Malgré la hausse des taux d’intérêt à l’échelle mondiale, les économies semblent pour l’instant résister mieux que prévu. L’explication réside dans un phénomène méconnu : une réduction significative de l’endettement du secteur privé au cours des dernières années.
La théorie économique classique suggère que des taux d’intérêt élevés devraient exercer une pression considérable sur les économies fortement endettées. En effet, le remboursement de dettes importantes devient plus coûteux, réduisant ainsi la capacité des ménages et des entreprises à investir et à consommer. Cependant, cette prédiction ne se concrétise pas encore, et la raison est simple : on se concentre souvent sur la mauvaise dette, à savoir la dette publique.
Les niveaux d’endettement du secteur privé – entreprises et particuliers – sont en réalité bien plus déterminants que la dette accumulée par les États. Contrairement aux gouvernements, qui ont la possibilité de créer de la monnaie, le secteur privé n’a pas cette marge de manœuvre. Un endettement excessif combiné à une perte de revenus peut rapidement conduire à des difficultés financières réelles.
Or, au cours des quinze dernières années, la plupart des grandes économies ont assisté à une diminution notable de l’endettement de leur secteur privé. Les données montrent une baisse rapide du ratio dette du secteur privé par rapport au produit intérieur brut (PIB) dans l’Union européenne, au Royaume-Uni et aux États-Unis. Cette évolution s’est produite en parallèle d’une intervention accrue des gouvernements via des mesures de relance budgétaire, permettant ainsi à l’économie de rester stable et au secteur privé de réduire son endettement.
Un secteur privé moins endetté est naturellement plus à même de faire face à une augmentation des taux d’intérêt. Après la crise financière mondiale (CFM), les gouvernements ont pris le relais en matière de création monétaire. Ce processus, toutefois, n’est pas sans limites : contraintes de capacité, risque d’inflation et questions de crédibilité sont autant de facteurs à prendre en compte.
La question qui se pose désormais est de savoir si ce désendettement du secteur privé peut se poursuivre et si les gouvernements pourront continuer à creuser leurs déficits publics sans conséquences majeures. À ce stade, la réponse reste incertaine.
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