Publié le 6 janvier 2024 à 16h22. La question du dopage plane toujours sur le cyclisme professionnel, suscitant méfiance et interrogations à chaque exploit. Un journaliste revient sur cette perception tenace et les raisons qui l’alimentent.
- Dès qu’il est question de cyclisme, la question du dopage est inévitablement soulevée.
- Le passé sombre du cyclisme, marqué par des scandales retentissants, continue d’influencer la perception du public.
- Malgré les contrôles et les efforts pour lutter contre le dopage, la suspicion persiste, alimentée par la nature même de ce sport d’endurance.
Dès que l’on mentionne mon métier, la question fuse presque systématiquement : « Tu penses qu’ils se dopent ? » ou « À quel point sont-ils vraiment propres ? ». C’est une interrogation récurrente, que ce soit de la part de nouvelles connaissances ou de personnes capables de citer aisément des noms comme Bradley Wiggins. Cette méfiance est profondément ancrée dans l’esprit du public, des fans inconditionnels aux observateurs occasionnels.
Pour ma génération – j’ai 30 ans – les bracelets jaunes Livestrong et l’ascension puis la chute de Lance Armstrong restent des souvenirs marquants. Avant de pouvoir nommer un vainqueur du Tour de France autre que Wiggins, ou même une cycliste féminine, le dopage était déjà au centre des préoccupations. Il est devenu une sorte de réflexe pavlovien.
Cette interrogation est d’autant plus surprenante qu’elle ne se pose pas de la même manière dans d’autres sports. D’après mon expérience, le tennis, le football, l’athlétisme, la boxe, les différentes formes de rugby, la natation ou même le cricket n’évoquent pas systématiquement cette suspicion, même si des affaires de dopage y ont éclaté. Pourquoi ce traitement particulier pour le cyclisme ?
Il y a des raisons historiques à cela. Le cyclisme, comme beaucoup de sports d’endurance et de natation, est un domaine où l’amélioration des performances grâce au dopage est plus directement quantifiable. Être capable d’aller plus vite ou plus longtemps se traduit directement par de meilleurs résultats, contrairement aux sports plus axés sur la technique ou la stratégie.
Récemment, lors d’une interview accordée au Irish Mirror, Ben Healy, coureur de l’équipe EF Education-EasyPost, a été interrogé sur le dopage, ce qui était prévisible. Il a répondu : « Dans n’importe quel sport, je pense qu’il est impossible d’affirmer que le sport est à 100 % propre. Cela ne remet pas en question les efforts des instances dirigeantes pour maintenir l’intégrité du sport et attirer le public. »
Il a également souligné que des coureurs comme Oier Lazkano sont soumis à des contrôles rigoureux et fréquents. Lazkano a été provisoirement suspendu par l’UCI en raison d’anomalies dans son passeport biologique, bien qu’il clame son innocence.
Malgré les progrès réalisés, la perception négative persiste. Le cyclisme reste sous le feu des projecteurs, constamment invité à prouver son innocence. Il est peu probable que cette situation change rapidement, voire jamais. La période sombre du cyclisme professionnel des années 90 et 2000 a laissé des cicatrices profondes, entachant durablement la réputation du sport.
Ce qui est frustrant, pour ceux qui souhaitent voir le cyclisme prospérer, c’est que des affaires de dopage continuent de faire la une des journaux et que la suspicion demeure. Mais le cyclisme n’est pas seul dans ce cas, il est simplement scruté de près, de l’intérieur comme de l’extérieur.
Il existe une tendance à toujours supposer le pire, à chercher des preuves irréfutables ou à interpréter les données de performance de manière négative. Cette attitude est préjudiciable à l’image du cyclisme et nuit au plaisir du sport. Il est cependant essentiel de rester vigilant et de s’assurer que le système fonctionne.
Le Mouvement pour un cyclisme crédible (MPCC) a récemment appelé l’UCI à agir contre la « médicalisation » du sport et à mettre fin à ce qu’ils qualifient de « zone grise ». Il est révélateur que la majorité des équipes professionnelles ne font pas partie de cette organisation, qui impose des règles plus strictes en matière de médicaments et d’aides à la récupération.
Les courses deviennent de plus en plus rapides, mais cela ne prouve rien. Comme l’a souligné Healy, cette accélération est en grande partie due aux progrès technologiques en matière d’équipement. « Les motos sont presque méconnaissables par rapport à ce qu’elles étaient il y a cinq ans, même lorsque je courais chez les moins de 23 ans », a-t-il déclaré.
Que cette explication ne convaincre tous les sceptiques est la loterie du cyclisme. Les instances dirigeantes, les équipes et les coureurs doivent faire preuve de plus de transparence pour apaiser les craintes et rétablir la confiance. L’UCI devrait également communiquer davantage sur ses contrôles et ses efforts pour lutter contre le dopage.
Il est essentiel de s’inquiéter de l’utilisation de substances indétectables ou de l’exploitation des zones grises. La confiance est primordiale et doit être la priorité des acteurs du cyclisme. Cependant, l’inquiétude ne doit pas se transformer en hystérie. Il est illusoire de viser un monde totalement propre, mais il est impératif de garantir que les tricheurs soient démasqués et que la vérité éclate.
En fin de compte, ma réponse à cette question est simple : je ne sais pas si tel ou tel coureur est propre, ni s’il existe un dopage généralisé. Je ne sais pas plus que vous. Je doute qu’il existe un système organisé comme par le passé, mais je ne suis pas non plus naïf. Ce que je peux affirmer, c’est qu’il n’y a ni silence, ni complaisance.
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