Las Vegas a été le théâtre d’un CES 2026 assombri par une omniprésence de l’intelligence artificielle, éclipsant les véritables innovations matérielles et suscitant des interrogations sur l’avenir du salon technologique.
Si des avancées intéressantes ont bien été présentées, elles se sont vues reléguées au second plan, noyées sous un déluge de produits et de services basés sur l’IA, souvent plus spéculatifs que réellement utiles. Le constructeur AMD a particulièrement marqué les esprits avec une conférence pléthorique, où son PDG, Lisa Su, a enchaîné les interviews simulées avec des invités prestigieux, tels que Greg Brockman, le PDG d’OpenAI, et Michael Kratsios, ancien conseiller scientifique de Donald Trump.
Au milieu de cette démonstration de force, l’annonce de la nouvelle gamme de processeurs pour ordinateurs portables, les Ryzen AI 400, est passée presque inaperçue. Seules trois minutes ont été consacrées à ces nouveaux composants, éclipsées par les discussions sur le potentiel futur de l’IA. Dr. Su a notamment interrogé ses invités sur les mesures à prendre pour « assurer la domination en matière d’IA », suscitant une réponse classique en faveur de la suppression des « obstacles réglementaires à l’innovation ».
Heureusement, le keynote d’AMD n’a pas défini le ton de l’ensemble du salon. Plusieurs entreprises ont présenté des produits prometteurs. Lenovo, par exemple, a dévoilé une version SteamOS de son Legion Go 2, tandis que Nvidia a publiquement lancé la technologie de mise à l’échelle DLSS 4.5, une amélioration notable de la qualité d’image dans les jeux. Nvidia a également lancé G-Sync Pulsar, une nouvelle méthode de rétroéclairage des écrans qui réduit le flou et l’effet de ghosting, même sur les écrans à taux de rafraîchissement adaptatif.
Intel, de son côté, a présenté sa famille de processeurs pour ordinateurs portables Panther Lake, ou Core Ultra 3 Series. Les améliorations apportées à la partie graphique, avec un GPU Arc B390 annoncé comme étant 77 % plus rapide que la génération précédente (Arc 140V), sont particulièrement intéressantes. Intel a également confirmé le développement d’une puce Panther Lake spécifiquement conçue pour les PC portables, une nouvelle qui pourrait bien secouer le marché, notamment face au MSI Claw 8 AI+, qui utilise déjà l’Arc 140V.
Dell s’est distingué en résistant consciemment à l’engouement pour les « PC IA », son responsable produit, Kevin Terwilliger, affirmant que les utilisateurs d’ordinateurs personnels ne sont « pas motivés par l’IA ». Cette position hétérodoxe a permis à Dell de profiter de l’occasion pour annoncer le retour de sa gamme d’ordinateurs portables XPS, un événement salué comme une véritable renaissance pour les amateurs de matériel informatique.
D’autres nouveautés, plus discrètes, ont également émergé au CES 2026. Cherry, le fabricant de claviers mécaniques, a fait son retour après une récente fermeture d’usine avec une nouvelle gamme de claviers équipés de commutateurs magnétiques rapides et durables. AMD a également présenté le Ryzen 7 9850X3D, un processeur haut de gamme qui devrait devenir un choix privilégié pour les configurations PC performantes, bien qu’il n’ait été mentionné qu’une seule fois lors de la conférence de la marque.
Nvidia a, quant à elle, associé DLSS 4.5 et G-Sync Pulsar à Dynamic MFG, une autre version de sa technologie de génération d’images par IA, souvent critiquée pour ses effets secondaires indésirables. L’entreprise a également expérimenté avec Nvidia ACE, une technologie permettant de créer des personnages non-joueurs (PNJ) dotés d’une intelligence artificielle, avec des résultats pour l’instant mitigés, comme l’ajout d’un conseiller sans personnalité au jeu Total War: Pharaoh.
Intel a également minimisé l’importance de son APU pour PC portables, préférant mettre en avant des termes techniques liés à la puissance de calcul de l’IA et à un mystérieux « Hybrid Agentic Planner ». Razer, de son côté, a dévoilé une nouvelle version Bluetooth de son excellent contrôleur Wolverine V3, mais a également présenté des concepts plus extravagants, tels que Project AVA, un compagnon de bureau virtuel sous la forme d’une chatte animée en hologramme capable de donner des conseils tactiques pour les jeux de tir, ou Project Motoko, un appareil ressemblant à un casque audio capable de résumer le contenu d’un livre ou d’accéder à des données de reconnaissance faciale.
Le CES a toujours été un salon ambitieux, voire excentrique, avec son lot de voitures volantes et de baignoires intelligentes. Cependant, cette excentricité involontaire a été remplacée, ces dernières années, par une forme d’enthousiasme religieux pour l’IA, portée par des personnes qui ne se contentent pas d’affirmer sa nécessité, mais qui souhaitent voir le monde entier se transformer pour l’accueillir. Le résultat est un salon de l’électronique grand public où les produits électroniques passent au second plan, laissant la place à des dirigeants qui s’accordent sur la nécessité de supprimer les garde-fous juridiques.