Publié le 17 janvier 2026 15h22. L’année 2025 marque un tournant dans la politique énergétique européenne, avec un retour du réalisme face aux contraintes économiques et géopolitiques, et une remise en question du Pacte vert.
- La sécurité d’approvisionnement énergétique devient une priorité, face à des prix toujours élevés dans l’Union européenne.
- La demande énergétique mondiale reste majoritairement dépendante des combustibles fossiles, malgré l’essor des énergies renouvelables.
- Un regain d’intérêt pour l’énergie nucléaire se manifeste, avec des projets de prolongations et de nouvelles constructions.
Après des années de conformisme idéologique, 2025 a vu une prise de conscience généralisée : la transition énergétique, telle qu’envisagée par l’Union européenne, se heurtait de plein fouet aux réalités du terrain. Les industriels et les marchés financiers ont convergé vers une même conclusion : la sécurité d’approvisionnement est devenue primordiale, tandis que le coût de l’énergie dans l’UE atteignait des niveaux insoutenables, signalant un essoufflement du Pacte vert.
De 2019 à 2024, toute critique du Pacte vert était systématiquement marginalisée, conduisant l’industrie européenne à accepter des restrictions qui ont progressivement érodé sa compétitivité, notamment dans le secteur automobile. Parallèlement, la croissance économique asiatique a maintenu une forte dépendance aux combustibles fossiles, tandis que les énergies renouvelables, bien que prometteuses, ne représentaient qu’une part marginale du mix énergétique mondial.
Fin 2025, un constat s’est imposé : les combustibles fossiles continuaient de représenter 87 % de la demande mondiale en énergie primaire, contre seulement 3 % pour l’éolien et le solaire photovoltaïque. Cette réalité, longtemps ignorée, est désormais impossible à nier. Cette divergence entre les ambitions affichées et la situation réelle a révélé un fossé entre le discours occidental sur la sortie des énergies fossiles et les priorités des pays émergents, où la croissance économique et l’accès à une énergie abordante restent des objectifs essentiels.
Dans ce contexte, les hydrocarbures maintiennent leur rôle central dans le système énergétique mondial. Le gaz naturel, en particulier, confirme son importance en tant que source d’énergie flexible, notamment au sein de l’Union européenne, où il contribue à stabiliser un mix énergétique de plus en plus variable. Le marché du gaz naturel liquéfié (GNL) s’est renforcé, améliorant la liquidité des échanges.
Les énergies renouvelables continuent de progresser, portées par la baisse des coûts des installations solaires et le développement du secteur éolien en mer. Cependant, 2025 a mis en évidence les contraintes liées à l’intermittence de ces sources d’énergie : si les coûts de production d’électricité aux bornes des générateurs diminuent, le prix final pour le consommateur continue d’augmenter, en raison des investissements nécessaires pour équilibrer le réseau.
Parallèlement, l’énergie nucléaire connaît un regain d’intérêt. L’extension de la durée de vie des réacteurs existants, la clarification des mécanismes de financement et le lancement de nouveaux projets renforcent la visibilité à long terme de ce secteur. Les petits réacteurs modulaires (SMR) progressent sur le plan réglementaire et industriel, bien que leur déploiement commercial reste à moyen terme. Le message est clair : l’énergie nucléaire, comme l’affirmait le traité Euratom dès 1958, est essentielle à la qualité de vie des citoyens, et pas seulement à la décarbonation.
L’expression « énergie abondante et bon marché », qui figurait déjà dans la résolution de Messine (1955), adoptée par les pères fondateurs de l’Union européenne, revient sur le devant de la scène, résonnant désormais bien au-delà de l’Europe, jusqu’à Washington.
L’élection de Donald Trump, dont l’influence s’est fait sentir tout au long de l’année 2025, a marqué un tournant. Il a remis en question les discours diplomatiques hypocrites et a affirmé haut et fort que le monde ne peut se passer des combustibles fossiles, considérant les énergies renouvelables comme un simple gadget. Il a ainsi opéré une révolution dans la communication sur l’énergie, brisant les tabous et exposant les réalités du terrain.
La géopolitique de l’énergie est également en mutation. D’ici 2025, des milliards de dollars sont investis chaque jour dans la production de pétrole, de gaz naturel et de charbon, ainsi que dans les infrastructures nécessaires à leur transport et à leur utilisation. Ces investissements, ignorés par certains médias européens, auront un impact durable. La consommation de combustibles fossiles va augmenter, comme en témoignent les investissements massifs réalisés au Qatar, en Australie, aux États-Unis et en Afrique, et même en Israël.
Cette situation pénalise l’Union européenne, qui s’isole dans sa volonté de décarboner le monde. Elle renforce en revanche la position des acteurs pragmatiques, tels que les États-Unis, le Qatar, les États du Golfe, l’Australie et les grandes économies asiatiques. Le prix du baril de Brent est passé de 73 dollars le 26 décembre 2024 à 61 dollars, soit une baisse de 16 %, et le prix du gaz sur le marché TTF d’Amsterdam a chuté de 40 % au cours de la même période.
Vladimir Poutine s’est trompé en pensant pouvoir maintenir la cohésion de l’Union européenne grâce à son gaz naturel. Celui-ci est devenu plus abondant et compétitif, permettant à l’UE de diversifier ses sources d’approvisionnement. Cependant, l’UE n’a pas réussi à empêcher la Russie de vendre ses hydrocarbures, car le monde a besoin de pétrole et de gaz, et l’Asie a profité des embargos européens.
L’obsession climatique de l’Union européenne, facteur d’affaiblissement stratégique, commence à éclater à Bruxelles et à Strasbourg. Il est encore trop tôt pour affirmer que ce projet a échoué, mais l’UE n’a pas compris que la géopolitique de l’énergie continue de dominer le monde, et que, malgré trente ans de politique climatique et trente Conférences des Parties (COP), les émissions mondiales de CO₂ ont augmenté de 65 %. L’Allemagne, en particulier, refuse de reconnaître l’échec de sa Transition énergétique, et Ursula von der Leyen, d’origine allemande, ne l’admettra probablement pas non plus, même si elle en est consciente.
Samuel Furfari.
L’effondrement de l’Union européenne est en cours et se poursuivra jusqu’aux prochaines élections au Parlement européen.
À propos de l’auteur
Samuel Furfari est professeur de géopolitique énergétique depuis 20 ans, titulaire d’un doctorat en sciences appliquées (ULB) et en ingénierie polytechnique (ULB). Il a été haut fonctionnaire à la direction générale de l’énergie de la Commission européenne pendant trente-six ans et a publié 18 livres.
Article initialement publié par le journal en ligne Atlantico
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