Publié le 14 janvier 2026 à 15h01. L’attente d’une révolution robotique, souvent comparée à l’essor fulgurant de ChatGPT, se heurte aux réalités économiques et aux défis techniques, comme l’illustre l’exemple de Kroger, un géant de la distribution américaine qui a revu ses ambitions en matière d’automatisation.
- Jensen Huang, PDG de Nvidia, avait prédit en janvier 2023 un « moment ChatGPT » pour la robotique, mais cette bascule semble plus lente que prévu.
- L’abandon partiel de l’automatisation par Kroger, malgré des investissements importants, souligne la complexité de la rentabilité de ces technologies dans le secteur de la grande distribution.
- Les limitations actuelles des batteries et les questions de sécurité restent des obstacles majeurs au déploiement massif de robots humanoïdes.
L’enthousiasme suscité par les progrès de l’intelligence artificielle générative, notamment avec ChatGPT – l’application ayant connu la croissance la plus rapide de l’histoire, avec 100 millions d’utilisateurs actifs mensuels en deux mois selon un rapport d’UBS – avait conduit Jensen Huang de Nvidia à anticiper un bouleversement similaire dans le domaine de la robotique. Il affirmait en janvier 2023 que le moment décisif pour l’IA physique était « presque là ». Cependant, un an plus tard, cette prédiction semble prématurée.
Si des avancées notables ont été réalisées, notamment dans le développement des voitures autonomes, des reculs significatifs ont également été observés. En novembre dernier, le groupe Kroger a annoncé la fermeture de trois de ses huit entrepôts robotisés, conçus pour préparer et expédier les commandes des clients. Cette décision intervient alors que l’entreprise renforce ses partenariats avec des plateformes de l’économie des petits boulots comme Instacart et DoorDash, qui font appel à des livreurs indépendants pour effectuer les achats pour le compte des consommateurs.
Cette situation soulève la question de la pertinence de l’automatisation face à la disponibilité d’une main-d’œuvre à bas coût. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une équation simple, cet exemple illustre les difficultés rencontrées lorsque les robots se confrontent aux impératifs économiques.
L’adoption de l’IA générative peut être relativement rapide et accessible pour les entreprises, se limitant souvent à un abonnement mensuel à des fournisseurs comme OpenAI ou Anthropic. En revanche, la mise en œuvre de systèmes robotiques nécessite une planification rigoureuse, des investissements importants et un délai d’exécution plus long. Les entrepôts de Kroger, équipés de la technologie britannique Ocado, ont nécessité des investissements considérables dans des équipements coûteux. Dans un secteur à faibles marges comme la grande distribution, une prévision précise de la demande est essentielle pour optimiser l’utilisation de ces installations.
« Cela ressemble un peu plus à une usine : elle doit avoir un débit minimum pour être rentable. »
Tom Andersson, expert en automatisation d’entrepôt chez STIQ
Tom Andersson explique qu’une analyse de rentabilité solide est indispensable pour justifier l’investissement dans l’automatisation. Il souligne également que ces projets peuvent prendre plusieurs années à planifier et que des prévisions erronées peuvent compromettre leur succès.
L’automatisation dans le secteur de l’épicerie n’est cependant pas vouée à l’échec. Les entrepôts automatisés d’Ocado au Royaume-Uni, où la densité de population est plus élevée, semblent présenter un modèle économique plus viable. De même, l’entreprise néerlandaise Picnic, spécialisée dans la livraison d’épicerie en ligne, a progressé avec une approche similaire. De nombreuses chaînes de supermarchés ont également investi dans l’automatisation en amont de la chaîne d’approvisionnement.

Walmart a augmenté ses revenus de plus de 150 milliards de dollars (129 milliards d’euros) au cours des cinq dernières années, tout en maintenant un effectif stable, avec plus de 2 millions d’employés.
Les spécialistes de la robotique misent sur une nouvelle génération de robots humanoïdes pour réaliser des avancées significatives dans le domaine du travail physique. L’un des principaux avantages de ces robots, conçus pour ressembler aux humains, est leur capacité à s’intégrer facilement dans des environnements de travail déjà adaptés à la présence humaine. Cela pourrait faciliter leur déploiement progressif et offrir une plus grande flexibilité, plutôt qu’un investissement initial massif.
Cependant, même si les robots humanoïdes atteignent un niveau de performance comparable à celui des humains, comme le prévoit Jensen Huang, des problèmes pratiques subsisteront. La sécurité est une préoccupation majeure : dans un environnement de bureau, un chatbot qui génère des informations erronées peut nuire à la réputation ou aux résultats de l’entreprise. Dans un environnement industriel, un humanoïde défectueux pourrait présenter un danger physique.
De plus, les robots humanoïdes et canins sont actuellement limités par l’autonomie de leurs batteries. James Pikul, professeur agrégé de génie mécanique à l’Université du Wisconsin-Madison, souligne que le robot Spot de Boston Dynamics ne peut fonctionner que pendant environ 90 minutes avant de devoir être rechargé, alors que les employés des usines et des entrepôts travaillent généralement par équipes de 10 heures avec quelques pauses.
En conclusion, l’automatisation continuera de progresser dans de nombreux secteurs. Cependant, les technologues et les investisseurs doivent veiller à ne pas confondre les avancées techniques avec les transformations économiques réelles. L’expérience de Kroger démontre qu’une technologie, même si elle fonctionne, ne sera pas nécessairement rentable à déployer. En d’autres termes, le fait qu’un emploi puisse être automatisé ne signifie pas qu’il le sera.
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