Google déploie désormais son mode de recherche assisté par intelligence artificielle à l’échelle mondiale, transformant sa barre de recherche traditionnelle en un assistant quasi autonome. Cette transition, qui touche plus d’un milliard d’utilisateurs par mois, modifie radicalement la manière dont les internautes interagissent avec l’information et les services en ligne.
La mutation des requêtes : du mot-clé à la conversation
L’époque où l’on tapait simplement des mots isolés pour trouver une réponse semble révolue. Comme le rapporte RTS, les utilisateurs privilégient désormais des questions complètes, rendant la requête moyenne trois fois plus longue qu’auparavant. Contrairement à des alternatives comme DuckDuckGo ou Brave, Google a fait le choix d’intégrer automatiquement cet outil, rendant son usage impossible à désactiver.

Cette évolution s’accompagne d’une diversification des formats d’entrée. Plus d’une recherche sur six s’effectue désormais par l’intermédiaire d’une image, de la voix ou d’une vidéo, marquant une rupture avec le texte pur.
- Amorces dominantes : les requêtes commencent fréquemment par « Quoi », « Comment » ou « Est-ce que ».
- Verbes d’action : les internautes cherchent à trouver, identifier, expliquer ou résumer.
- Thématiques de prédilection : les voyages, les achats (électronique, livres, vêtements) et l’apprentissage (mathématiques, espagnol, histoire).
L’IA comme agent de planification et de décision
Au-delà de la simple collecte d’informations, l’outil devient un véritable exécutant. Les nouvelles capacités de Google Search permettent désormais des fonctions de réservation dites « agentiques », capables de vérifier les prix et la disponibilité pour finaliser des transactions via des liens directs.
Les utilisateurs délèguent de plus en plus de tâches de gestion quotidienne à l’intelligence artificielle. La barre de recherche sert désormais à planifier des séances de sport, élaborer des budgets familiaux, concevoir des plans de remboursement de dettes ou encore solliciter des conseils financiers pour la retraite.
La dimension créative connaît également une accélération fulgurante. Depuis le début de l’année, le volume des demandes de création d’images via le mode IA a plus que triplé.
Un modèle qui fragilise l’économie des médias
Cette transformation de l’interface soulève de graves inquiétudes chez les créateurs de contenu. En limitant la navigation vers des sites tiers au profit de résumés générés directement dans l’interface, Google risque de tarir les revenus publicitaires des médias en ligne.
Selon les informations rapportées par RTBF, environ 58 % des recherches Google se terminent désormais sans qu’aucun clic ne soit effectué vers un site externe, une statistique issue d’une plainte déposée aux États-Unis par Penske Media, l’éditeur du Hollywood Reporter et de Rolling Stone.
En Europe, le bras de fer est tout aussi intense. Le Conseil européen des éditeurs (EPC) a saisi la Commission européenne, accusant le géant technologique d’utiliser les contenus journalistiques pour alimenter ses résumés d’IA sans verser de compensation. Ce conflit intervient alors que Google fait face à des pressions réglementaires majeures : condamné pour monopole en matière de recherche à l’été 2024, l’entreprise doit encore répondre aux appels du ministère de la Justice américain concernant la possible cession de son navigateur Chrome, une procédure dont l’issue pourrait n’intervenir qu’en 2027.
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