Le piège cruel d’un faux jeu en forêt
Le scénario est d’une violence psychologique rare. Le mardi 19 mai, vers 19h30, deux jeunes frères, Zacharie (4 ans) et Barthélémy (5 ans), ont été retrouvés seuls et en pleurs sur la route nationale 253, reliant Alcácer do Sal à la station balnéaire de Comporta. Selon les détails rapportés par Midilibre, les enfants ont raconté avoir été abandonnés dans une forêt après que leurs parents leur ont bandé les yeux.
Pour masquer la réalité de l’abandon, la mère et son compagnon auraient transformé l’acte en divertissement. Le récit recueilli par Alexandre Quintas, l’automobiliste qui a secouru les enfants, révèle que les parents auraient « trompé les enfants » en leur faisant croire à une chasse au trésor.
« Pour tromper les enfants, les parents leur ont bandé les yeux et les ont emmenés dans la forêt pour jouer à un jeu. Ils leur ont dit d’aller chercher un jouet. Lorsqu’ils ont ouvert les yeux, il n’y avait plus personne »
Alexandre Quintas, témoin, via 20 Minutes
Les enfants n’avaient aucune pièce d’identité. Ils possédaient seulement deux petits sacs à dos contenant une bouteille d’eau, des fruits, un paquet de biscuits et un vêtement de rechange, comme le précise 20 Minutes. Après avoir été conduits à la boulangerie familiale de Monte Novo do Sul, ils ont été pris en charge par la protection de l’enfance portugaise puis transportés à l’hôpital de Setúbal pour un bilan de santé.
Une fuite tracée de Colmar jusqu’au Portugal

L’engrenage a débuté dix jours plus tôt, le 11 mai, dans le Haut-Rhin. La famille de la mère, Marine, a alerté le commissariat de Colmar après avoir constaté que la quadragénaire avait quitté son domicile sans explication. Une procédure pour disparition inquiétante a été immédiatement déclenchée.
L’enquête a rapidement révélé que Marine avait soustrait ses deux fils des mains de leur père, avec qui elle est séparée. Le schéma de la fuite a été reconstitué grâce à la coopération policière internationale :
Pendant plus d’une semaine, les autorités françaises, espagnoles et portugaises ont tenté de localiser le véhicule, sans succès immédiat, jusqu’à la découverte fortuite des enfants le 19 mai.
L’arrestation à Fátima et les risques pénaux
La traque a pris fin ce jeudi 21 mai. La Garde nationale républicaine (GNR) a localisé et arrêté Marine et son compagnon, Marc, dans la ville de Fátima, au centre du Portugal. Le communiqué officiel de la gendarmerie précise que les suspects sont arrêtés « en lien avec l’incident impliquant deux enfants mineurs trouvés seuls près de la voie publique dans la commune d’Alcacer do Sal ».
Sur le plan juridique, la situation est critique pour le couple. Le procureur de la République de Colmar, Jean Richert, a ouvert une information judiciaire couvrant plusieurs chefs d’accusation graves :
Pour l’ensemble de ces infractions, la peine encourue est de 7 ans d’emprisonnement.
Coopération diplomatique et avenir des enfants

L’issue heureuse de cette affaire repose sur la réactivité des citoyens portugais et la coordination entre les États. Les deux garçons, bien que choqués, ne sont pas blessés physiquement selon les premiers éléments médicaux. Ils ont été remis à l’ambassade de France avec le soutien de la Commission pour la protection des mineurs.
L’enjeu immédiat est désormais le retour des enfants vers leurs proches en France. Alors que le major Joao Gaspar de la GNR a confirmé que les mineurs sont en sécurité, la justice devra déterminer les responsabilités exactes de Marc, le nouveau compagnon de Marine, dans l’organisation du kidnapping et de l’abandon.
L’affaire soulève une question alarmante sur la vulnérabilité des enfants face à des parents en rupture psychologique, capables de transformer un acte criminel en « jeu » pour neutraliser la résistance de leurs propres fils. Le traumatisme lié à cet abandon, orchestré par la figure protectrice maternelle, nécessitera un accompagnement psychologique long pour Zacharie et Barthélémy.
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