Publié le 17 janvier 2026 à 08:26. L’annonce surprise de Donald Trump d’imposer des droits de douane à plusieurs pays européens, en représailles à leur opposition à un projet d’acquisition du Groenland, a suscité une vague de réactions négatives et de promesses de riposte coordonnée de la part des dirigeants européens.
- Donald Trump menace d’imposer des droits de douane de 10 % (puis 25 %) sur les exportations vers les États-Unis en provenance du Danemark, du Royaume-Uni, de la Finlande, de la Norvège, de la Suède, de l’Allemagne, des Pays-Bas et de la France.
- Le président français Emmanuel Macron a réaffirmé l’attachement de la France à la souveraineté des nations et promis une réaction unie de l’Europe.
- Plusieurs autres chefs d’État et de gouvernement européens ont dénoncé la démarche de Trump, la qualifiant d’inacceptable et réaffirmant leur soutien au Danemark et au Groenland.
La décision de l’ancien président américain de cibler ces pays européens fait suite à l’envoi par ces derniers de contingents militaires limités au Groenland, présenté comme une « mission de reconnaissance ». Cette initiative avait déjà été perçue comme un signal fort de la volonté européenne de contrer l’influence américaine dans la région arctique.
Le président Macron a réagi fermement à l’annonce de Trump, soulignant l’importance de la souveraineté nationale. Il a déclaré :
« Aucune intimidation ou menace ne nous influencera. »
Emmanuel Macron, président de la République française
Il a également promis une réponse coordonnée de la part de l’Union européenne.
« Nous, Européens, réagirons de manière unie et coordonnée s’ils sont confirmés. Nous veillerons au respect de la souveraineté européenne. »
Emmanuel Macron, président de la République française
Le Premier ministre britannique Keir Starmer a qualifié la menace de Trump de « complètement fausse », rappelant que le Groenland fait partie du Royaume du Danemark et que son avenir relève des Groenlandais et des Danois. Il a également souligné la nécessité pour les pays de l’OTAN de renforcer la sécurité dans l’Arctique, tout en rejetant l’imposition de droits de douane.
Le ministre danois des Affaires étrangères, Lars Loekké Rasmussen, a exprimé sa surprise face à l’annonce, d’autant plus qu’elle intervient après une « réunion constructive » avec des responsables américains à Washington. Il a toutefois réaffirmé l’engagement du Danemark à renforcer sa présence dans l’Arctique, en coopération avec ses alliés de l’OTAN.
Le Premier ministre suédois, Ulf Kristersson, a adopté un ton tout aussi ferme, déclarant :
« Nous ne nous laisserons pas faire chanter. »
Ulf Kristersson, Premier ministre suédois
Il a précisé que la question du Groenland relève de la compétence exclusive du Danemark et du Groenland, et que l’Union européenne dans son ensemble est concernée par cette affaire.
Le président finlandais Alexander Stubb, qui a récemment joué au golf avec Donald Trump, a appelé à la discussion pour résoudre les différends.
« Entre alliés, les problèmes sont résolus par la discussion et non par la pression. »
Alexander Stubb, président finlandais
Le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre a quant à lui dénoncé l’utilisation de menaces entre alliés, rappelant que le Groenland fait partie du Royaume du Danemark.
Le gouvernement allemand a indiqué être en contact avec ses partenaires européens pour élaborer une réponse appropriée. Les Pays-Bas ont également exprimé leur préoccupation et souligné l’importance de la sécurité dans la région arctique.
Réponse des institutions européennes
Source des images, Filip Singer / EPA
La haute représentante de l’UE pour la politique étrangère, Kaja Kallas, a mis en garde contre les conséquences d’une division entre les alliés, soulignant que la Chine et la Russie en tireraient profit. Elle a également insisté sur la nécessité de maintenir la sécurité dans la région arctique, tout en avertissant que les droits de douane risquent d’affaiblir les économies européenne et américaine.
Dans une lettre commune, le président du Conseil européen, Antonio Costa, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ont réaffirmé la solidarité de l’Union européenne avec le Danemark et le Groenland, rappelant que l’intégrité territoriale et la souveraineté sont des principes fondamentaux du droit international. Ils ont également souligné l’importance du dialogue pour résoudre les différends.
L’accord commercial UE-États-Unis, en suspens
L’annonce de Trump a également jeté une ombre sur l’accord commercial conclu entre Bruxelles et Washington l’année dernière, qui attendait sa ratification au Parlement européen. Cet accord prévoyait l’ouverture du marché européen à certains produits américains en échange d’une réduction des droits de douane sur les produits européens.
Source des images, Frédéric Florin / AFP
Manfred Weber, chef du groupe parlementaire du Parti populaire européen, a déclaré que l’approbation de l’accord était désormais compromise en raison des menaces de Trump à l’égard du Groenland. Il a appelé à la suspension des droits de douane de 0 % sur les produits américains.
D’autres groupes politiques au Parlement européen ont également exprimé leur opposition à l’accord, laissant présager un retard indéfini dans sa ratification.
Une menace inquiétante
Par Faisal Islam, rédacteur économique de la BBC
La menace du président américain Donald Trump de contraindre ses alliés occidentaux à ne pas s’opposer à son projet d’acquisition du Groenland, sous peine de nuire à leurs échanges commerciaux avec les États-Unis, est sans précédent. Les menaces économiques inhabituelles et inattendues de la part du président Trump se sont multipliées au cours de l’année écoulée, mais celle-ci les surpasse toutes et nous entraîne dans un territoire surréaliste et extrêmement dangereux.
Il s’agit d’une forme de guerre économique que la Maison Blanche impose à ses alliés les plus proches. Trump attaque ses alliés dans des délais incroyablement brefs et pour une cause qui pourrait potentiellement démanteler l’OTAN et l’alliance occidentale. Cette situation est tellement absurde que les dirigeants européens sont plus déconcertés qu’irrités.
Personne ne pensait qu’une telle menace, basée sur l’acquisition du territoire d’un allié, deviendrait une réalité. Il est légitime de se demander si Trump bénéficie du soutien des États-Unis, du Congrès et même de sa propre administration pour mener à bien ce projet.
Les pays concernés ont jusqu’à présent réussi à atténuer les dégâts économiques causés par les tensions commerciales. Le Canada, par exemple, a compensé la perte de ses échanges commerciaux avec les États-Unis en augmentant ses échanges avec le reste du monde. Cependant, la logique sous-jacente à la menace de Trump – prendre un territoire à un allié et le contraindre publiquement – est profondément inquiétante.
Comment le monde réagirait-il si la Chine ou la Russie adoptaient une telle attitude envers leurs alliés ? De nombreuses capitales du monde remettront en question le fonctionnement du système décisionnel américain.
Le président Trump se rendra mercredi au Forum économique mondial pour rencontrer les dirigeants des pays qu’il a menacés. Beaucoup espèrent que cette menace sans précédent aura disparu d’ici là.

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