Home NouvellesPour la première fois au Chili, un jeune qui vient de terminer ses études pourra étudier directement la paléontologie

Pour la première fois au Chili, un jeune qui vient de terminer ses études pourra étudier directement la paléontologie

by Nicolas Lefèvre

Santiago, Chili – Le Chili s’apprête à franchir une étape décisive dans la formation scientifique avec la création d’une licence en paléontologie à l’Université d’Atacama, une première nationale qui répond à un besoin croissant de spécialistes dans ce domaine en plein essor.

  • La nouvelle licence, avec mention en paléontologie, environnement et ressources naturelles, physique et astronomie, intégrera de manière équilibrée les connaissances en biologie et en géologie.
  • L’initiative s’inscrit dans un contexte d’intérêt grandissant pour la paléontologie, illustré par le succès de l’exposition « Dinosaures du sud du monde » au Musée national d’histoire naturelle.
  • Elle vise à décentraliser l’accès aux études scientifiques et à répondre aux besoins du marché du travail, notamment dans le secteur de l’évaluation environnementale et de la gestion du patrimoine.

L’annonce de cette nouvelle formation a été faite ce lundi au Musée national d’histoire naturelle, à Santiago, lors d’un bilan de l’exposition sur les dinosaures qui a attiré plus de 902 000 visiteurs. L’événement a rassemblé Carolina Pérez Dattari, sous-secrétaire au patrimoine culturel, Miguel Vargas, gouverneur de la région d’Atacama, Fernando Herrera, vice-recteur académique de l’Université d’Atacama, Pablo Quilodrán, directeur exécutif de la Corporation pour la recherche et l’avancement de la paléontologie (CIAHN Atacama), et David Rubilar, chef du secteur de paléontologie du Musée national d’histoire naturelle.

Cette licence, proposée par l’Université d’Atacama, représente une avancée significative pour le système universitaire chilien et pour le développement de la paléontologie dans le pays. Elle répond à un besoin structurel, tant au niveau régional que national, comme l’explique Philippe Moisan, professeur associé, paléobotaniste et directeur du Département de Chimie et Biologie de la Faculté des Sciences Naturelles de l’Université d’Atacama.

« L’Université d’Atacama et la région n’avaient pas de diplôme en sciences. Avec le potentiel du désert comme laboratoire naturel, de paléontologie, d’environnement et de botanique, nous avions besoin d’une formation qui nous permettrait de développer la recherche et de former des étudiants. »

Philippe Moisan, professeur associé, paléobotaniste et directeur du Département de Chimie et Biologie de la Faculté des Sciences Naturelles de l’Université d’Atacama

La création de cette mention paléontologique, intégrée à la licence en sciences, vise à combler une lacune dans la formation des futurs paléontologues. Traditionnellement issus de la biologie ou de la géologie, ces professionnels manquent souvent d’une connaissance approfondie des deux disciplines. Cette nouvelle formation se veut donc plus complète et équilibrée.

Les diplômés pourront envisager diverses perspectives de carrière : recherche scientifique, poursuite d’études de troisième cycle – notamment un Master en Paléontologie et Évolution dont le lancement est prévu au second semestre 2026 – , expertise paléontologique dans le cadre d’évaluations environnementales, ou encore travail dans des musées et des institutions publiques.

Selon les évaluations menées auprès d’employeurs, dont des professionnels du Conseil des monuments nationaux, le marché du travail chilien manque cruellement de spécialistes en paléontologie.

« Il faut aujourd’hui des personnes bien formées pour répondre aux exigences environnementales et patrimoniales. Ce diplômé aura même une formation plus complète que de nombreux professionnels qui exercent aujourd’hui. »

Philippe Moisan, professeur associé, paléobotaniste et directeur du Département de Chimie et Biologie de la Faculté des Sciences Naturelles de l’Université d’Atacama

David Rubilar, responsable du secteur de paléontologie du Muséum national d’histoire naturelle, souligne que l’intérêt croissant du public pour la paléontologie, comme en témoigne le succès de l’exposition sur les dinosaures, est un phénomène significatif. Cet engouement, amplifié par des œuvres de fiction comme Jurassic Park (1993), témoigne d’un lien fort entre science, histoire et territoire.

« Les dinosaures sont les champions de l’histoire naturelle. Ils parlent directement de l’histoire profonde de la planète. »

David Rubilar, chef du secteur de paléontologie du Muséum national d’histoire naturelle

Pour Pablo Quilodrán, directeur exécutif de la CIAHN Atacama, la création de cette licence est une étape historique pour la science chilienne et pour la décentralisation des connaissances. Elle permettra aux jeunes de la région d’Atacama d’accéder à une formation de qualité sans avoir à quitter leur territoire, dans une région au potentiel paléontologique inexploré.

La paléontologie, rappelle-t-il, joue un rôle stratégique dans le développement économique, notamment dans le cadre des évaluations environnementales et de la planification territoriale.

L’exposition « Dinosaures du sud du monde », qui se poursuit jusqu’en mars, a rencontré un succès sans précédent, attirant plus de 902 000 visiteurs et devenant l’une des expositions scientifiques les plus fréquentées de l’histoire du musée. L’exposition met notamment en valeur des découvertes réalisées dans la région d’Atacama, comme Arackar licanantay, un titanosaure herbivore, et Pelagornis, un gigantesque oiseau marin préhistorique.

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