Publié le 11 janvier 2026 à 05h00. Le départ des pandas géants du zoo d’Ueno à Tokyo, après un prêt de plusieurs décennies, a suscité une vague d’émotion au Japon, allant au-delà de la simple tristesse pour certains, et a ravivé les débats sur la diplomatie chinoise et les relations sino-japonaises.
- Le retour des pandas en Chine marque la fin d’une présence de près de cinquante ans de ces animaux au Japon.
- L’annonce a provoqué une vive réaction du public japonais, allant de la déception à la remise en question des enjeux diplomatiques liés à ce prêt.
- Des commentaires sur internet suggèrent une acceptation croissante de l’idée que les pandas, bien que populaires, ne sont pas une nécessité pour le Japon.
Les pandas géants, devenus des symboles d’amitié sino-japonaise depuis leur arrivée au Japon en 1972, sont sur le point de quitter le pays. Après des visites dans les zoos de Wakayama et de Shirahama, les derniers pandas d’Ueno doivent être rapatriés en Chine dans les prochaines semaines, une première depuis environ cinquante ans. Cette situation a été largement commentée dans la presse japonaise, comme en témoignent les titres « Les pandas domestiques sont absents » (Asahi Shimbun Digital, 15 décembre dernier) et « L’annonce du premier week-end après le retour en Chine » (Sankei News, 20 décembre 2017).
La popularité des pandas au Japon est indéniable. À la fin de l’année dernière, des files d’attente considérables se sont formées au zoo d’Ueno pour permettre aux visiteurs de faire leurs adieux aux animaux, certains exprimant même leur tristesse à la télévision, se disant « solitaires » à l’idée de leur départ.
Cependant, cette affaire a également pris une dimension politique inattendue. La réponse du Premier ministre Sanae Takaichi concernant la situation à Taïwan a été critiquée, et certains ont même accusé le gouvernement de droite d’être responsable du départ des pandas. Le journal du Parti communiste chinois a d’ailleurs exprimé un point de vue divergent de celui du Japon, affirmant que « le panda « zéro » est la faute du Premier ministre Takaichi et d’autres forces de droite ».
Malgré les reportages objectifs de la presse japonaise, une certaine prédiction pessimiste émergeait quant à la possibilité de nouveaux prêts, comme le soulignait Asahi Shimbun Digital le 15 avril dernier : « de nouveaux prêts sont impossibles dans ces circonstances ». L’écoute des témoignages des visiteurs, relayés par les médias, révèle un sentiment général de tristesse et une critique implicite de la situation actuelle.
Parallèlement, une partie de l’opinion publique semble plus pragmatique. Sur internet, de nombreux commentaires expriment une indifférence relative, remettant en question la pertinence de dépenser environ 100 millions de yens (environ 680 000 euros) par an pour la location de chaque panda. Certains habitants de Wakayama ont même souligné que le départ des animaux a mis en valeur le charme de leur région. Il semblerait qu’un nombre croissant de personnes reconnaissent l’attrait des pandas, sans pour autant les considérer comme indispensables.
Au-delà des pandas, le zoo abrite de nombreuses autres espèces animales. Dans ce contexte, la règle particulière selon laquelle les pandas nés au Japon appartiennent à la Chine est de plus en plus remise en question. Il est peut-être temps de reconsidérer cette « diplomatie du panda », qui consiste à prêter des animaux plutôt qu’à les offrir, au nom de la protection des espèces menacées.
Plutôt que de se concentrer sur la joie ou la tristesse liées au départ des pandas, il serait souhaitable que la presse japonaise explore le contexte historique de ce système de prêt unique et la situation internationale actuelle, afin de rendre compte de manière sereine des enjeux diplomatiques en jeu.
Junko Saeki
Junko Saeki est née à Tokyo en 1961. Elle a obtenu un doctorat en arts et sciences de l’Université de Tokyo. Spécialisée en culture comparée, elle est l’auteure de plusieurs ouvrages, dont « Une histoire culturelle comparée de la couleur et de l’amour ».