Berlin, 15 janvier 2026. L’Allemagne revoit en profondeur sa politique de développement, confrontée à une baisse significative de ses ressources et au désengagement croissant des États-Unis, tout en cherchant à maintenir son rôle d’acteur majeur de la solidarité internationale.
- Le ministère allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) disposera de 10,1 milliards d’euros (11,6 milliards de dollars) en 2026, une diminution notable par rapport aux 14 milliards d’euros de 2022.
- Face à la multiplication des crises, l’Allemagne entend intégrer davantage la politique de développement à sa stratégie de sécurité nationale.
- Le nouveau plan de réforme prévoit une concentration des ressources et une coopération accrue avec les économies émergentes, tout en suscitant des critiques quant à une potentielle orientation géopolitique.
Le ministère allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) a dévoilé lundi à Berlin un plan de réforme ambitieux, intitulé « Façonner l’avenir ensemble à l’échelle mondiale », qui s’accompagne d’une réduction budgétaire importante. Avec un budget de 10,1 milliards d’euros (11,6 milliards de dollars) pour 2026, le BMZ dispose de ressources moindres que les près de 14 milliards d’euros alloués il y a quatre ans.
La ministre du Développement, Reem Alabali Radovan, a justifié cette réorientation par la nécessité de concentrer les efforts.
« Nous ne pouvons pas tout faire partout, c’est pourquoi nous consolidons nos ressources »
Reem Alabali Radovan, ministre du Développement
Ce plan de réforme intervient également dans un contexte de coupes budgétaires plus larges, qui devraient se poursuivre jusqu’en 2029.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que les États-Unis, traditionnellement le premier donateur mondial, se sont considérablement retirés de l’aide au développement. L’Allemagne se retrouve ainsi face à une pression accrue pour maintenir son engagement en faveur de la solidarité internationale.
« La solidarité internationale est soumise à une pression massive. Face à la multiplication des crises et des guerres, l’Allemagne doit s’adapter aux nouvelles réalités »
Reem Alabali Radovan, ministre du Développement
Selon la ministre, la politique de développement doit désormais être envisagée comme un pilier essentiel de la sécurité nationale allemande, au même titre que la diplomatie et la défense. L’objectif est de créer de la valeur durable dans les pays partenaires, en favorisant notamment la création d’emplois décents et le respect des normes en matière de droits de l’homme et de climat, idéalement avec la participation d’entreprises allemandes ou européennes.
L’Allemagne entend également adapter sa stratégie en matière de coopération avec les économies émergentes. À l’avenir, ces pays ne bénéficieront plus que de prêts, accordés par la Caisse populaire pour la reconstruction (KfW), pour financer leur développement économique. Des pays comme l’Inde, l’Afrique du Sud et le Mexique pourraient ainsi devenir bénéficiaires de ces fonds.
L’aide allemande au développement continuera de se concentrer sur les régions en crise et les pays considérés comme stratégiques pour l’Allemagne et l’Europe centrale, notamment les voisins orientaux de l’Allemagne, le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord, la région du Sahel et la Corne de l’Afrique. Un accent particulier sera mis sur la reconstruction de l’Ukraine après la fin de la guerre menée par la Russie, dans le but de contrer l’influence russe dans la région.
Cette nouvelle stratégie a suscité des réactions mitigées. Carsten Montag, PDG de VENRO, l’organisation faîtière de la politique de développement et des ONG humanitaires, a salué le renforcement de l’engagement envers les pays les moins avancés et la promotion d’instruments modernes tels que la localisation de la coopération au développement. Cependant, il a également souligné la nécessité de ne pas sacrifier les intérêts des populations du Sud au profit d’intérêts économiques nationaux.
« La coopération au développement ne doit pas devenir un outil de promotion des intérêts nationaux, mais doit continuer à se concentrer principalement sur la réduction des injustices mondiales »
Carsten Montag, PDG de VENRO
Welthungerhilfe, une ONG allemande, s’est montrée globalement positive, se félicitant de l’importance accordée à la lutte contre la faim, la pauvreté et les inégalités. Mathias Mogge, son secrétaire général, a rappelé que 673 millions de personnes souffrent encore de la faim dans le monde.
Le Parti de gauche, quant à lui, a critiqué les coupes budgétaires drastiques et dénoncé une potentielle « militarisation de la coopération au développement ». Charlotte Neuhäuser, porte-parole pour la justice mondiale, a accusé le gouvernement de privilégier les intérêts économiques nationaux au détriment des populations les plus vulnérables.
Cet article a été initialement rédigé en allemand.
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