Publié le 9 janvier 2026 09:01:00. Une étude canadienne révèle un lien potentiel entre l’utilisation accrue des réseaux sociaux et le développement de délires, en particulier chez les personnes présentant des troubles de la personnalité ou des prédispositions psychotiques. Cette recherche souligne l’importance de considérer l’impact de l’isolement social et de la déconnexion du monde réel sur la santé mentale à l’ère numérique.
- L’utilisation intensive des réseaux sociaux pourrait être associée à une augmentation des symptômes psychotiques, notamment des délires.
- Le décalage entre les signaux corporels et l’interaction virtuelle perturbe la capacité à tester la réalité.
- L’isolement social dans la « vraie vie » peut pousser les individus à rechercher une validation en ligne, parfois délirante.
Les réseaux sociaux, avec leurs plus de deux milliards d’utilisateurs à travers le monde, ont profondément transformé nos interactions sociales. Si ces plateformes offrent de nouvelles opportunités de connexion, elles posent également des questions cruciales quant à leur impact sur notre psyché. Une revue systématique menée par un groupe de recherche canadien, dont les résultats ont été publiés début 2025, explore précisément les conséquences de cette évolution sur nos capacités sociocognitives.
L’étude met en évidence une corrélation entre l’utilisation accrue des réseaux sociaux et certains troubles psychologiques, notamment chez les personnes souffrant de troubles de la personnalité narcissique, de dysmorphie corporelle ou présentant des signes de psychose. Les chercheurs observent un phénomène qu’ils nomment le « renforcement des délires à travers les réseaux sociaux ». Ce concept traduit une nouvelle réalité où la validation sociale se trouve désormais dans les « likes » et les commentaires, remplaçant en quelque sorte la célèbre maxime philosophique.
« Cogito ergo sum » (Je pense, donc je suis) est devenu « Je tweete, donc je suis ».
Yang N. et coll., BMC Psychiatrie, 3 février 2025
Ce « renforcement » se manifeste par une amplification de troubles et de symptômes liés à des délires mentalistes, caractérisés par une perception altérée de soi et le maintien de représentations déformées. L’environnement virtuel, hautement mentalisé, favorise en effet des cognitions dysfonctionnelles qui seraient plus facilement remises en question dans le monde réel.
L’isolement social joue également un rôle clé dans ce processus. Les chercheurs soulignent que le manque de confiance en soi et l’isolement dans la « vraie vie » peuvent inciter les individus à rechercher une validation et une identité dans l’univers virtuel, où ils peuvent construire une image de soi plus ou moins délirante. L’interaction virtuelle, dans ce contexte, peut inhiber le développement d’une identité stable et cohérente.
Les délires peuvent prendre différentes formes, somatiques (concernant le corps) ou mentales, comme dans le cas du narcissisme ou de l’érotomanie. Dans les troubles dysmorphiques corporels et certains troubles de l’alimentation, ils se manifestent souvent par une obsession concernant l’apparence physique. La nature virtuelle des réseaux sociaux, en offrant un espace de construction identitaire déconnecté de la réalité, peut exacerber ces tendances.
En conclusion, cette étude souligne la nécessité d’une vigilance accrue quant à l’impact des réseaux sociaux sur la santé mentale. Les chercheurs recommandent de prendre en compte, dans l’évaluation des troubles psychotiques, le niveau d’utilisation des réseaux sociaux et le contexte social de l’individu. Ils insistent également sur l’importance de restaurer le lien social dans la « vraie vie » pour prévenir l’isolement et favoriser le développement d’une identité saine.