Donald Trump a annoncé le jeudi 21 mai 2026 la levée des restrictions imposées par Joe Biden sur les hydrofluorocarbures (HFC), des gaz à effet de serre utilisés dans la réfrigération. Cette décision, présentée comme un levier pour réduire le coût de la vie, vise à faire économiser 2,4 milliards de dollars aux ménages et entreprises américaines.
L’annonce a été faite depuis le Bureau ovale, entouré du chef de l’Agence de protection de l’environnement (EPA), Lee Zeldin, et de dirigeants de la grande distribution. Le président a qualifié de « ridicules » les régulations de son prédécesseur, affirmant que son action permettrait notamment de faire baisser le prix de l’alimentation pour les consommateurs.
Le timing est politique. Les États-Unis font face à une accélération de l’inflation, un facteur qui pourrait fragiliser les candidats républicains lors des élections législatives de novembre. Dans ce contexte, l’administration Trump positionne la dérégulation environnementale comme une mesure économique directe.
L’équation économique de l’EPA et les mesures concrètes
L’EPA a promis que les deux décisions actées ce jeudi généreraient des économies de « 2,4 milliards de dollars » pour les entreprises et les ménages. Ces mesures ciblent spécifiquement les hydrofluorocarbures (HFC), des superpolluants utilisés massivement dans les systèmes de climatisation et de réfrigération.
Le plan de dérégulation s’articule autour de deux axes principaux :
- La possibilité pour divers secteurs d’activité, incluant les distributeurs alimentaires et les fabricants de semi-conducteurs, de conserver des équipements utilisant des HFC qui auraient dû être progressivement mis hors service.
- L’exemption des transporteurs américains des obligations de réparation des fuites de ces gaz.
Lee Zeldin a justifié ce virage en affirmant que ces mesures mettent fin à une « course accélérée, frénétique et irresponsable » menée par les administrations précédentes pour éliminer les gaz réfrigérants. Selon lui, les règles de l’ère Biden étaient coûteuses, inatteignables et ne protégeaient ni la santé humaine ni l’environnement.
Cette offensive s’inscrit dans un mouvement plus vaste. La semaine dernière, l’EPA a également proposé d’assouplir les limites de rejet des eaux usées pour les centrales thermiques au charbon, avec l’objectif affiché de réduire les coûts de l’électricité.
Le risque d’une hausse des prix selon l’AHRI
Si la Maison Blanche promet des économies, une partie de l’industrie s’inquiète d’un effet boomerang. L’Institut américain du chauffage, de la climatisation et de la réfrigération (AHRI) avertit que ce report de mise en conformité pourrait, paradoxalement, faire grimper les prix.
« Cette règle va à l’encontre des principes fondamentaux de l’offre et de la demande. En repoussant la date limite de mise en conformité, l’EPA maintient, voire accroît, la demande sur le marché des fluides frigorigènes existants.
L’analyse de l’AHRI repose sur une logique simple : en permettant le maintien d’équipements obsolètes, l’administration maintient une pression sur l’offre de réfrigérants anciens. Steven Yurek, président de l’organisation, souligne que la règle initiale concernait les nouveaux équipements et non le remplacement du matériel existant. Il affirme que l’EPA ne dispose d’aucune analyse prouvant que ce report fera baisser les coûts pour le consommateur final.
L’impact pourrait donc être inverse à l’objectif affiché : « Au lieu de baisser, les prix des réfrigérants risquent d’augmenter, ce qui se traduira par une hausse des coûts de maintenance et des coûts pour les consommateurs », ajoute Stephen Yurek.
L’impact climatique et la compétitivité mondiale
Sur le plan environnemental, le fossé est total entre le discours présidentiel et celui des experts. Donald Trump a affirmé avec aplomb que « cela n’aura aucun impact sur l’environnement ».

C’est une affirmation qui occulte la nature même des HFC. Introduits dans les années 1990 pour sauver la couche d’ozone en remplaçant certains produits chimiques, ces gaz se sont révélés catastrophiques pour le réchauffement climatique en raison de leur très fort pouvoir de réchauffement.
Au-delà de l’aspect écologique, c’est la place des États-Unis dans l’économie verte qui est en jeu. David Doniger, représentant du Natural Resources Defense Council, estime que cette décision est contre-productive.
« Cela nuira aux consommateurs et au climat, et réduira la compétitivité américaine sur les marchés mondiaux émergents des réfrigérants et des technologies plus respectueux de l’environnement.
En freinant la transition vers des technologies plus propres, les États-Unis risqueraient de laisser le champ libre à des concurrents internationaux sur le marché des réfrigérants de nouvelle génération. Le pari de Donald Trump est donc clair : privilégier un gain financier immédiat et perçu pour l’électeur moyen, quitte à sacrifier des objectifs climatiques à long terme et une avance technologique potentielle.
L’administration continue ainsi son démantèlement systématique du programme environnemental de l’ère Biden, transformant la lutte contre les gaz à effet de serre en une variable d’ajustement budgétaire et électorale.
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