Publié le 17 janvier 2026 à 07h07. Des manifestations d’une ampleur sans précédent secouent l’Iran, réprimées avec une violence extrême par le régime, suscitant des inquiétudes internationales et des appels à l’action, tout en révélant les profondes failles d’un système politique fragilisé.
- Des milliers de manifestants iraniens auraient été tués ces derniers jours, selon des organisations de défense des droits de l’homme.
- Ces protestations, déclenchées par la crise économique, représentent le défi le plus sérieux au régime islamique depuis 1979.
- L’administration américaine a envisagé une intervention militaire, mais a finalement reculé, suscitant des réactions mitigées.
La situation en Iran est extrêmement tendue. Des manifestations massives, initialement motivées par l’effondrement de la monnaie et la détérioration du niveau de vie, ont rapidement embrasé le pays, révélant un mécontentement profond face à la gestion économique et politique du régime théocratique. Les protestataires dénoncent le coût de la vie, le chômage en hausse et l’inflation galopante, scandant des slogans tels que « Mort au dictateur » dans les rues et les bazars.
La répression exercée par les forces de sécurité a été brutale. Des groupes de défense des droits de l’homme font état de milliers de morts, bien que le nombre exact reste impossible à vérifier en raison d’une panne d’Internet imposée par le gouvernement. Des images diffusées par la télévision d’État montrent des rangées de sacs mortuaires dans une morgue de Téhéran, tandis que des vidéos circulent en ligne montrant des familles désespérées cherchant leurs proches parmi les victimes.
Face à cette situation, des voix s’élèvent sur la scène internationale. Jeudi, deux dissidents iraniens, Masih Alinejad, journaliste et militante des droits des femmes, et Ahmad Batebi, militant et journaliste, ont plaidé devant le Conseil de sécurité de l’ONU pour une intervention.
« Le peuple iranien demande au monde de l’aider par l’action, et non par des réunions consécutives et des condamnations vaines. »
Masih Alinejad, journaliste irano-américaine et militante des droits des femmes
Masih Alinejad a témoigné avec émotion, évoquant les menaces de mort dont elle a été victime et révélant qu’un complot visant à l’assassiner, orchestré par le gouvernement iranien, a été déjoué aux États-Unis. En octobre dernier, deux individus présentés comme des membres de la mafia russe ont été condamnés à 25 ans de prison pour leur implication dans ce complot. Ahmad Batebi a quant à lui dénoncé les tortures qu’il a subies aux mains du régime.
L’administration américaine, sous la présidence de Donald Trump, a initialement semblé prête à intervenir. Des troupes américaines ont été évacuées d’une base proche du Qatar, et le porte-avions USS Abraham Lincoln aurait été détourné de ses exercices en mer de Chine méridionale vers le Moyen-Orient. Cependant, M. Trump a finalement changé d’avis, affirmant avoir reçu des informations selon lesquelles les exécutions de manifestants auraient été suspendues.
« Ils ont dit que les massacres avaient cessé et que les exécutions n’auraient pas lieu. »
Donald Trump, président des États-Unis
Cette décision a été accueillie avec scepticisme. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a affirmé sur Fox News qu’il n’était pas prévu de pendre les manifestants, tout en accusant Israël de chercher à entraîner les États-Unis dans un conflit. Les États du Golfe, notamment l’Arabie saoudite, l’Oman, le Qatar et l’Égypte, ont également exercé des pressions sur M. Trump pour qu’il s’abstienne d’une intervention militaire, craignant une déstabilisation régionale.
Les analystes soulignent que toute intervention extérieure comporte des risques. Ellie Geranmayeh, du Conseil européen des relations étrangères, met en garde contre le risque de provoquer des troubles encore plus profonds.
« Les tentatives des États-Unis et d’Israël d’imposer un changement par la force risquent de provoquer des troubles encore plus profonds. »
Ellie Geranmayeh, Conseil européen des relations étrangères
L’histoire offre des précédents inquiétants, notamment le coup d’État de 1953 qui a renversé le Premier ministre Mohammad Mosaddegh. Reza Pahlavi, le fils de l’ancien Shah, a appelé à des « frappes chirurgicales » américaines, mais son soutien au sein des manifestations reste incertain.
En l’absence d’une intervention militaire, les États-Unis ont annoncé de nouvelles sanctions contre cinq responsables iraniens impliqués dans la répression, en plus des droits de douane déjà imposés sur les marchandises en provenance d’Iran ou de pays commerçant avec l’Iran. L’Union européenne devrait également imposer ses propres sanctions.
Selon les analystes, la République islamique est confrontée à une crise économique profonde, exacerbée par les sanctions internationales liées à son programme nucléaire et à son soutien à des groupes armés régionaux. Ellie Geranmayeh souligne que le régime ne peut plus assurer une prospérité économique adéquate et que la corruption est endémique. La question reste de savoir si cette crise conduira à un changement de régime, et si ce changement se fera dans le sang.

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