Home MondeLa crise iranienne s’exprime désormais par une colère ouverte, mais la peur de la répression est profondément ancrée

La crise iranienne s’exprime désormais par une colère ouverte, mais la peur de la répression est profondément ancrée

by Clara Dubois

Publié le 8 janvier 2026 à 19h31. Des manifestations d’une ampleur inédite secouent l’Iran, alimentées par une crise économique profonde et un mécontentement social croissant, malgré une réponse gouvernementale ambiguë oscillant entre concessions et répression.

  • Des manifestations ont éclaté dans au moins 80 villes à travers toutes les provinces iraniennes.
  • Des dizaines de personnes auraient été tuées et des milliers arrêtées lors des protestations.
  • L’accès à Internet est fortement limité, rendant difficile le suivi des événements en temps réel.

Les troubles actuels en Iran ne sont pas une révolte spontanée, mais l’aboutissement de plusieurs années de pressions économiques et politiques accumulées. Ce qui a débuté fin décembre avec la fermeture des commerces du Grand Bazar de Téhéran s’est rapidement transformé en un mouvement de contestation à l’échelle nationale.

Selon les organisations de défense des droits de l’homme, les forces de l’ordre ont réprimé violemment les manifestations, entraînant la mort de dizaines de personnes et l’arrestation de milliers d’autres. De nouvelles protestations d’ampleur sont attendues ce soir dans de nombreuses villes iraniennes, notamment à Téhéran. Parallèlement, l’accès à Internet est perturbé dans de nombreuses régions, rendant difficile la diffusion d’informations et le suivi des événements en direct.

La cause immédiate de cette colère est économique. Le rial iranien a perdu près de la moitié de sa valeur en un an, et l’inflation atteint environ 40 %, tandis que les prix des denrées alimentaires ont augmenté de plus de 70 % dans certains cas. Pour de nombreux Iraniens, cette situation se traduit par une perte de pouvoir d’achat, un endettement croissant et un avenir incertain.

Ce malaise économique n’est pas un phénomène isolé. Des années de sanctions internationales, conjuguées à une mauvaise gestion et à la corruption, ont fragilisé l’économie iranienne. Les récentes attaques israéliennes et américaines contre l’Iran en 2025, suivies de nouvelles sanctions, ont exacerbé le sentiment de crise. Le guide suprême Ali Khamenei et le président Masoud Pezeshkian reconnaissent désormais, avec prudence, que les pressions extérieures et les erreurs de politique intérieure contribuent aux difficultés quotidiennes de la population.

Ces manifestations se distinguent des vagues de protestations précédentes, comme celles qui ont suivi la mort de Mahsa Amini en 2022, par leur caractère principalement économique. Cependant, des slogans politiques ont rapidement émergé, dénonçant Khamenei et, plus rarement, appelant au retour de Reza Pahlavi, le fils du dernier shah, qui mène une opposition active depuis les États-Unis. La contestation porte donc non seulement sur la situation économique, mais aussi sur la répression politique et l’absence de réformes.

Malgré la colère palpable, la peur est omniprésente. Le souvenir de la répression brutale qui a suivi les manifestations de 2022, marquée par des centaines de morts et des dizaines de milliers d’arrestations, est encore vif. Beaucoup craignent pour leur sécurité et celle de leur famille s’ils expriment ouvertement leur mécontentement.

De plus, les médias indépendants ont un accès limité à l’Iran. L’accès à Internet est régulièrement restreint et les réseaux sociaux sont étroitement surveillés. Les personnes arrêtées risquent un procès rapide, comme l’a annoncé la justice. De nombreux Iraniens ressentent donc un profond mécontentement, mais n’osent l’exprimer qu’à voix basse ou de manière anonyme.

La réponse de l’État est pour l’instant ambiguë. Le président Pezeshkian a déclaré vouloir permettre des manifestations pacifiques et a annoncé des mesures d’urgence, telles que l’attribution d’une allocation mensuelle à des millions d’Iraniens et la nomination d’un nouveau gouverneur de la banque centrale. Simultanément, Khamenei et les services de sécurité mettent en garde contre toute tentative de déstabilisation et affirment que les « émeutes » seront sévèrement réprimées.

Cette divergence d’approche témoigne des tensions internes au sein de la structure du pouvoir. Les dirigeants politiques semblent reconnaître la réalité de la crise économique, tandis que les services de sécurité continuent de dénoncer toute ingérence étrangère, notamment après les déclarations de soutien aux manifestants par l’ancien président Trump.

Pour l’instant, l’intensité des protestations semble diminuer dans certaines villes, sans pour autant disparaître complètement. Il est incertain que les troubles actuels se transforment en un nouveau soulèvement national comme en 2022. Mais tant que les prix continueront d’augmenter et que les promesses de réformes ne se concrétiseront pas, la question n’est pas de savoir si les Iraniens retourneront dans la rue, mais quand et avec quelle force l’État interviendra.

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