Publié le 8 janvier 2026 02h13. Une étude récente révèle que près d’un enfant sur huit en Espagne est confronté à des difficultés émotionnelles, tandis qu’un tiers risque de les développer, soulignant l’urgence d’une prévention renforcée et d’un accompagnement adapté.
- 12 % des enfants et adolescents présentent des symptômes cliniquement significatifs d’au moins un trouble émotionnel.
- L’anxiété généralisée et la dépression sont les problèmes les plus fréquemment observés.
- L’utilisation intensive des jeux vidéo et des réseaux sociaux est associée à un risque accru de problèmes de santé mentale.
La santé mentale des enfants et des adolescents est devenue une préoccupation majeure de la société. Face à une augmentation constatée des troubles émotionnels à des âges de plus en plus précoces, les familles, les enseignants et les professionnels de la santé tirent la sonnette d’alarme. L’étude EmoEnfant, menée auprès de plus de 10 800 élèves de 8 à 18 ans dans toute l’Espagne, apporte un éclairage précieux sur cette situation.
Les résultats les plus récents, publiés à l’automne 2025, indiquent que 12 % des jeunes présentent des symptômes cliniquement graves d’au moins un trouble émotionnel. Un pourcentage encore plus élevé, 34 %, affiche des signes préoccupants qui, sans intervention rapide, pourraient évoluer vers des problèmes plus sérieux. L’anxiété généralisée est la difficulté la plus répandue, suivie de la dépression et de l’anxiété sociale. Globalement, l’étude révèle qu’un enfant sur huit en Espagne est actuellement confronté à un problème émotionnel, et qu’un enfant sur trois risque de le développer.
L’évolution de la situation est également scrutée. Un suivi entre 2024 et 2025 révèle une légère diminution des cas cliniques et des situations à risque, suggérant que certains jeunes ont bénéficié d’une amélioration. Cependant, les chiffres restent élevés, ce qui souligne la nécessité de mettre en place des stratégies de prévention durables et efficaces.
L’étude EmoEnfant met en lumière le rôle croissant des nouvelles technologies dans la vie des jeunes. Près de 40 % des garçons et des filles, et un tiers des adolescents, passent quotidiennement du temps sur des jeux vidéo, dont 10 % y consacrent plus de trois heures par jour. L’utilisation des réseaux sociaux est encore plus massive : 85 % des jeunes et presque tous les adolescents y sont actifs, avec 31 % des adolescents et 9 % des plus jeunes y passant plus de trois heures par jour. Les plateformes les plus populaires sont YouTube, WhatsApp, TikTok et Instagram.
Au-delà de la durée d’utilisation, l’étude souligne l’impact émotionnel de ces outils. L’anxiété liée à la perte de connexion, le sentiment d’infériorité face à la vie apparemment parfaite des autres, et la perception d’un quotidien plus ennuyeux sont autant de facteurs de risque pour la santé mentale. L’utilisation intensive et émotionnelle des réseaux sociaux est donc identifiée comme un élément préoccupant.
Les troubles liés à l’alimentation constituent un autre sujet d’inquiétude, avec 5 % des adolescents présentant des symptômes cliniques et 13 % étant considérés comme à risque. Ces difficultés sont souvent liées à l’influence des réseaux sociaux, où la comparaison constante et la quête de validation à travers les « likes » peuvent engendrer des problèmes d’image corporelle et des comportements alimentaires inappropriés.
Les données relatives aux idées suicidaires et à l’automutilation sont particulièrement alarmantes. 9 % des adolescents ont déjà pensé que la vie n’en valait pas la peine, 5 % ont sérieusement envisagé de se suicider et 3 % ont fait une tentative. Bien que ces chiffres aient légèrement diminué depuis 2024, ils restent très préoccupants. L’âge d’apparition de l’automutilation tend également à se rajeunir, avec un recul d’environ un an et demi, se situant désormais avant l’âge de douze ans.
Les entretiens qualitatifs menés auprès de plus de 500 enfants, adolescents, familles et professionnels confirment l’omniprésence de la technologie dans leur quotidien. Les participants expriment des inquiétudes quant à la surexploitation des écrans, à la comparaison sociale et à l’isolement. Si le contrôle parental est jugé nécessaire, il est souvent perçu comme insuffisant. Le harcèlement scolaire reste un problème persistant, et de nombreux jeunes craignent de le signaler, estimant que les mesures actuelles sont inefficaces.
L’amitié est reconnue comme un pilier émotionnel essentiel, mais elle est également un espace de vulnérabilité. Les relations sont influencées par des dynamiques d’exclusion et par la présence constante des technologies numériques. Les modèles éducatifs parentaux évoluent, créant parfois des tensions intergénérationnelles. Les familles expriment un épuisement émotionnel et un besoin de soutien, rendu difficile par le manque de temps et le rythme de vie effréné.
L’étude EmoEnfant appelle à une action urgente en matière de prévention. Même si une légère amélioration est observée, le nombre élevé de jeunes à risque souligne l’importance d’intervenir précocement pour éviter que les problèmes ne se chronicisent. Une éducation émotionnelle fondée sur des données probantes, le renforcement des liens familiaux et scolaires, et la promotion d’une utilisation saine de la technologie sont autant de pistes à explorer. La détection précoce des signes de détresse est essentielle pour garantir le bien-être des nouvelles générations.
En savoir plus:
En quoi l’addiction aux jeux vidéo est-elle différente des autres addictions à l’adolescence ?
En savoir plus:
Qu’est-ce qui pousse un adolescent à se faire du mal délibérément ?