Publié le 2024-11-29 14:35:00. La recherche d’un traitement efficace contre la maladie d’Alzheimer est confrontée à des remises en question majeures, entre des données scientifiques potentiellement falsifiées et des approbations de médicaments controversées, poussant les chercheurs à explorer de nouvelles pistes.
- Une étude de 2006, publiée dans la prestigieuse revue Nature, identifiant une protéine cérébrale comme cause de la maladie d’Alzheimer, pourrait être basée sur des données manipulées.
- L’approbation par la FDA américaine d’un traitement ciblant la bêta-amyloïde en 2021 a suscité de vives critiques en raison de données incomplètes et contradictoires.
- De nouvelles recherches suggèrent que la maladie d’Alzheimer pourrait être davantage un trouble du système immunitaire qu’une maladie cérébrale à proprement parler.
La quête d’un remède contre la maladie d’Alzheimer, qui touche des millions de personnes à travers le monde, est devenue un domaine de recherche particulièrement compétitif et, ces dernières années, entaché de controverses. Des doutes sérieux planent sur certaines études fondamentales et des décisions réglementaires ont été critiquées, remettant en question les orientations prises par la communauté scientifique.
En juillet 2022, la revue Science a révélé des inquiétudes concernant l’intégrité d’une étude de recherche de 2006, publiée dans Nature, qui avait identifié un sous-type de protéine bêta-amyloïde comme étant un facteur clé dans le développement de la maladie d’Alzheimer. Des allégations de manipulation de données ont soulevé des questions fondamentales sur la validité des conclusions tirées de cette recherche, qui a influencé de nombreuses études ultérieures.
Un an plus tôt, en juin 2021, la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis avait accordé une autorisation pour la mise sur le marché de l’aducanumab, un anticorps ciblant la bêta-amyloïde, comme traitement potentiel de la maladie d’Alzheimer. Cette décision a été accueillie avec scepticisme par de nombreux experts, qui estimaient que les preuves de son efficacité étaient insuffisantes et contradictoires. Certains médecins ont même affirmé que l’aducanumab n’aurait jamais dû être approuvé, tandis que d’autres plaidaient pour lui donner une chance.
Face à ces difficultés, certains chercheurs remettent en question les approches traditionnelles et explorent de nouvelles pistes. Donald Weaver, professeur de chimie et directeur de l’Institut de recherche Krembil de l’Université de Toronto, et son équipe, proposent une théorie alternative. Basée sur trente années de recherche, cette théorie suggère que la maladie d’Alzheimer pourrait être principalement un trouble du système immunitaire dans le cerveau.
Selon cette hypothèse, la bêta-amyloïde ne serait pas une protéine anormale, mais plutôt un élément normal du système immunitaire cérébral, intervenant en cas de traumatisme ou d’infection. Le problème surviendrait lorsque le système immunitaire, incapable de distinguer les bactéries des cellules cérébrales, attaquerait par erreur les neurones, entraînant une perte progressive des fonctions cognitives. Considérée sous cet angle, la maladie d’Alzheimer pourrait être classée comme une maladie auto-immune.
« Nous pensons que la bêta-amyloïde n’est pas une protéine produite anormalement, mais plutôt une molécule d’origine normale qui fait partie du système immunitaire du cerveau. Il est censé être là », explique Donald Weaver.
Cette nouvelle perspective ouvre la voie à des approches thérapeutiques différentes, axées sur la modulation du système immunitaire plutôt que sur la simple élimination des plaques amyloïdes. D’autres théories émergent également, suggérant que la maladie d’Alzheimer pourrait être liée à des dysfonctionnements des mitochondries (les « usines » énergétiques des cellules), à des infections cérébrales ou à des anomalies dans le métabolisme des métaux.
La maladie d’Alzheimer est une crise de santé publique majeure, touchant actuellement plus de 50 millions de personnes dans le monde, avec un nouveau diagnostic posé toutes les trois secondes. Il est donc crucial de poursuivre les recherches et d’explorer de nouvelles voies pour mieux comprendre cette maladie complexe et trouver des traitements efficaces.

Donald Weaver, professeur de chimie et directeur de l’Institut de recherche Krembil, Réseau universitaire de santé, Université de Toronto
Cet article est republié à partir de La Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.
Une version antérieure de cet article a été publiée en septembre 2022.
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