Édition française
En continu
---Advertisement---

Divertissement

Chanson bannie des charts suédois parce qu’elle est une création d’IA

Publié le 15 janvier 2026 à 20h28. Une chanson d'amour mélancolique, rapidement devenue un succès en Suède, a été exclue des classements officiels du pays : elle a été intégralement composée par une intelligence artificielle (IA). Cette décision…

Chanson bannie des charts suédois parce qu’elle est une création d’IA

Publié le 15 janvier 2026 à 20h28. Une chanson d’amour mélancolique, rapidement devenue un succès en Suède, a été exclue des classements officiels du pays : elle a été intégralement composée par une intelligence artificielle (IA). Cette décision soulève des questions sur l’avenir de la création musicale à l’ère numérique.

  • La chanson « I Know, You’re Not Mine » (Jag vet, du är inte min), interprétée par l’artiste virtuel Jacub, a accumulé plus de cinq millions d’écoutes sur Spotify en quelques semaines.
  • L’IFPI, l’organisation de l’industrie musicale suédoise, a interdit la diffusion de la chanson dans ses classements nationaux, estimant qu’elle était principalement générée par l’IA.
  • Cette controverse intervient alors que la Suède se positionne comme un laboratoire pour l’économie de l’IA et que l’impact de cette technologie sur les revenus des créateurs de musique est évalué.

L’histoire a commencé avec un succès fulgurant. La ballade folk-pop, portée par une mélodie de guitare acoustique subtile, a rapidement conquis le public suédois. Les paroles, empreintes de nostalgie, évoquent des amours perdus, des promesses non tenues et des espoirs brisés. On y entend Jacub chanter :

« Tes pas dans la nuit, je les entends partir. Nous sommes restés sous la pluie devant votre porte et sommes sortis en courant et tout est allé vite. Maintenant, je sais que vous n’êtes pas à moi, vos promesses n’ont abouti à rien. »

Jacub

Mais derrière cet artiste à la voix envoûtante se cachait un secret. Des journalistes, intrigués par l’absence de présence médiatique de Jacub, ont mené l’enquête. Emanuel Karlsten, un journaliste d’investigation, a découvert que la chanson était enregistrée auprès de Stellar Music, une société danoise spécialisée dans l’édition et le marketing musical. Deux membres de l’équipe de Stellar travaillent spécifiquement sur des projets liés à l’IA.

Les producteurs, se présentant sous le nom de Team Jacub, ont défendu leur démarche, insistant sur le fait que l’IA n’était qu’un outil au service d’un processus créatif complexe.

« Nous ne sommes pas une entreprise technologique anonyme qui a simplement appuyé sur un bouton. L’équipe derrière Jacub est composée de créateurs de musique, d’auteurs-compositeurs et de producteurs expérimentés qui ont investi beaucoup de temps, d’attention, d’émotions et de ressources financières. »

Team Jacub

Ils ont affirmé que l’IA était un « instrument d’assistance » et que les cinq millions d’écoutes sur Spotify témoignaient de la valeur artistique de la chanson.

Interrogés sur la nature même de Jacub, les membres de Team Jacub ont adopté une approche philosophique :

« Cela dépend de la façon dont vous définissez le terme. Jacub est un projet artistique développé et porté par une équipe d’auteurs-compositeurs, de producteurs et de créateurs humains. Les sentiments, les histoires et les expériences contenues dans la musique sont réels, car ils proviennent de vraies personnes. »

Team Jacub

Cette explication n’a pas convaincu l’IFPI (Industriens Fonographiques Internationaux du Pays), qui a maintenu son interdiction.

« Notre règle est que s’il s’agit d’une chanson principalement générée par l’IA, elle n’a pas le droit de figurer en tête de liste. »

Ludvig Werner, directrice de l’IFPI

La Suède, qui se positionne comme un leader dans le domaine de l’IA, est confrontée à un dilemme. Selon les estimations, l’IA pourrait réduire jusqu’à un quart les revenus des créateurs de musique dans le pays au cours des deux prochaines années. En septembre dernier, la société de droits d’auteur STIM (Svenska Tonsättares Internationella Musikbyrå) a lancé un système de licence permettant aux entreprises technologiques d’utiliser des œuvres protégées par le droit d’auteur pour former leurs modèles d’IA, en échange du paiement de redevances. Lina Heyman de STIM a présenté ce système comme la première licence collective d’IA au monde, soulignant qu’il était possible d’accepter les perturbations technologiques sans compromettre la créativité humaine.

L’approche suédoise est plus stricte que celle adoptée par des organisations internationales comme Billboard, qui a inclus des morceaux générés par l’IA dans certains de ses classements spécialisés, estimant que ses classements doivent refléter les goûts des auditeurs. En revanche, Bandcamp, une plateforme populaire auprès des artistes indépendants, a interdit la musique « générée entièrement ou en grande partie par l’IA », y compris les morceaux utilisant des clones vocaux.

Alors que l’industrie de la musique générée par l’IA devrait connaître une croissance exponentielle dans les années à venir, atteignant une valeur de plusieurs milliards de livres, la controverse autour de Jacub en Suède suggère que, pour l’instant, ce sont les musiciens humains qui continuent de donner le ton.

Join WhatsApp

Join Now

Join Telegram

Join Now

Laisser un commentaire

À propos de l’auteur: Antoine Girard

Antoine Girard couvre la culture et le divertissement, du cinéma à la musique en passant par les séries, les livres et les arts visuels. Il cherche à éclairer les œuvres, les tendances et leur réception.