Publié le 6 janvier 2024 17h30. Une assurance spécifique pourrait encourager les viticulteurs à adopter des outils d’aide à la décision (OAD) pour réduire l’utilisation de fongicides, selon une étude menée par l’Université de Bordeaux et l’INRAE. Les premiers résultats suggèrent une diminution de l’usage de ces produits de 30 à 50 %.
- Une nouvelle assurance, dite « verte », permettrait de couvrir les pertes de récolte liées à des maladies fongiques.
- L’expérimentation a démontré une réduction significative de l’utilisation de fongicides grâce à l’utilisation d’OAD, combinée à cette assurance.
- Entre 48 et 60 % des viticulteurs interrogés se disent prêts à souscrire à ce type d’assurance.
Pour encourager l’adoption d’outils innovants en viticulture, et notamment des outils d’aide à la décision (OAD) qui visent à optimiser l’utilisation des produits phytosanitaires, une solution originale est à l’étude : une assurance spécifique couvrant les risques de pertes de rendement en cas d’attaques fongiques. C’est le principal enseignement d’une recherche conduite conjointement par l’Université de Bordeaux et l’INRAE, en collaboration avec l’IFV, les coopératives viticoles de Tutiac (Gironde) et Buzet (Lot-et-Garonne), ainsi que le groupe d’assurance Groupama.
Les chercheurs ont développé un modèle économique analysant le comportement des agriculteurs face à une innovation dont la fiabilité est incertaine. Leur étude révèle que l’adoption d’une nouvelle technologie dépend non seulement de son efficacité, mais aussi de la confiance que l’agriculteur lui accorde. Un échec initial peut ainsi compromettre définitivement son utilisation. L’« assurance verte » vient donc pallier ce risque, en indemnisant les viticulteurs en cas de pertes de production liées aux maladies, à condition qu’ils aient scrupuleusement suivi les recommandations de l’OAD. Une franchise de 5 % est appliquée sur les indemnisations.
L’expérimentation, financée en grande partie par la région Nouvelle-Aquitaine dans le cadre du programme VitiREV – qui vise à réduire l’usage et l’impact des pesticides – a permis de constater une diminution de 30 à 50 % de l’utilisation de fongicides sur les parcelles concernées, qu’elles soient en agriculture biologique ou conventionnelle. Durant les trois premières années, les pertes de production liées aux maladies sont restées inférieures à 5 %. Ces résultats encourageants ont conduit les coopératives à étendre la surface expérimentale et l’assureur à réduire les cotisations.
Cependant, une parcelle a subi des pertes de production importantes lors de la dernière année, entraînant le versement d’indemnités par l’assureur. Les chercheurs concluent que :
« Ces résultats démontrent que ce type d’assurance serait un levier majeur pour inciter les agriculteurs à expérimenter de nouvelles innovations et pratiques pour réduire l’usage des pesticides. »
Chercheurs de l’Université de Bordeaux et de l’INRAE
Cette expérimentation confirme l’importance de faciliter le transfert de l’innovation et de réduire les risques associés aux pratiques novatrices. L’« assurance verte » pourrait ainsi s’intégrer dans la panoplie des outils agronomiques, génétiques, mécaniques, robotiques et numériques, contribuant à des stratégies de lutte combinées et réduisant la dépendance aux pesticides.
Une enquête nationale menée auprès de 412 viticulteurs révèle qu’entre 48 et 60 % d’entre eux se disent prêts à souscrire à une telle assurance. Une préférence est exprimée pour des indemnisations basées sur l’évaluation des pertes réelles par un expert, plutôt que sur une assurance indicielle calculée à partir de l’indice de pression fongique local mesuré sur des vignes témoins.