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‘A nation of rich cowards’: Australia needs its dreamers but the arts are underfunded, undervalued and despised | Australian art

L’Australie, obsédée par la performance sportive, néglige cruellement ses artistes et son patrimoine culturel, compromettant ainsi sa capacité à construire une identité forte et résiliente. Un désinvestissement qui, selon l’artiste Ben Quilty, témoigne d’un manque de courage et…

‘A nation of rich cowards’: Australia needs its dreamers but the arts are underfunded, undervalued and despised | Australian art

L’Australie, obsédée par la performance sportive, néglige cruellement ses artistes et son patrimoine culturel, compromettant ainsi sa capacité à construire une identité forte et résiliente. Un désinvestissement qui, selon l’artiste Ben Quilty, témoigne d’un manque de courage et d’ambition collective.

Lorsqu’il avait 16 ans, Ben Quilty a exprimé son désir de fréquenter une école d’art. L’orientation scolaire a alors pris une tournure inattendue. L’éducateur, loin de l’interroger sur ses aspirations, a immédiatement contacté ses parents pour les inciter à l’inscrire en économie, une filière jugée plus « sérieuse ». « Il m’a demandé ce que je voulais faire, pas ce que l’on attendait de moi, pas ce que mes parents ou la communauté souhaitaient », se souvient l’artiste. Un épisode révélateur, selon lui, d’une société qui peine à valoriser la création.

Pour Quilty, le sport en Australie est un vecteur de fierté nationale immédiate et facilement accessible. Une victoire sportive sur la scène internationale suffit à galvaniser le pays et à renforcer le sentiment d’appartenance. Presque tous les premiers ministres australiens qu’il se souvient ont affiché leur soutien à une équipe ou à un athlète. « Une équipe de football qui écrase un adversaire à l’étranger est un véritable remontant pour les problèmes sociaux et une recette pour la fierté nationale », constate-t-il. Cependant, cet engouement est éphémère, un simple pansement sur une fibre sociale fragile, construite sur plus de 200 ans d’histoire.

L’artiste établit une analogie frappante : si le sport est un sucre rapide, les arts sont une fibre essentielle. Il dénonce le paradoxe d’un pays qui a doublé les frais d’inscription aux études en sciences humaines tout en investissant massivement dans les infrastructures sportives et le soutien aux athlètes. Il rappelle qu’une partie des impôts qu’il a payés après avoir remporté le prix Archibald en 2012 a été allouée à la formation des athlètes à l’Institut australien du sport (AIS). Pendant qu’il s’efforçait de vivre de son art, il remboursait ses prêts étudiants et travaillait comme manœuvre sur des chantiers.

Les années 1960 ont marqué un tournant en Australie, avec les réformes progressistes initiées par Gough Whitlam. Le pays a alors commencé à définir une culture propre, avec ses forces et ses faiblesses. Mais, selon Quilty, le courage politique et social ne suffit plus. Il dénonce le coût prohibitif des études artistiques et l’hostilité d’une partie des médias envers les créateurs qui osent remettre en question le statu quo.

« Nous sommes au XXIe siècle, l’une des sociétés les plus riches de l’histoire, et pourtant nous sommes diminués et perdus : une nation de lâches riches qui n’ont même pas le courage de reconnaître leurs origines, et encore moins la possibilité d’un avenir meilleur que le cauchemar qui s’intensifie autour de nous », déplore l’artiste. Il affirme que créer de l’art dans une société qui méprise l’art lui-même est un acte de courage. Il n’était donc pas surpris, en 1990, par la réaction de son conseiller d’orientation.

Ben Quilty appelle à une société qui valorise à nouveau ses rêveurs et ses visionnaires, ceux qui osent défier les conventions et explorer les zones d’ombre de l’âme collective. Il insiste sur le fait que les artistes sont essentiels pour construire la fibre sociale qui permettra à l’Australie de prospérer. Une condition sine qua non, selon lui, est une reconnaissance lucide du passé et un financement adéquat de l’avenir culturel du pays.

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À propos de l’auteur: Antoine Girard

Antoine Girard couvre la culture et le divertissement, du cinéma à la musique en passant par les séries, les livres et les arts visuels. Il cherche à éclairer les œuvres, les tendances et leur réception.