Home MondeL’impérialisme américain 2.0 — vendredi

L’impérialisme américain 2.0 — vendredi

by Clara Dubois

L’Amérique latine est à nouveau sous tension. Une intervention militaire américaine directe au Venezuela, lancée début janvier, marque une escalade sans précédent et ravive les craintes d’une nouvelle doctrine Monroe, selon laquelle Washington entend exercer un contrôle étroit sur la région.

L’opération, annoncée par l’ancien président Donald Trump lors d’une conférence de presse en Floride, vise officiellement à lutter contre le trafic de drogue. Trump a déclaré que le Venezuela, riche en pétrole, serait désormais administré par un comité dirigé par le secrétaire d’État américain Marco Rubio. « Nous aurions dû récupérer ce pétrole il y a longtemps », a-t-il affirmé.

Les attaques, qui ont visé des installations militaires et portuaires vénézuéliennes, ont déjà fait un nombre indéterminé de victimes. Plus de 30 navires suspectés de trafic de drogue ont été interceptés dans les Caraïbes et le Pacifique, avec au moins 110 personnes tuées, selon les premières informations. Le bilan exact reste inconnu.

Cette intervention s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes entre les États-Unis et plusieurs pays d’Amérique latine. Trump a également menacé Cuba et le président colombien Gustavo Petro, qu’il accuse, comme Nicolás Maduro, de diriger des cartels de la drogue. Petro a d’ailleurs ordonné la mobilisation de troupes à la frontière vénézuélienne.

L’histoire des interventions américaines en Amérique latine est longue et souvent controversée. Des opérations militaires ont déjà eu lieu dans la région, notamment au Panama en 1989 avec l’enlèvement de Manuel Noriega, accusé de trafic de drogue. La guerre de conquête contre le Mexique entre 1846 et 1848 constitue un autre exemple emblématique.

Bien que l’administration Obama ait brièvement cherché à améliorer les relations avec Cuba à partir de 2013, et que John Kerry ait déclaré la doctrine Monroe morte, le scepticisme demeure. La générale Laura Richardson, chef du Commandement Sud sous l’administration Biden, a régulièrement mis en garde contre l’influence croissante de la Chine dans la région.

L’affaire de Juan Orlando Hernández, ancien président du Honduras, illustre la complexité de la politique américaine en matière de drogue. Trump a gracié Nasry Asfura, un membre de son parti condamné aux États-Unis pour trafic de drogue, peu avant les dernières élections honduriennes. Ce geste a facilité l’élection d’un candidat de gauche, Xiomara Castro, mais soulève des questions sur l’intégrité du processus.

L’agression contre le Venezuela a reçu le soutien de gouvernements d’extrême droite en Argentine, en Équateur et au Salvador. Trump a d’ailleurs vanté son appui à Javier Milei en Argentine et à José Antonio Kast au Chili. L’Amérique latine est aujourd’hui plus fragmentée et polarisée qu’elle ne l’a été depuis les années 1970, rendant improbable une politique de défense commune ou une approche alternative en matière de drogue.

Seul le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a pris position contre l’intervention américaine, dénonçant une action qui viole le droit international et menace la stabilité de la région. « L’Amérique latine et les Caraïbes sont poussées vers l’incertitude et le bellicisme », a-t-il tweeté.

À ce stade, les perspectives pour l’Amérique latine sont sombres. La région, qui se considérait comme une « zone de paix » au 21e siècle, est confrontée à une nouvelle menace. Les pays européens, tels que la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, ne sont pas en mesure d’offrir une protection efficace contre les États-Unis.

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