Home NouvellesTrump attaque les marchés libres. Danses de Wall Street. Ça ne finira pas bien

Trump attaque les marchés libres. Danses de Wall Street. Ça ne finira pas bien

by Nicolas Lefèvre

L’indépendance de la Réserve fédérale américaine est de nouveau remise en question par Donald Trump, révélant un paradoxe troublant : des dirigeants de Wall Street, traditionnellement défenseurs du libre marché, semblent désormais prêts à cautionner des interventions économiques sans précédent.

L’attaque la plus récente de l’ancien président contre la banque centrale, qui a suivi une convocation devant un grand jury, illustre cette tension. Jay Powell, le président de la Fed, a affirmé publiquement que la menace d’accusations criminelles était une conséquence directe de la volonté de la Réserve fédérale de prendre des décisions basées sur l’intérêt général, et non sur les préférences politiques. « La menace d’accusations criminelles est une conséquence du fait que la Réserve fédérale fixe les taux d’intérêt sur la base de notre meilleure évaluation de ce qui servira le public, plutôt que de suivre les préférences du président », a-t-il déclaré.

Ce qui frappe, cependant, c’est la réaction – ou plutôt l’absence de réaction – des acteurs financiers. Des figures influentes qui s’étaient élevées contre des propositions modérées visant à renforcer la protection sociale, comme l’Affordable Care Act (loi sur les soins de santé), semblent désormais justifier les dérives de Trump, allant jusqu’à soutenir des politiques qui contredisent leurs principes économiques affichés. On pourrait se demander si leur motivation n’était jamais autre qu’une forme de loyauté partisane.

L’histoire récente offre un contraste saisissant. Bill Clinton, le dernier président à avoir enregistré un excédent budgétaire, avait été qualifié d’« immoral » par la droite conservatrice. Barack Obama, pour avoir simplement proposé d’étendre la couverture santé, avait été accusé de marxisme. Ironiquement, cette dernière proposition était initialement une idée issue de la Heritage Foundation, puis reprise par Mitt Romney lorsqu’il était gouverneur du Massachusetts.

Aujourd’hui, le paysage a changé. Un analyste du secteur des hedge funds a souligné que le marché boursier reflétait davantage les sentiments des hommes riches et blancs que les réalités économiques. Cette observation explique peut-être pourquoi les marchés ont continué de progresser malgré les attaques de Trump contre la Fed. À court terme, le marché agit comme un outil de vote, mais à long terme, il se révèle être une balance, selon les mots de Charlie Munger, l’ancien vice-président de Berkshire Hathaway.

Les efforts de Trump pour transformer l’économie américaine en un système basé sur des impôts bas, des droits de douane élevés et une intervention gouvernementale accrue pourraient donc s’avérer désastreux. Le risque ultime, selon certains experts, est une perte de confiance dans le dollar américain et son remplacement en tant que monnaie de réserve mondiale, ce qui provoquerait une crise économique majeure.

Pour l’instant, Wall Street continue de danser au son de cette musique potentiellement funeste, ignorant les avertissements de ceux qui, pendant des décennies, ont dénoncé les dangers du capitalisme de connivence. Ce silence est une forme de complicité. La démocratie repose sur l’intégrité de ses citoyens et de ses dirigeants. Lorsque la crise éclatera, ce seront les classes moyennes qui en subiront les conséquences les plus lourdes, et les républicains tenteront de se présenter comme les sauveurs, espérant que l’opinion publique aura oublié qui a allumé l’incendie en premier lieu.

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