Publié le 12 janvier 2024 à 06h30. Une étude brésilienne alerte sur les risques d’une utilisation prolongée des inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), des médicaments couramment prescrits pour les troubles gastriques, qui pourrait entraîner des carences nutritionnelles et affecter la santé des os.
- L’utilisation prolongée d’IPP, tels que l’oméprazole, le pantoprazole et l’ésoméprazole, peut perturber l’absorption de minéraux essentiels comme le fer, le calcium, le zinc, le magnésium, le cuivre et le potassium.
- Les chercheurs ont observé des modifications dans la répartition de ces nutriments dans l’organisme, avec une accumulation dans l’estomac et des déséquilibres au niveau de la rate et du foie.
- La récente autorisation de vente sans ordonnance de l’oméprazole à 20 mg en France suscite des inquiétudes quant à une possible automédication excessive.
Des chercheurs de l’Université fédérale de São Paulo (Unifesp) et de la Faculdade de Medicina do ABC (FMABC) ont mis en évidence les effets néfastes potentiels d’une consommation prolongée d’inhibiteurs de la pompe à protons (IPP). Ces médicaments, largement prescrits pour traiter les brûlures d’estomac, les ulcères et le reflux gastro-œsophagien, agissent en réduisant la production d’acide chlorhydrique dans l’estomac. Si leur efficacité est reconnue, leur utilisation excessive et non contrôlée peut avoir des conséquences sur l’absorption des nutriments essentiels.
L’étude, publiée dans la revue ACS Oméga et soutenue par Fapesp, a été menée sur des rats. Les animaux ayant reçu de l’oméprazole pendant 10, 30 et 60 jours ont présenté des altérations dans la distribution des minéraux essentiels dans leur organisme. Les chercheurs ont constaté une accumulation de ces minéraux dans l’estomac, associée à des déséquilibres au niveau de la rate et du foie. Des analyses sanguines ont révélé une augmentation du calcium et une diminution du fer, suggérant un risque accru d’ostéoporose et d’anémie.
Selon Angerson Nogueira do Nascimento, professeur à l’Unifesp et coordinateur de l’étude, en collaboration avec Fernando Fonseca de la FMABC :
« Le résultat le plus préoccupant est l’augmentation significative du calcium dans le sang des animaux, ce qui peut indiquer un déséquilibre dans l’élimination du minéral des os et un risque futur d’ostéoporose. Cependant, des études plus longues sont nécessaires pour confirmer cette hypothèse. »
Les IPP, dont l’oméprazole, le pantoprazole et l’ésoméprazole, inhibent les enzymes H+, K+ et ATPase, également appelées pompes à protons, responsables de la production d’acide chlorhydrique dans l’estomac. En réduisant l’acidité gastrique, ils soulagent les symptômes de divers troubles digestifs, mais entravent également l’absorption des nutriments qui dépendent d’un environnement acide pour être correctement assimilés.
L’oméprazole, présent sur le marché depuis plus de 30 ans, est souvent utilisé de manière prolongée et sans surveillance médicale. Andréa Santana de Brito, chercheuse à l’Unifesp, souligne :
« Il ne s’agit pas de diaboliser ce médicament, qui est efficace dans plusieurs affections gastriques. Le problème est son utilisation banalisée, y compris pour des symptômes légers comme les brûlures d’estomac, et pendant des périodes prolongées de plusieurs mois, voire années. Ses effets indésirables ne doivent pas être négligés. »
La récente décision de l’Agence nationale de surveillance sanitaire (Anvisa) d’autoriser, en novembre 2025, la vente d’oméprazole 20 mg sans prescription médicale inquiète les chercheurs. Ils craignent que cela n’encourage l’automédication et une utilisation prolongée du médicament, contrairement aux recommandations qui préconisent un traitement limité à 14 jours.
Anvisa se défend en affirmant que cette mesure vise à « rationaliser l’utilisation » de l’oméprazole et à « promouvoir une utilisation sûre et responsable ». L’agence précise que la limitation du traitement à 14 jours renforce le message selon lequel le médicament doit être réservé au soulagement de symptômes légers et temporaires, et encourage les patients à consulter un médecin en cas de persistance ou de récidive des symptômes. De plus, les emballages contenant un nombre de gélules supérieur à une durée de traitement de 14 jours resteront soumis à prescription médicale.
L’étude a été menée avec l’oméprazole, mais les chercheurs soulignent que les molécules plus récentes de la même classe, comme le pantoprazole et l’ésoméprazole, agissent selon le même mécanisme. Ils précisent que ces dernières pourraient même avoir un effet plus intense, en raison de leur action plus puissante et plus durable. Selon eux, il est essentiel d’évaluer la nécessité d’une supplémentation en minéraux chez les patients utilisant ces médicaments sur une longue période, tout en soulignant la nécessité d’un suivi médical personnalisé.
L’article complet, intitulé Évaluation de l’administration à long terme d’inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) dans la biodisponibilité du nutriment minéral, est disponible ici.
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