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RFK Jr. vient de renverser la pyramide alimentaire pour créer un entonnoir de masculinité performative – Mother Jones

Les nouvelles recommandations nutritionnelles du secrétaire à la Santé et aux Services sociaux, Robert F. Kennedy Jr., mettent l'accent sur une consommation accrue de viande rouge et de produits laitiers entiers, suscitant l'inquiétude des experts quant à leur…

RFK Jr. vient de renverser la pyramide alimentaire pour créer un entonnoir de masculinité performative – Mother Jones

Les nouvelles recommandations nutritionnelles du secrétaire à la Santé et aux Services sociaux, Robert F. Kennedy Jr., mettent l’accent sur une consommation accrue de viande rouge et de produits laitiers entiers, suscitant l’inquiétude des experts quant à leur fondement scientifique et à leur alignement avec des tendances issues de la « manosphère ». Ces directives, dévoilées mercredi, semblent privilégier les protéines au détriment des glucides, inversant ainsi la pyramide alimentaire traditionnelle.

L’obsession actuelle pour les protéines, qui dépasse désormais le simple cercle des amateurs de fitness, s’explique en partie par le fait qu’elles n’ont pas été aussi stigmatisées que d’autres nutriments, explique Charlotte Biltekoff, professeure à l’UC Davis spécialisée dans l’alimentation et la culture : « Les protéines sont en quelque sorte devenues un aliment par défaut, un aliment de facto considéré comme bon, car elles n’ont pas été vilipendées de la même manière que d’autres nutriments. » Cette tendance est particulièrement visible sur les réseaux sociaux, mais les nouvelles directives semblent davantage s’inspirer des influenceurs prônant une masculinité exacerbée.

Cette quête de protéines à tout prix se retrouve chez des personnalités influentes de la droite américaine, de Joe Rogan à Jordan Peterson, en passant par des figures comme le « Roi du Foie » qui promeuvent des régimes extrêmes, comme le régime « tout bœuf ». Ces influenceurs associent souvent une alimentation riche en protéines à l’idée d’une masculinité affirmée.

« En réalité, la plupart d’entre nous consomment déjà trop de protéines. Je suis préoccupée par les conséquences à long terme sur la santé de ce type de recommandations », souligne Elaine Power, diététiste et professeure à l’Université Queen’s, qui étudie les liens entre alimentation, genre et santé.

L’association entre certains aliments et le genre n’est pas nouvelle. Des études menées il y a une dizaine d’années ont montré que, lorsqu’on leur présentait une salade ou un steak, les gens associaient instinctivement les premiers aux femmes et les seconds aux hommes, même s’ils niaient initialement l’existence de telles perceptions. Selon Elaine Power, cette tendance semble s’être renforcée ces dernières années.

Une étude de 2023, intitulée « Une alimentation saine, une menace pour la virilité », a révélé que les hommes évitent souvent les aliments perçus comme féminins, privilégiant la viande. Ce phénomène est particulièrement marqué chez les jeunes hommes, qui sont de plus en plus nombreux à consommer de la viande quotidiennement et à prendre des compléments protéinés, motivés par le désir d’un physique musclé, tel que promu par les influenceurs masculins, dont certains ont été associés à l’utilisation de stéroïdes.

Les régimes carnivores vantés par ces influenceurs, souvent basés sur des physiques irréalistes, sont rarement justifiés d’un point de vue nutritionnel. « En fait, la plupart d’entre nous mangent beaucoup trop de protéines », réaffirme Power. Une consommation excessive de viande peut avoir des effets néfastes sur la santé, notamment un risque accru de cancer et de maladies cardiaques, même chez les jeunes.

Si l’American Heart Association a salué les recommandations de la nouvelle pyramide visant à limiter les aliments ultra-transformés, elle s’oppose fermement à l’accent mis sur la viande et à l’objectif de Kennedy Jr. de « mettre fin à la guerre contre les graisses saturées ».

Bien que ces recommandations ne soient pour l’instant que des suggestions, sans réelle portée politique directe, elles pourraient potentiellement influencer la composition des repas scolaires et autres repas institutionnels. Cependant, Charlotte Biltekoff souligne qu’il manque actuellement les infrastructures nécessaires pour mettre en œuvre ce type de conseils diététiques. De plus, l’accès à une alimentation saine et à des repas faits maison reste un défi pour de nombreuses personnes.

« Ce n’est qu’un autre ensemble d’idéaux qui deviennent moralisés », conclut Biltekoff. « Manger de la vraie nourriture devient une partie de l’identité et du statut, et devient un moyen de signaler ou de symboliser certains types d’identités de classe et de race et de renforcer les hiérarchies sociales plutôt que de s’y attaquer. » Pour les hommes influencés par cette culture de la protéine, ces nouvelles directives ne font qu’encourager leurs habitudes.

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À propos de l’auteur: Nicolas Lefèvre

Nicolas Lefèvre couvre l’actualité française, de la vie politique aux questions sociales et économiques. Il privilégie les explications claires, les faits datés et les informations directement utiles au lecteur.