Publié le 2024-02-29 10:32:00. L’Archiduc, célèbre club bruxellois intimement lié à l’histoire du jazz en Belgique, a des racines plus anciennes qu’on ne le pense. Loin de voir le jour en 1937, son histoire commence dans les années 1920 avec un cercle d’amateurs d’art décoratif.
- Le club l’Archiduc a été repris en 1953 par le musicien de jazz Stan Brenders, qui en a fait un lieu incontournable pour les artistes internationaux.
- Stan Brenders a été accusé de collaboration pendant l’Occupation, une controverse qui a entaché sa réputation.
- Nat King Cole était un habitué de l’Archiduc et a collaboré avec Stan Brenders sur la composition de la chanson J’envie.
La légende populaire situe la naissance de l’Archiduc en 1937, l’attribuant à une certaine Madame Alice. Or, l’histoire du lieu remonte en réalité au milieu des années 1920, avec la fondation d’un club intitulé « Les Amis de l’Art décoratif ». C’est en 1943 que ce cercle s’installe rue Dansaert, dans un bâtiment commercial de la fin du XIXe siècle. La même année, le club adopte le nom d’l’Archiduc, dont l’origine reste mystérieuse selon Johan Ral, l’auteur d’une étude sur le lieu.
À cette époque, l’espace est entièrement repensé et transformé en un lieu d’une grande beauté, décrit comme un chef-d’œuvre d’« art déco, style paquebot ». Un changement radical qui préfigure l’atmosphère élégante qui caractérisera l’Archiduc par la suite.
Un tournant majeur survient en 1953, lorsque le célèbre musicien de jazz bruxellois Stan Brenders reprend la gestion du club avec son épouse Jacqueline. C’est lui qui introduit durablement la musique, et plus particulièrement le jazz, discipline dont il est une figure de proue.
Cette période n’est cependant pas sans difficultés. Elle coïncide avec le décès de son fils et, surtout, avec des accusations de collaboration. Selon Johan Ral,
« C’est un homme brisé qui reprend à ce moment-là l’Archiduc. »
Johan Ral, auteur
Très populaire dans les années 1930 et 1940, Stan Brenders est en effet accusé d’avoir continué à diriger l’orchestre de la radio nationale durant l’Occupation allemande. Un choix professionnel qui le conduit à « tomber en disgrâce », bien que l’auteur estime qu’il fut « victime d’un règlement de compte professionnel, de jalousie ».
Malgré cette controverse, Stan Brenders parvient, grâce à son prestige artistique, à attirer les plus grandes figures du jazz international. Parmi elles, le chanteur et pianiste américain Nat King Cole, qui fréquentait régulièrement l’Archiduc et entretenait des liens étroits avec le jazzman bruxellois. Au début des années 1950, Nat King Cole enregistre même le morceau J’envie, basé sur une mélodie originale composée par Stan Brenders.