Des scientifiques argentins ont capturé environ 150 rongeurs à Ushuaïa cette semaine pour identifier les vecteurs du hantavirus. Cette mission, lancée suite au foyer mortel sur le navire Hondius début mai, n’a pas encore permis de localiser le raton colilargo, principal vecteur de la souche Andes transmissible entre humains.
L’absence du raton colilargo à Ushuaïa
L’opération de traque menée par les biologistes de l’Institut Malbran de Buenos Aires s’est concentrée sur une zone stratégique de l’île australe. Pendant trois nuits, les chercheurs ont déployé 140 pièges, affichant un taux de capture compris entre 40 % et 50 %. Si le bilan quantitatif est significatif avec environ 150 spécimens récoltés, le résultat qualitatif est, pour l’heure, décevant pour ceux qui cherchaient une réponse immédiate à l’origine du foyer infectieux.
Selon des informations rapportées par La Nouvelle République, aucun rat à longue queue, scientifiquement nommé Oligoryzomys longicaudatus, n’a été identifié à ce stade. Cette espèce est pourtant la cible prioritaire des autorités, car elle est le vecteur connu de la souche Andes du hantavirus, une variante particulièrement redoutable en raison de sa capacité de transmission interhumaine.
Cette absence confirme une tendance déjà observée par les experts locaux, même si elle laisse planer un doute sur la source exacte de la contamination récente.
Nous ne pouvons pas tirer de conclusions tranchées sans les résultats de laboratoire, mais nous pouvons conclure à une faible densité de rats à longue queue dans la zone, ce que nous savions déjà.
Juan Petrina, directeur Épidémiologie de la province de la Terre de Feu
Le rôle ambigu des espèces Abrothrix
Si le raton colilargo manque à l’appel, les pièges n’en sont pas restés vides. Les biologistes ont capturé en grand nombre deux espèces locales très communes en Terre de Feu : l’Abrothrix hirta et l’Abrothrix olivacea. Ces spécimens ont été identifiés grâce au soutien du Centre austral d’investigations scientifiques (CADIC) d’Ushuaïa.
Le problème réside dans l’interprétation sanitaire de ces captures. Comme le souligne 20 Minutes, si certaines de ces espèces ont montré des réactions au hantavirus lors d’études passées, rien ne prouve qu’elles soient capables de transmettre réellement la maladie à l’homme.
Des Abrothrix pourraient être porteurs du virus, avoir une charge virale, ou des anticorps qui voudraient dire qu’ils ont eu le virus à un moment donné, mais cela ne signifie pas qu’ils aient une quelconque importance sanitaire, contrairement au colilargo qui le dissémine partout.
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Adrian Schiavini, biologiste et chercheur principal au CADIC
L’enjeu des prochaines semaines est désormais analytique. Des échantillons de sang et de tissus ont été expédiés vers Buenos Aires. Les autorités attendent des résultats définitifs d’ici trois semaines pour déterminer si ces espèces locales pourraient être des vecteurs secondaires ou si elles portent une souche différente du virus.
L’ombre du navire Hondius et l’alerte mondiale
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L’urgence de cette mission scientifique n’est pas fortuite. Elle fait suite à un événement tragique qui a secoué la communauté internationale début mai : un foyer d’infection à bord du navire de croisière MV Hondius. Trois passagers sont décédés, déclenchant une alerte sanitaire mondiale.
L’apparition de la souche Andes dans un contexte de voyage international soulève des questions critiques sur la circulation du virus. Le fait que le patient zéro soit passé par le Chili et l’Uruguay avant l’éclatement du foyer souligne la mobilité des risques sanitaires dans la région australe. En l’absence de raton colilargo à Ushuaïa, les chercheurs doivent envisager d’autres scénarios : une importation du virus depuis une autre zone géographique ou l’implication d’un vecteur encore mal identifié.
La recherche médicale face aux coupes budgétaires
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L’effort de terrain à Ushuaïa se heurte à une réalité institutionnelle plus sombre en Argentine. Alors que la menace du hantavirus Andes persiste, la capacité de réponse médicale du pays semble fragilisée. À Bariloche, en Patagonie, Fernando Tortosa, directeur du laboratoire de recherche de l’université de Rio Negro, travaille actuellement sur un nouveau traitement pour les malades.
Cependant, ce travail s’effectue dans un contexte de restriction budgétaire sévère. Selon France Info, l’arrivée au pouvoir de Javier Milei a entraîné une réduction drastique des financements publics alloués à la recherche médicale. Cette politique a conduit au gel de plusieurs projets et à la suppression de bourses d’études, mettant en péril le développement de vaccins ou de traitementscuratifs.
Le paradoxe est frappant : alors que des missions scientifiques sont déployées pour traquer des rongeurs et répondre à des crises immédiates, les structures de recherche à long terme, essentielles pour prévenir de futures épidémies, voient leurs ressources s’évaporer.
L’issue de la mission d’Ushuaïa, attendue d’ici juin, sera déterminante. Si les analyses confirment que les espèces Abrothrix sont inoffensives, la question de l’origine du foyer du Hondius restera entière. Si, au contraire, un nouveau vecteur est identifié, cela obligera les autorités sanitaires à redéfinir totalement les protocoles de prévention dans la région.
Note : Cet article est fourni à titre informatif. Pour toute question relative à la santé ou aux symptômes du hantavirus, veuillez consulter un professionnel de santé qualifié.
Sophie Martin suit les sujets de santé, de prévention, de recherche médicale et de politiques publiques. Ses articles rappellent les limites de l’information générale et encouragent la consultation de professionnels qualifiés.