L’épuisement professionnel pousse de nombreux salariés à remettre en question leur avenir. Une période d’incertitude, souvent redoutée, pourrait en réalité être une opportunité de transformation profonde.
Les recherches d’emploi en Australie connaissent un pic au premier trimestre de chaque année, notamment en janvier, où 25 à 30 % des employés sont activement à la recherche d’un nouveau poste, contre 20 à 22 % le reste de l’année. À l’approche des vacances d’été, de nombreux professionnels arrivent en fin de course, épuisés par les défis de l’année écoulée. Certains envisagent même de ne pas reprendre leur travail après les congés.
Selon Marion Fulker, coach exécutive, un schéma se dessine : les individus ont tendance à rester trop longtemps dans des situations qui les vident de leur énergie, dans l’attente d’une opportunité idéale. Ils pensent qu’il faut avoir une vision claire de la suite avant de pouvoir abandonner ce qui ne fonctionne plus. « On ne peut pas devenir quelque chose de nouveau en s’accrochant à ce qui nous épuise », souligne-t-elle.
Cette phase de transition, où l’on lâche prise sans avoir toutes les réponses, est ce que les chercheurs appellent « l’espace liminal ». Ce terme, issu du latin « limen » (seuil), désigne cet état intermédiaire où l’on a quitté une situation sans être encore pleinement entré dans une nouvelle. Les études sur les transitions de carrière montrent que cet inconfort est non seulement normal, mais nécessaire. C’est dans cet espace liminal que se produit une transformation identitaire, permettant d’explorer de nouvelles possibilités sans la pression de décisions immédiates.
L’intentionnalité dans l’espace liminal, explique Marion Fulker, consiste à ne pas toujours savoir où l’on va, mais à avoir une vision claire de ce que l’on quitte et des raisons qui motivent ce choix.
Pour aider à naviguer dans cet espace liminal, la coach propose un exercice simple : écrire une lettre à son futur soi. « Où êtes-vous ? Que faites-vous ? Comment vous sentez-vous ? Qui vous soutient ? Quels accomplissements vous procurent un réel épanouissement ? Quels compromis avez-vous faits ? Quels étaient les éléments non négociables ? » L’important est de ne pas se censurer et d’écrire ce que l’on espère être, plutôt que ce que l’on pense devoir être. L’écart entre ces deux visions révèle le point de départ d’un véritable travail personnel.
Cet exercice n’est pas une simple fixation d’objectifs, mais une permission d’imaginer sans s’engager. Il permet d’utiliser l’espace liminal de manière productive. Les clients de Marion Fulker découvrent souvent que ce qu’ils recherchent n’est pas un nouveau poste, mais une relation différente au travail. Ils réalisent qu’ils ont peut-être cherché à résoudre le mauvais problème : changer de rôle au lieu de modifier la part d’eux-mêmes qu’ils sont prêts à sacrifier pour réussir.
La question n’est donc pas seulement de savoir combien d’étés il nous reste, comme l’évoquait Marion Fulker dans sa chronique du 9 décembre 2024, mais ce que nous sommes prêts à abandonner, à remodeler ou à recadrer pour faire place à la version future de nous-mêmes. Cela peut signifier quitter un emploi qui ne convient plus, changer de comportement, ou simplement accepter de ne pas avoir toutes les réponses avant de passer à l’étape suivante.
À ceux qui hésitent à retourner à une situation insatisfaisante cet été, Marion Fulker conseille de faire confiance à l’inconfort. L’espace liminal est en train de faire son œuvre. Elle les encourage à avoir le courage d’écrire à leur futur soi et à élaborer un plan pour embrasser ce nouveau chapitre.