La Chine a exprimé son indignation face à la situation au Venezuela, tout en prenant des mesures discrètes pour évaluer et protéger ses intérêts économiques considérables dans le pays. Pékin se positionne comme un défenseur des nations du Sud, tout en préparant le terrain pour des négociations avec le futur gouvernement de Caracas.
Les autorités chinoises ont dénoncé ce qu’elles qualifient de « harcèlement hégémonique », suite aux développements récents au Venezuela. Dans le Quotidien du Peuple, Wang Youming a affirmé que la situation actuelle démontre que « l’ordre international fondé sur des règles » tel que le présentent les États-Unis n’est en réalité qu’un « ordre prédateur » guidé par leurs propres intérêts. Xi Jinping, lors de sa rencontre avec le Premier ministre irlandais Michael Martin, a souligné que « les actions autoritaires modifient l’ordre mondial » et a plaidé pour « le respect des voies de développement de tous les pays », sans pour autant mentionner directement les États-Unis. Cette rhétorique vise à consolider le rôle de Pékin en tant que porte-parole des pays en développement et à réaffirmer son ambition d’être une « puissance responsable ».
Parallèlement à ces déclarations, la Chine agit concrètement pour préserver ses intérêts. Le régulateur financier chinois a demandé aux banques de faire état de leur exposition au Venezuela. Les prêts consentis à Caracas au cours des dernières décennies dépassent les 60 milliards de dollars (USD), et Pékin détient encore environ 10 milliards de dollars (USD) de crédits en suspens.
Des analystes chinois s’interrogent sur les risques potentiels. Cui Shojun, de l’Université Renmin, estime qu’« il est peu probable qu’un régime pro-américain procède à de lourdes nationalisations ou à la confiscation directe des avoirs chinois, mais ils pourraient contester la constitutionnalité des coentreprises sino-vénézuéliennes et refuser de rembourser les dettes ». Il suggère de promouvoir activement l’utilisation du yuan dans les échanges commerciaux comme solution possible. Jin Canrong, de Guancha, a quant à lui déclaré qu’il est « nécessaire de signaler aux États-Unis que si Pékin constate une interférence avec ses activités commerciales en Amérique latine, des mesures similaires seront prises en Asie ».
Le pétrole est au cœur des préoccupations, une part importante de la dette vénézuélienne étant remboursée grâce aux exportations d’énergie. Donald Trump a évoqué la possibilité de gérer entre 30 et 50 millions de barils de pétrole vénézuélien, qu’il revendrait ensuite à la Chine, principal acheteur du pétrole de Caracas. Pékin a dénoncé cet acte comme un « harcèlement typique », craignant que cela ne donne à la Maison Blanche un nouvel instrument de négociation. Les données préliminaires de décembre montrent que la Chine a déjà réduit de plus de moitié ses importations de pétrole brut vénézuélien par rapport à octobre. Une grande partie des achats actuels est effectuée par de petites raffineries indépendantes, attirées par les prix très bas résultant des sanctions imposées en 2019.
Bien que le Venezuela et son pétrole soient importants pour la Chine, ils ne sont pas considérés comme vitaux. Pékin craint davantage de potentielles actions contre l’Iran, un partenaire bien plus crucial. La situation au Venezuela est donc perçue comme une étude de cas précieuse, tant sur le plan rhétorique qu’en termes d’avertissement interne sur l’importance des relations de pouvoir. Un compte de réseau social lié à l’armée chinoise a souligné que « sans des capacités de base solides et robustes, il est impossible de dissuader les grandes puissances prédatrices ».
Alors que Donald Trump utilise une approche coercitive dans sa sphère d’influence, Xi Jinping privilégie la diplomatie. La visite du président sud-coréen Lee Jae-myung s’est achevée récemment, avec la signature de divers accords commerciaux et une demande de médiation de la Chine auprès de Kim Jong-un pour relancer le dialogue avec la Corée du Nord. Xi avait déjà facilité les négociations entre Séoul et Washington en 2018 et 2019, mais le succès de cette nouvelle initiative est incertain, Kim Jong-un ayant lancé des missiles hypersoniques et bénéficiant du soutien militaire de la Russie. Néanmoins, cette demande offre à Xi l’opportunité de diriger un processus dans lequel Trump aspire à jouer un rôle central, et lui fournit de nouvelles bases rhétoriques.
Le contraste est frappant : alors que les images de Maduro en détention font le tour du monde, Xi Jinping pose pour des selfies informels avec Lee Jae-myung. Pékin, tout en évitant de commenter les démonstrations de force chinoises, comme les récents exercices autour de Taïwan, réaffirme qu’il n’accepte aucune comparaison entre le Venezuela et ce qu’il considère comme une question interne. De même, les nouvelles restrictions sur l’exportation de matériaux à double usage et de terres rares vers le Japon, officiellement justifiées par le réarmement de Tokyo, sont annoncées au moment opportun, lors de la visite de Lee.
Si Trump agit de manière démonstrative et brutale, Xi Jinping répond de manière réticulaire et asymétrique.
À retenir
- La Chine critique fermement la situation au Venezuela et dénonce le « harcèlement hégémonique ».
- Pékin prend des mesures pour évaluer et protéger ses importants investissements économiques au Venezuela.
- La Chine se positionne comme un défenseur des pays du Sud et cherche à renforcer son influence diplomatique.
Contexte
La Chine et le Venezuela entretiennent des relations économiques étroites, notamment dans le secteur pétrolier. Le Venezuela est fortement endetté envers la Chine, qui a consenti des prêts importants au cours des dernières décennies. La situation politique au Venezuela est instable depuis plusieurs années, avec des tensions croissantes entre le gouvernement de Maduro et l’opposition.
Ce qui change
La situation au Venezuela pourrait entraîner des pertes financières pour la Chine si un nouveau gouvernement décidait de renégocier ou de ne pas honorer les dettes. Pékin cherche à minimiser ces risques en diversifiant ses sources d’approvisionnement en pétrole et en promouvant l’utilisation du yuan dans les échanges commerciaux.
Prochaines étapes
Il faudra surveiller l’évolution de la situation politique au Venezuela et les mesures prises par le nouveau gouvernement en matière de dette et d’investissements étrangers. Les négociations entre la Chine et le Venezuela seront également cruciales pour déterminer l’avenir des relations économiques bilatérales.
Chiffres clés
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Prêts chinois au Venezuela | 60 milliards USD |
| Crédits chinois en suspens | 10 milliards USD |
| Réduction des importations chinoises de pétrole vénézuélien (décembre/octobre) | Plus de 50% |
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