La co-porte-parole de Québec solidaire, Ruba Ghazal, reproche à Christine Fréchette de « dénaturer le féminisme » après l’engagement de la CAQ de prioriser l’accès des résidents permanents et citoyens canadiens aux services de garde subventionnés et allocations de logement aux dépens des immigrants temporaires et demandeurs d’asile.
La mise en place de mesures identitaires relance les tensions politiques au Québec. En voulant réserver certains services publics en priorité aux Québécois, la cheffe caquiste Christine Fréchette s’attire de vives critiques de l’opposition solidaire, qui l’accuse d’opposer les femmes entre elles lors de ses annonces de campagne.
Les critiques de Québec solidaire face au projet caquiste
Pour Ruba Ghazal, l’engagement pris par le camp caquiste constitue une instrumentalisation politique inacceptable. La co-porte-parole de Québec solidaire a vertement critiqué cette orientation lors d’une mêlée de presse tenue à Montréal.
Je pensais que c’était fini, la surenchère identitaire à la CAQ. Mme Fréchette instrumentalise le féminisme.
Ruba Ghazal, co-porte-parole de Québec solidaire
La formation solidaire soutient qu’écarter les demandeuses d’asile et les immigrantes temporaires des allocations de logement et des garderies subventionnées brise la solidarité fondamentale entre les femmes. Selon Ruba Ghazal, mettre les femmes en compétition pour l’accès aux services publics contredit les principes mêmes de l’égalité.
La justification gouvernementale et le précédent de la Cour suprême
De son côté, Christine Fréchette défend sa stratégie en invoquant la réalité des listes d’attente qui, selon elle, ne permettent pas l’octroi de tous les services à l’ensemble de la population de manière immédiate.
Cette annonce survient dans un contexte juridique particulier. Au printemps précédent, la Cour suprême avait qualifié de discriminatoire l’exclusion des demandeurs d’asile du réseau des garderies subventionnées, soulignant que cette disposition touchait de manière disproportionnée les femmes. Malgré ce verdict, le nouveau mécanisme imaginé par la CAQ se veut conforme aux balises des tribunaux, écartant pour l’instant le recours à la clause de dérogation.
Le réseau des CPE et les alternatives politiques
En réaction à l’argument des listes d’attente, Québec solidaire rejette la logique du rationnement et cible le bilan du gouvernement en place. Ruba Ghazal déplore que la CAQ, après huit années au pouvoir, n’ait pas achevé de structurer adéquatement le réseau public.
Le parti d’opposition propose plutôt la création massive de places en centres de la petite enfance (CPE) pour l’ensemble des enfants. Le plan solidaire prévoit l’embauche de 5 000 éducatrices d’ici 2030, un investissement évalué à 1,4 milliard de dollars sur quatre années pour générer 30 000 places nouvelles, ce qui résorberait le déficit actuel des listes d’attente.
Des appuis à droite sur fond de restrictions budgétaires
Sur l’échiquier politique, la proposition caquiste trouve écho auprès du Parti conservateur du Québec. Le chef conservateur Éric Duhaime défend des positions similaires, suggérant de restreindre l’accès aux logements et aux garderies subventionnées pour cibler prioritairement les demandes des citoyens nés ou établis de longue date au Québec, tout en proposant de retrancher 25 % de l’aide sociale octroyée aux demandeurs d’asile. M. Duhaime a d’ores et déjà confirmé qu’il accorderait son appui au projet de loi de Christine Fréchette.