Home Affaires« Un membre du conseil de district pour trois mandats qui ne parle pas coréen »… Comment a-t-il été nommé ?

« Un membre du conseil de district pour trois mandats qui ne parle pas coréen »… Comment a-t-il été nommé ?

by Amélie Bernard

Publié le 11 janvier 2026 à 00:00. Des accusations de financement illégal de campagnes ébranlent le monde politique coréen à l’approche des élections locales, révélant un système opaque où l’argent semble influencer les nominations et compromettre l’intégrité du processus démocratique.

  • Des responsables politiques admettent que des candidats ont versé des sommes d’argent pour obtenir leur investiture, parfois en échange de services de rédaction de questionnaires ou de soutien logistique.
  • Le cas de Kang Seon-woo, ancien candidat au poste de ministre, et de Kim Kyung, conseiller municipal de Séoul, illustre les failles du système de nomination et le manque de transparence.
  • Des experts soulignent la nécessité d’une réforme en profondeur pour renforcer la responsabilité des acteurs politiques et garantir des élections plus justes et équitables.

Des témoignages accablants révèlent l’ampleur de la corruption dans le processus de sélection des candidats aux élections locales en Corée du Sud. Un ancien responsable du Parti du pouvoir populaire se souvient avoir constaté, lors d’un déplacement en région, l’existence de conseillers de district à peine capables de parler coréen, mais déterminés à briguer un troisième mandat. Selon ses dires, ces candidats étaient prêts à payer pour obtenir de l’aide à la rédaction de leurs programmes.

« J’ai découvert qu’ils avaient versé 50 000 wons (environ 35 euros) à un employé du bureau de district pour qu’il rédige un questionnaire pour eux. C’était comme lire exactement ce que l’employé avait écrit. »

Ancien responsable du Parti du pouvoir populaire

Ce responsable affirme que le problème ne se limite pas à certaines régions, mais est généralisé à l’ensemble du pays. Il dénonce une pratique courante où les membres des conseils de district financent les dépenses de fonctionnement des coopératives locales du parti, et où des sommes d’argent sont échangées pour obtenir des nominations à des postes clés.

Des responsables du Parti démocrate confirment l’existence de ces pratiques, bien qu’ils soulignent que les méthodes illégales ont été remplacées par des dons politiques plus discrets. Ils citent le cas du député Jeong Seong-guk, qui a reçu 33 millions de wons (environ 23 000 euros) de dons politiques en 2024.

« Plutôt que de tout donner d’un coup juste avant les élections, 3 millions de wons ou 5 millions de wons (environ 2 100 à 3 500 euros) par an sont donnés à l’avance sur plusieurs années. Si vous payez 5 millions de wons chaque année pendant les quatre années entières de votre mandat, vous avez payé 20 millions de wons. Pouvons-nous vraiment ignorer une telle personne lors de l’examen des candidatures ? »

Responsable du Parti démocrate

À l’approche des élections locales de 2022, les partis au pouvoir et d’opposition avaient promis une « nomination équitable », mais les résultats ont été décevants. Wanghee Yoon, chercheur principal à l’Institut de recherche sur les politiques futures de l’Université Sungkyunkwan, explique que l’influence des présidents régionaux reste prépondérante et que les normes et principes avancés par les partis sont souvent ignorés.

La controverse entourant la nomination de Kang Seon-woo et de Kim Kyung a mis en lumière les failles du système. Des transcriptions ont révélé que Kang Seon-woo aurait reçu 100 millions de wons (environ 70 000 euros) du candidat Kim Kyung en échange de son soutien. Malgré des règles internes censées garantir la transparence, Kim Kyung a finalement été élu conseiller municipal de Séoul.

Le Parti démocrate avait prôné le principe de « disqualification sans exception » pour les propriétaires de plusieurs logements spéculatifs, mais ce principe n’a pas été appliqué dans le cas de Kim Kyung, qui possède plusieurs biens immobiliers. Un législateur non métropolitain déplore le manque d’uniformité dans l’application des règles.

Des irrégularités ont également été constatées dans le processus de vote du comité de gestion des nominations. Des accusations ont été portées selon lesquelles Kang Seon-woo aurait assisté à une réunion du comité alors qu’il était directement impliqué dans la nomination de Kim Kyung, ce qui constitue un conflit d’intérêts.

Les experts soulignent que la structure politique de la Corée favorise l’influence des présidents des comités locaux sur les nominations. Ils appellent à une réforme en profondeur pour renforcer la responsabilité des acteurs politiques et garantir des élections plus justes et équitables. Des alternatives, telles que le système de jury nommé par les citoyens, pourraient être envisagées pour compléter le système de nomination actuel.

Un bureau de vote à Séoul lors des 8e élections locales nationales simultanées le 1er juin 2022.

Les prochaines élections locales, prévues le 3 juin, pourraient être l’occasion de mettre en œuvre des réformes pour lutter contre la corruption et garantir l’intégrité du processus démocratique. L’avenir de la politique locale coréenne dépendra de la capacité des partis politiques à prendre des mesures concrètes pour renforcer la transparence et la responsabilité.

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