L’état de l’eau potable en Allemagne est menacé par un recul des réglementations sur les engrais, alerte la Fédération allemande pour l’environnement et la protection de la nature (BUND). L’organisation, avec ses associations régionales, appelle à une action rapide pour préserver les ressources en eau et éviter des procédures d’infraction européennes.
La BUND dénonce la suspension actuelle des réglementations dans les zones dites « rouges » – des régions où les eaux souterraines sont déjà polluées par les nitrates – ainsi que la suppression de l’obligation de bilan des flux de nutriments au niveau des exploitations agricoles. Ces mesures, selon l’organisation, mettent en péril la protection des eaux souterraines contre les nitrates issus de l’agriculture.
« Il est urgent d’établir une politique claire en matière d’engrais, respectueuse de l’eau potable », a déclaré la BUND. L’organisation exige une révision de la réglementation avant la fin de la période d’interdiction de fertilisation, prévue fin janvier 2026, et l’adoption de lignes directrices scientifiques et juridiquement solides pour une loi sur la fertilisation basée sur le principe du « pollueur-payeur ».
La BUND plaide également pour des mesures de protection durable de l’eau potable, notamment la création de larges bandes riveraines pour protéger les plans d’eau des pesticides et des engrais. Pour réduire la pollution par les nitrates, il est essentiel d’empêcher les engrais de pénétrer de manière répétée dans le cycle de l’eau. L’organisation insiste sur la nécessité de tenir compte des flux de nutriments au niveau de chaque exploitation agricole, ou à défaut, de maintenir les exigences en vigueur dans les zones rouges.
Dans certaines régions allemandes, le traitement de l’eau est déjà coûteux en raison de niveaux de nitrates dépassant les normes. La suspension des réglementations dans les zones rouges, sans alternative juridiquement contraignante, risque de faire peser un fardeau financier supplémentaire sur les citoyens. L’Allemagne affiche le deuxième plus haut niveau de contamination des eaux souterraines par les nitrates de l’Union européenne.
La BUND craint que la suspension des exigences en matière d’engrais dans les zones rouges ne conduise à une reprise des procédures d’infraction contre l’Allemagne, évitées en 2023, et donc à de nouvelles amendes.
L’organisation souligne qu’une agriculture plus écologique et un élevage respectueux de l’environnement sont des solutions possibles. Elle propose de soutenir les entreprises dans leur transition vers des pratiques agricoles plus durables, notamment en réduisant les excédents de nitrates dans la culture des céréales, comme le démontre l’agriculture biologique. Elle critique également l’accent mis sur une teneur élevée en protéines dans le blé panifiable, qui conduit à l’utilisation excessive d’engrais.
Les zones rouges sont définies en fonction de la directive sur les nitrates et de la directive-cadre sur l’eau de l’Union européenne, qui fixent une limite de 50 mg de nitrates par litre d’eau potable. Les nitrates sont nocifs pour la santé, en particulier pour les nourrissons. En octobre 2025, le Tribunal administratif fédéral a jugé que la réglementation bavaroise sur les engrais et les zones rouges était inefficace et ne respectait pas les droits fondamentaux. Cette décision a entraîné la suspension des restrictions de fertilisation et des sanctions associées dans plusieurs Länder, et d’autres devraient suivre.
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