Publié le 19 janvier 2024 à 07h53. Contrairement aux idées reçues, une nouvelle étude suggère que les personnes âgées de plus de 80 ans pourraient bénéficier d’une alimentation incluant la viande, et que les régimes végétariens ou végétaliens pourraient ne pas être aussi favorables à la longévité qu’on le pense.
- Une étude menée sur plus de 5 200 personnes âgées de 80 ans et plus révèle que les végétariens ont 19 % moins de chances de vivre jusqu’à 100 ans que les personnes ayant une alimentation omnivore.
- Les végétaliens présentent même une réduction de 29 % de leurs chances d’atteindre cet âge.
- Ce désavantage est particulièrement marqué chez les personnes en insuffisance pondérale.
Les recommandations nutritionnelles pour les seniors sont souvent axées sur des régimes à base de plantes, considérés comme bénéfiques pour la santé cardiovasculaire et le contrôle du poids. Les professionnels de la santé conseillent fréquemment une alimentation consciente, privilégiant les produits végétaux. Cependant, une nouvelle étude publiée dans l’American Journal of Clinical Nutrition remet en question cette approche, suggérant qu’un régime omnivore pourrait être plus avantageux pour les personnes âgées.
Les chercheurs ont analysé les données de l’enquête longitudinale chinoise sur la longévité en bonne santé (CLHLS), un vaste projet de recherche portant sur plus de 5 200 individus âgés de 80 ans et plus. Leur objectif était de déterminer quel régime alimentaire était associé à une plus grande probabilité d’atteindre l’âge de 100 ans, en tenant compte de facteurs tels que le sexe, le niveau d’éducation, la consommation de tabac, l’activité physique et l’indice de masse corporelle (IMC).
Les résultats se sont avérés surprenants : parmi les participants à la CLHLS, 1 459 ont vécu jusqu’à l’âge d’au moins 100 ans. Comparés aux personnes ayant une alimentation équilibrée incluant la viande, les végétariens avaient une probabilité 19 % inférieure d’atteindre cet âge. Pour les végétaliens, cette réduction atteignait 29 %. Même les personnes suivant un régime pesco-végétarien ou ovo-lacto-végétarien (consommant respectivement du poisson et des œufs/produits laitiers) affichaient des résultats légèrement moins favorables, bien que ces différences ne soient pas statistiquement significatives.
Ce désavantage lié à un régime sans viande s’accentue particulièrement chez les personnes souffrant d’insuffisance pondérale (IMC inférieur à 18,5). Les végétariens en insuffisance pondérale avaient ainsi 28 % moins de chances de vivre jusqu’à 100 ans que les personnes ayant une alimentation omnivore et présentant le même problème de poids. Ces résultats suggèrent que, chez les personnes très âgées, des réserves nutritionnelles limitées et des carences potentielles en nutriments essentiels – tels que les protéines, la vitamine B12, le calcium ou le fer – pourraient avoir un impact négatif sur l’espérance de vie.
Il est important de noter que cette étude présente certaines limites. Les données nutritionnelles n’ont été collectées qu’au début de l’étude, sans tenir compte des changements alimentaires ultérieurs. De plus, il s’agit d’une étude observationnelle, qui ne permet d’établir que des corrélations et non des liens de causalité. Enfin, la cohorte étudiée est exclusivement chinoise , ce qui rend difficile l’extrapolation des résultats à d’autres populations en raison des différences en matière de mode de vie, de soins de santé et d’habitudes alimentaires.
En conclusion, bien qu’un régime sans viande ne soit pas intrinsèquement problématique pour les personnes âgées, il nécessite une attention particulière à l’apport en nutriments, en particulier en cas de faible poids ou de fragilité. Il est donc essentiel de privilégier les aliments végétaux riches en protéines et, si nécessaire, de recourir à des compléments alimentaires (comme la vitamine B12). L’alimentation des personnes très âgées doit être pragmatique et médicalement supervisée, dans le but de maintenir la masse musculaire, la densité osseuse et le système immunitaire. Des études plus approfondies, notamment des essais d’intervention, seront nécessaires pour déterminer avec certitude le régime alimentaire optimal pour les seniors.