Jared M. Diamond, professeur de géographie à l’Université de Californie à Los Angeles, analyse dans son nouvel ouvrage comment le climat, l’environnement et les espèces disponibles façonnent durablement le succès des sociétés et des dirigeants, reléguant au second plan le simple génie individuel.
Le rôle réel des dirigeants historiques et l’influence déterminante de la géographie sont au cœur du dernier livre de Jared M. Diamond, professeur au département de géographie de l’University of California, Los Angeles (UCLA).
L’impact historique d’Adolf Hitler et la question du déterminisme
Interrogé sur le point de savoir si certains dirigeants modifient véritablement le cours de l’histoire, le professeur Diamond prend l’exemple d’Adolf Hitler. Bien que de nombreux historiens estiment qu’une seconde guerre mondiale aurait éclaté même en son absence en raison des tensions consécutives au Traité de Versailles et de la présence d’un antisémitisme préexistant en Allemagne, le chercheur soutient que Hitler a bel et bien fait la différence.
Selon Indiatimes, le chercheur rappelle qu’un accident de la route faillit coûter la vie à Hitler en 1930. Il qualifie ce dernier d’orateur extrêmement charismatique et de stratège redoutable, capable de duper Neville Chamberlain à Munich ainsi que ses propres généraux et des responsables d’entreprises, tout en soulignant ses choix désastreux à long terme, comme le refus de retirer l’armée allemande encerclée à Stalingrad.
Le rôle du climat et de l’environnement selon le professeur Diamond
En revenant sur les thèses développées dans son ouvrage « Guns, Germs and Steel », Jared M. Diamond rejette l’idée selon laquelle les succès des civilisations occidentales s’expliqueraient par une supériorité biologique ou un QI plus élevé. Le géographe met plutôt en avant les facteurs environnementaux, les animaux et les plantes domesticables.
La région du Croissant fertile, située dans la Méditerranée orientale, concentrait le plus grand nombre d’espèces animales et végétales propices à la domestication, incluant des moutons, des chèvres, des chevaux, des porcs, des veaux, ainsi que du blé, de l’orge, des pois et des fèves. L’Inde disposait également d’espèces domestiquées notables comme des bovins laitiers, du sésame et diverses variétés de haricots, mais dans une moindre mesure. Cette abondance initiale a offert au Croissant fertile une avance de deux millénaires en agriculture et en expansion démographique, permettant le développement précoce de la métallurgie, de l’écriture et des empires.
L’essor des empires et des religions mondiales
Le livre s’interroge également sur les facteurs de réussite de figures telles que le conquérant mongol Genghis Khan, qui est parvenu à bâtir le plus vaste empire terrestre de l’histoire, s’étendant de la côte chinoise jusqu’aux frontières de l’Europe, surpassant d’autres chefs nomades comme Attila le Hun, Arpad le Hongrois ou Timur le Turc.
L’ouvrage explore en outre les dynamiques géographiques qui ont vu presque tous les leaders des grandes religions mondiales émerger du sous-continent indien ou de la Méditerranée orientale, plutôt que d’autres régions comme l’Afrique, replaçant l’ensemble de ces trajectoires dans une perspective où l’environnement l’emporte sur l’intelligence individuelle.