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Santé

Un tatouage est éternel. Même dans les ganglions lymphatiques

Publié le 24 septembre 2025. Des études récentes mettent en lumière des risques potentiels pour la santé liés aux tatouages, notamment une inflammation chronique et une altération de la réponse immunitaire, soulevant des questions sur la sécurité des…

Un tatouage est éternel. Même dans les ganglions lymphatiques

Publié le 24 septembre 2025. Des études récentes mettent en lumière des risques potentiels pour la santé liés aux tatouages, notamment une inflammation chronique et une altération de la réponse immunitaire, soulevant des questions sur la sécurité des encres utilisées.

  • Des recherches menées au Danemark et en Suisse suggèrent un lien entre les tatouages et une incidence accrue de certains cancers de la peau et lymphomes.
  • L’accumulation de particules d’encre dans les ganglions lymphatiques pourrait provoquer une inflammation chronique et affecter l’efficacité des vaccins.
  • La toxicité de certains pigments, comme le nickel, le chrome et l’arsenic, présents dans les encres de tatouage, est actuellement étudiée.

La popularité croissante des tatouages s’accompagne d’une attention accrue des scientifiques sur leurs effets potentiels sur la santé. Plusieurs études, menées ces dernières années, se sont penchées sur la question de savoir si les personnes tatouées présentent un risque accru de développer des maladies, notamment des cancers. Une recherche particulièrement instructive, réalisée par l’Université du Danemark du Sud, a comparé près de 6 000 paires de jumeaux danois, tatoués ou non. Les résultats ont révélé que les jumeaux tatoués affichaient des taux de diagnostic plus élevés pour les cancers de la peau et les lymphomes, en particulier lorsque les tatouages étaient de grande taille – supérieurs à la surface d’une paume.

Cette corrélation s’explique, selon les chercheurs, par la migration des particules d’encre de la peau vers les ganglions lymphatiques, où elles s’accumulent et provoquent une inflammation chronique. Ces conclusions sont corroborées par une étude menée par l’Université de la Suisse italienne, également en 2025, qui a examiné l’impact de l’encre de tatouage sur le système immunitaire et la réponse aux vaccins. Des tests effectués sur des souris ont démontré que l’encre se transporte effectivement vers les ganglions lymphatiques, où elle persiste longtemps, entraînant une inflammation prolongée et une réponse altérée à différents vaccins.

Les encres noires et rouges semblent être particulièrement associées à ces effets inflammatoires, comme l’a constaté l’Institut de Parasitologie de Bellinzona, en Suisse. Parallèlement, l’Institut supérieur de la santé de Rome, en collaboration avec d’autres institutions cliniques, analyse la toxicité des pigments utilisés. Des analyses in vitro – réalisées en laboratoire, sur des cellules cutanées – ont mis en évidence la toxicité des nanoparticules métalliques contenues dans certaines encres. Des traces de nickel, de chrome, de cuivre et même d’arsenic ont été détectées dans de nombreuses encres de tatouage commercialisées en Europe.

Face à ces découvertes, faut-il pour autant renoncer aux tatouages ? Les experts recommandent la prudence. Si l’envie est trop forte, il est conseillé d’éviter les tatouages de grande taille et de s’assurer que le tatoueur utilise des encres certifiées, conformes aux normes européennes, et respecte des règles d’hygiène strictes.

La peau, plus qu’un simple revêtement, est un organe vital. Elle assure la régulation thermique, la perception sensorielle et constitue une barrière protectrice contre les agressions extérieures. Mais c’est aussi un lieu d’expression et d’interaction avec le monde. Comme l’explique la psychanalyste Maura Foresti :

« La peau est un lieu spécial entre nous et les autres. Ce que l’on fait sur la peau, les modifications que l’on y apporte, en disent quelque chose sur moi que tout le monde peut voir. »

Depuis toujours, l’homme utilise la peau comme moyen de communication. Les tatouages, comme les scarifications, ont joué un rôle important dans les cultures primitives, marquant le passage à l’âge adulte, identifiant les guerriers ou reflétant les hiérarchies sociales. Ces modifications symbolisaient souvent la naissance d’un nouveau soi. Selon Maura Foresti, la psychanalyse identifie trois motivations principales derrière le désir de se faire tatouer : la revendication de son corps, l’autocreation et la recherche de la perfection.

« La première et la plus typique est la fantaisie de revendication, c’est-à-dire le corps est à moi, pas à ma mère ni à mon père. Suit la fantaisie d’autocreation, un peu plus complexe à expliquer. Si je modifie mon corps, que je ne me suis pas donné et que je n’ai pas choisi, au moins un peu je peux penser l’avoir créé moi-même, la partie que j’ai changée comme je le voulais, je l’ai autocréée. Enfin, il y a la fantaisie de correspondance parfaite, pouvoir être comme je rêve. C’est généralement celle qui motive ceux qui ne se trouvent pas beaux, ceux qui ne s’aiment pas. »

Il est important de rappeler que la loi exige d’être majeur pour se faire tatouer, ou d’avoir l’autorisation écrite des parents si l’on est mineur. Les parents ne devraient pas céder facilement aux demandes de leurs enfants. Il faut être suffisamment mature pour prendre une décision éclairée concernant une modification permanente de son corps. Dans la société occidentale contemporaine, le tatouage est devenu socialement acceptable, voire à la mode. Souvent, un motif tribal, une lune ou un petit chat dessiné sur la peau ne sont qu’une expression de tendance et d’appartenance à un groupe.

Notre corps n’est pas seulement personnel, il est aussi social et s’adapte aux normes de notre époque. Au XIXe siècle, une silhouette ronde était considérée comme attrayante, symbole de prospérité et de richesse. Dans d’autres cas, un tatouage peut raconter une histoire, marquer un passage difficile, un changement ou une renaissance. Certains individus recourent à des tatouages excessifs, couvrant tout leur corps, parfois présenté comme une forme d’art. Maura Foresti nuance cette vision :

« Je parlerais plutôt d’une communication de souffrance. Parce que cela signifie que je veux être moi la forme d’art et non exprimer l’art en dehors de moi… Il y a des toiles infinies, mais une seule peau. »

L’acte de se faire tatouer n’est pas sans douleur. Certaines zones sont particulièrement sensibles. Qui supporte la douleur ? Celui qui fait preuve de courage. Dans une société qui n’offre plus aux jeunes les mêmes opportunités de prouver leur valeur, le fauteuil du tatoueur peut devenir un défi, une épreuve de courage.

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À propos de l’auteur: Sophie Martin

Sophie Martin suit les sujets de santé, de prévention, de recherche médicale et de politiques publiques. Ses articles rappellent les limites de l’information générale et encouragent la consultation de professionnels qualifiés.