il se considère comme un mouvement de libération nationale. »
Talat Fahmy, porte-parole des Frères musulmans en Turquie
Le décret de l’administration Trump met en lumière des allégations de liens entre les Frères musulmans et le Hamas, une organisation classée comme « terroriste » par les États-Unis, l’Union européenne, le Royaume-Uni, le Canada et l’Australie. Le Hamas, issu des mouvements palestiniens liés aux Frères musulmans, a toutefois affirmé en 2017 son indépendance.
Les Frères musulmans ont une histoire riche et complexe. Fondé en Égypte en 1928 par Hassan al-Banna, le mouvement a rapidement gagné en influence, devenant une force politique majeure dans le pays et inspirant de nombreux mouvements islamiques à travers le monde. Après le « Printemps arabe », une coalition dirigée par le Parti de la liberté et de la justice, affilié aux Frères musulmans, a remporté les élections en Égypte en juin 2012, conduisant à l’élection de Mohamed Morsi à la présidence.
Cependant, le règne de Morsi a été de courte durée. En 2013, des manifestations massives ont conduit à son renversement par l’armée, dirigée par Abdel Fattah El-Sisi. La même année, le nouveau gouvernement a inscrit les Frères musulmans sur la liste des « organisations terroristes », entraînant l’emprisonnement de nombreux membres et des condamnations à mort.
Suite à ces événements, certains membres des Frères musulmans ont quitté le pays, établissant deux principaux centres de direction, l’un à Londres et l’autre à Istanbul. Les dirigeants basés à Londres ont déclaré qu’ils contesteraient légalement le décret de Trump, le qualifiant de « politiquement motivé ».
Talat Fahmy estime que la décision de Trump est également influencée par « la montée de l’extrême droite aux États-Unis et en Europe », un mouvement qu’il accuse de promouvoir une vision excluant l’Islam et les musulmans. Il a également souligné le rôle de certains régimes arabes autoritaires et le désir de créer une image négative des Frères musulmans auprès de la jeunesse mondiale.
Le décret impose aux secrétaires d’État et au Trésor américains de soumettre un rapport dans les 30 jours, suivi, dans les 45 jours, de mesures potentielles pour inscrire les branches des Frères musulmans sur les listes des « organisations terroristes étrangères » et des « terroristes mondiaux spécialement désignés ». L’avenir du mouvement et ses relations avec les États-Unis et d’autres pays restent incertains.
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