Publié le 15 janvier 2024 à 15h20. Après une interview du chancelier autrichien Christian Stocker, le journaliste Armin Wolf défend l’indépendance de la télévision publique face aux accusations de partialité, rappelant la nécessité d’un débat public critique et transparent.
- Une téléspectatrice reproche à la télévision publique d’avantager indirectement le Parti de la Liberté autrichien (FPÖ) par ses interviews.
- Armin Wolf explique que son rôle est de confronter les responsables politiques à leurs décisions et à leurs contradictions, et non de favoriser un parti en particulier.
- Le FPÖ refuse systématiquement les invitations à participer à des débats critiques, préférant communiquer via ses propres canaux médiatiques.
La semaine dernière, après la diffusion d’une interview du chancelier autrichien Christian Stocker, leader du Parti Populaire Autrichien (ÖVP), sur les résultats de la réunion gouvernementale et le bilan de l’ÖVP après un an de coalition tripartite (disponible ici), le journaliste Armin Wolf a reçu un courriel particulièrement critique. Mme S. y affirmait que la forme même de l’interview contribuait à la perte de voix de l’ÖVP et au gain de popularité du FPÖ, accusant les médias de renforcer ce dernier. Elle interrogeait même sur les motivations d’Armin Wolf : « Est-ce votre objectif ? »
Cette critique, souligne le journaliste, n’est pas nouvelle. Il la connaît depuis qu’il couvre la politique intérieure autrichienne au milieu des années 1990. À l’époque, après des reportages ou des interviews jugés trop sévères envers le gouvernement, on lui lançait souvent : « Tout cela ne fait qu’aider Haider. Est-ce que tu veux vraiment ça ? », en référence à Jörg Haider, figure emblématique de l’extrême droite autrichienne.
Armin Wolf se défend de toute intention partisane. « Mon objectif n’est pas d’aider une partie ou de nuire à une autre avec mes entretiens », insiste-t-il. Il rappelle que l’émission ZiB2 a pour vocation d’interroger les responsables politiques sur leurs lois, leurs actions et leurs projets, en les confrontant de manière rigoureuse à leurs contradictions et aux critiques. Il explique que le travail des politiciens a un impact direct sur la vie quotidienne de chacun : TVA, impôts, durée du travail, retraites, éducation, limitations de vitesse, etc. « Personne d’autre n’a autant d’influence sur nos vies », martèle-t-il.
Le journaliste déplore le manque de confrontation directe dans les autres formats médiatiques. Les hommes politiques se contentent généralement d’annoncer leurs décisions lors de conférences de presse, de réunions de parti ou sur les réseaux sociaux, sans être réellement challengés. Les questions sont rares, les réponses rarement obligées, et les publications en ligne rarement contestées.
Pour Armin Wolf, l’interview journalistique est donc un outil essentiel pour confronter les décideurs aux objections et aux contre-arguments. Il s’agit, non pas de « faire du mal » à qui que ce soit, mais d’obliger les acteurs politiques à expliquer et à justifier leurs choix. Il espère ainsi permettre au public de se forger une opinion plus éclairée et nuancée.
Il souligne que l’indépendance du journaliste est primordiale. Lors de l’interview, il adopte généralement une position opposée à celle de son invité, le confrontant à des critiques. Il renvoie également à une interview de Marietta Slomka, présentatrice de l’émission allemande « journal d’aujourd’hui », qui a expliqué sa méthode de travail dans un entretien. Pour ceux qui souhaitent en savoir plus sur sa préparation d’interview, Armin Wolf renvoie vers son blog.
Les interviews de ZiB2 durent généralement une dizaine de minutes et portent exclusivement sur le travail des invités. Le journaliste insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’enquêtes sur la vie privée ou de jeux de questions insolites. Il estime que tout responsable politique devrait être capable de rendre compte de son action pendant une quinzaine de minutes.
Armin Wolf exprime également son inquiétude face au refus croissant du FPÖ de participer à des débats critiques. Herbert Kickl, leader du parti, aurait rejeté plus de 50 invitations de ZiB2 ces dernières années. Dans le cadre d’une série d’entretiens avec les dirigeants des partis politiques, le FPÖ a refusé de se présenter et a proposé son secrétaire général, Hafenecker. La rédaction hésite : elle souhaite interviewer le président du parti. Cependant, refuser d’interroger Hafenecker reviendrait à laisser le FPÖ diffuser sa propre version de l’information sur ses propres médias, sans aucune confrontation critique.
Finalement, Hafenecker a été invité et sera interrogé par Margit Laufer. Armin Wolf anticipe les critiques, prévoyant déjà que certains accuseront la télévision publique de « donner une tribune » au FPÖ. Il rappelle que l’ÖVP, le SPÖ, les Verts et les Néo-libéraux ont également été invités et interrogés de manière critique, car le FPÖ est un parti représenté au Conseil national. Il insiste sur le fait que l’opinion de ses téléspectateurs sur les différents partis ne doit pas influencer son travail, même si le FPÖ insulte régulièrement l’ORF et souhaite en faire un média d’État.
En conclusion, Armin Wolf réaffirme l’engagement de ZiB2 à interroger de manière critique les responsables politiques de tous les partis, afin de permettre au public de se forger sa propre opinion. « Quel jugement dépend de vous », conclut-il.
* Le FPÖ n’est pas le seul parti à éviter les interviews. Les anciens gouverneurs des Länder, Häupl et Pröll, ont également été peu présents dans le studio ZiB2 pendant leurs longues années au pouvoir. De même, l’actuelle ministre de la Défense, Tanner, refuse systématiquement les demandes d’interview de la chaîne, même à l’approche de la publication d’un rapport sur l’avenir du service militaire. (M. Pröll n’a d’ailleurs pas apprécié son passage dans l’émission.)
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