La nouvelle série dramatique de la BBC One, Waiting for the Out, explore les méandres de la condition humaine à travers le prisme inattendu d’un cours de philosophie donné en prison. Adaptée des mémoires d’Andy West, l’œuvre sonde les questions de la rédemption, de la paternité et de la masculinité, tout en offrant un regard nuancé sur la vie derrière les barreaux.
Au cœur de l’intrigue se trouve Dan (interprété par Josh Finan), un universitaire sensible qui anime un atelier de philosophie pour détenus. Les discussions, qui abordent des sujets aussi variés que l’œuvre d’Homère, le féminisme et la pensée de Slavoj Žižek, servent de catalyseur pour une introspection profonde, tant pour les prisonniers que pour Dan lui-même. « J’attends juste mon heure, j’attends la sortie », confie Dris (Francis Lovehall) à Dan, résumant l’état d’esprit de beaucoup.
Parallèlement à son travail en prison, Dan est confronté à ses propres démons : un trouble obsessionnel-compulsif qui se manifeste par des vérifications répétées de sa cuisinière à gaz, ainsi que des souvenirs refoulés liés à son père abusif, ancien prisonnier, et à son frère Lee (Stephen Wight), en voie de guérison après une addiction. Lee lui lance : « Chaque génération a sa chance de changer. Nous, avec toi et moi, c’est la nôtre. » La série interroge ainsi la possibilité pour Dan de se libérer des chaînes psychologiques de son passé.
Waiting for the Out s’inscrit dans une lignée de productions télévisuelles britanniques qui dépeignent la vie carcérale avec une approche plus introspective. Des œuvres comme le documentaire Caesar Must Die (2012), qui suivait une production de Jules César de Shakespeare en prison, la série Netflix Orange is the New Black, et le film Sing Sing, ont exploré les dynamiques sociales et les possibilités de réhabilitation au sein des murs de la prison. La série de la BBC, elle, ajoute une dimension intellectuelle à ce paysage, en confrontant les questions philosophiques fondamentales aux réalités de l’incarcération.
La série ne se contente pas de présenter des débats théoriques. Une scène poignante montre Dan confronté au dossier d’un détenu en surveillance de suicide, où il est noté que celui-ci « semblait être vivant ». Lorsqu’il apprend que le prisonnier est décédé, il panique et demande des précisions. « Il n’a pas essayé de se suicider, mais il l’a fait », lui révèle Dris. « Il est mort, ce n’est qu’une question de temps. »
Les flashbacks sur l’enfance de Dan, marquée par la figure autoritaire et misogynes de son père (interprété par Gerard Kearns), viennent compléter ce tableau. Lors d’une soirée mondaine, Dan explose : « Je n’essaie de sauver personne. Le temps de les sauver est bien passé. Nous avons tous manqué le bateau, trop occupés à débattre sur le châteauneuf-du-pape. » Cependant, ces séquences, bien que puissantes, flirtent parfois avec le cliché et une représentation trop directe du traumatisme infantile.
Malgré quelques imperfections, l’adaptation sensible de Dennis Kelly du livre d’Andy West parvient, dans ses moments les plus lents et les plus conversationnels, à atteindre une poignance sombre. La série aborde frontalement la question complexe de l’héritage paternel et les difficultés de la masculinité moderne. Une hallucination du père de Dan grogne : « Ce sont des hommes. De vrais hommes. » Dan, qui se sent incapable de définir ce qu’est un homme, est là pour aider les autres à réfléchir à ce que signifie être humain. La série se situe à la croisée de ces deux propositions : une étude sur la réflexion, la prise de conscience et le pardon.
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